Une rude leçon d’humilité : aimer sa propre abjection

On se fait encore trop souvent aujourd’hui une fausse image de la spiritualité salésienne ; elle serait douce sinon doucereuse, tranquille, facile à pratiquer et pas trop exigeante. C’est une erreur fondamentale qui méconnaît la terrible exigence de St François dans la vie spirituelle. Elle est sûrement due à une mauvaise appréhension du style de l’auteur et à une lecture trop rapide qui nous fait passer à côté de son caractère quasi subversif.

En voici un exemple.

Dans l’Introduction à la Vie Dévote, titre qui sonne à nos oreilles contemporaines comme un peu ridicule, St François développe sur 4 chapitres son enseignement au sujet de la vertu d’humilité. Un des chapitres s’intitule : « Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection » Que peut bien vouloir dire St François? Encore aujourd’hui, cette expression nous choque et nous réveille de notre torpeur spirituelle. Aimer notre propre abjection, c’est-à-dire nos faiblesses, nos limites, ce qui en nous est blessé ou même tordu… ce que nous aimerions cacher et ou ce dont nous ne sommes pas très fiers. Nous voulons bien devenir martyr, se faire admirer des hommes pour le sens de notre charité, de notre engagement ou de certaines vertus virils mais se complaire dans nos propres limites, non! Telle est pourtant la véritable humilité.

St François donne plusieurs images pour montrer ce qu’est l’abjection. L’image la plus forte est sans aucun doute celle de l’apparence physique, elle nous parle encore aujourd’hui :

« Une personne a un chancre au bras, et l’autre l’a au visage : celui-là n’a que le mal, mais celui-ci, avec le mal, a le mépris, le dédain, et l’abjection. Or, je dis maintenant qu’il ne faut pas seulement aimer le mal, ce qui se fait par la vertu de patience ; mais il faut aussi chérir l’abjection, ce qui se fait par la vertu d’humilité. »

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« Tombant emmi la rue, outre le mal l’on en reçoit de la honte ; il faut aimer cette abjection. »

« Mais quoique nous aimions l’abjection qui s’ensuit du mal, si ne faut-il pas laisser de remédier au mal qui l’a causée, par des moyens propres et légitimes, et surtout quand le mal est de conséquence. Si j’ai quelque mal abject au visage, j’en procurerai la guérison, mais non pas que l’on oublie l’abjection laquelle j’en ai reçue. »

« Ah! qui nous fera la grâce de pouvoir dire avec ce grand Roi :  »J’ai choisi d’être abject en la maison de Dieu, plutôt que d’habiter ès tabernacles es pécheurs (Ps 83,11) »? Nul ne le peut, chère Philothée, que Celui qui pour nous exalter, vécut et mourut en sorte qu’il fut l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple (Ps 21,7). »

Et St François de conclure en ayant conscience de la dureté de ce conseil :

« Je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures quand vous les considérerez ; mais croyez-moi, elles seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez. »

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Le Christ outragé : Voici l’Homme!

Lien vers le chapitre VI de la Troisième Partie de l’Introduction à la Vie Dévote : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3eme_partie_1.html

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (4) Prévôt du Chapitre de Genève

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L’actuel Palais de Justice de Chambéry, ancien Sénat de Savoie, avec la statut d’Antoine Favre

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Le 5 septembre 1591, François est fait docteur en droit de l’université de Padoue. Il peut enfin rentrer en Savoie et retrouver les siens. A son retour de Padoue en février 1592, les choses vont s’enchaîner très vite. Intérieurement, sa résolution est prise, il sera prêtre. Reste à convaincre son père, M. de Boisy, qui veut en faire un sénateur de Savoie, c’est-à-dire un haut magistrat à qui s’ouvrirait toutes les portes des plus hautes charges du duché de Savoie jusqu’à devenir probablement un conseiller du duc.

Mais François a d’autres ambitions, il veut être d’Eglise et il le sera. Sous la pression de son père, il s’inscrit néanmoins au barreau de Chambéry comme avocat le 24 novembre 1592. Il figurera au barreau jusqu’en 1597 et plaidera plusieurs affaires pendant cette période.

Un événement incroyable va pousser François à révéler sa vocation à son père et à ses amis : son exceptionnelle nomination au poste de Sénateur de Savoie par lettres patentes du duc de Savoie avec dérogation d’âge. On ne pouvait pas accéder à un poste de Sénateur avant l’âge de 30 ans et François n’en avait que 24.

Or, François va refuser cette exceptionnelle promotion et révéler son désir de devenir prêtre. Une autre nomination, tout aussi exceptionnelle, va aider M. de Boisy à accepter la volonté de François. Elle vient directement de Rome : François est nommé à la charge de Prévôt du Chapitre de Genève par Bulles papales du 7 mars 1593. Les Bulles arrivent en Savoie, le 7 mai. Le lendemain a lieu une entrevue entre François et son père qui lui donne finalement sa bénédiction.

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Village de Lathuile au bord du lac d’Annecy où la famille de Sales possédait un petit château

Le 9 mai, il revêt la soutane dans l’église de Lathuile.

Le 10 mai, il présente ses Bulles à François de Chissé, vicaire général.

Le 11 mai, il prête serment d’observer les statuts et les coutumes de cette Eglise (celle de Genève) et fidélité au Pape et à ses successeurs.

Le 12 mai, il prend possession officiellement de sa charge « par le baiser du grand autel avec toutes les cérémonies accoutumées »

On le presse alors d’accepter la charge de Sénateur. En effet, rien n’empêchait de cumuler les deux charges. Son prédécesseur, le Sieur Empereur, avait cumulé les deux, au point d’ailleurs d’abandonner complètement sa stalle de prévôt dans le coeur de la petite cathédrale d’Annecy, préférant les incroyables fastes et prestiges du Sénat de Savoie. Son grand ami, Antoine Favre, lui écrit en octobre 1593 pour le pousser à accepter :

« Comment si jeune, parmi tant de troubles et de malheurs, refuser une dignité si grande dont on l’a, chose nouvelle, si vite et si justement jugé digne? Le sacerdoce n’est pas une raison de refuser. Que d’évêques, que d’abbés en ce Sénat! Messire Empereur lui-même était un théologien des plus appliqués. Les sénateurs après tout ne sont-ils pas comme des prêtres, traitant du saint mystère des choses humaines et divines? Le duc et le Sénat ne sauraient refuser au prévôt pour la théologie tout le temps désirable. »

Mais François tint bon.

Voici la chronologie jusqu’à son ordination :

– 18 mai au 26 mai 1593, grande retraite préparatoire aux Ordres, faite au château de Sales

– 9 juin : il reçoit les ordres mineurs ( portier, exorciste, lecteur, acolyte)

– 12 juin : sous-diaconat

– juin-septembre : intense période de prédications

– 18 septembre : diaconat

– 18 décembre : ordination presbytérale à Thorens

– 21 décembre : première Messe à Annecy

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59518881Stalles des chanoines du chapitre de la cathédrale St Pierre de Genève qu’ils ne retrouveront jamais.

Calvin aura la bonne idée de ne pas détruire ce chef d’oeuvre d’ébénisterie du XVe siècle

La crise spirituelle de Paris décembre 1586-janvier 1587 : du désespoir au total abandon

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Cet épisode célèbre de la vie de St François explique peut-être son extraordinaire dimension spirituelle car, à seulement 20 ans, il fit l’expérience spirituelle ultime de l’abandon de Dieu et du sentiment d’être damné, comme le Christ sur la Croix :

« vers la neuvième heure, Jésus clama un grand cri : Eli, Eli lema Sabachtani?, c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné? » Mt 27, 46

« Dieu le fit péché pour nous » 2Co 5, 21

Sainte Jeanne de Chantal rapporte les éléments centraux de cette crise spirituelle et d’angoisse : « Il tomba en une grande tentation et extrême angoisse de l’esprit. Il lui semblait absolument qu’il était réprouvé et qu’il n’y avait point de salut pour lui. »

Le surmenage intellectuel et spirituel d’un jeune homme de 20 ans au coeur du bouillonnement théologique de l’université de Paris enflammée par les discussions au sujet de la justification et de la prédestination ( la doctrine du Concile de Trente n’était pas encore digérée), la montée du désir de la chair opposée au désir de pureté, et tout simplement l’action de la grâce de Dieu dans cette âme appelée à de très grands desseins expliquent cette crise d’une violence inouïe. Dieu affûte de manière très particulière ses outils de prédilection. On peut retrouver ce type d’épreuves extrêmes, spirituelles ou humaines, dans la vie de presque tous les grands saints.

André Ravier S.J. explique dans sa biographie de référence (« Un Sage et un Saint – François de Sales) qu’ :« il faut avancer avec prudence en ces analyses mais cette crise semble surgir d’un conflit violent entre l’élan spirituel qu’avait déclenché chez François le commentaire du prestigieux Génébrard sur le Cantique des Cantiques et les doutes sur son salut éternel qui firent naîtres dans son esprit la doctrine de St Augustin et de St Thomas sur la prédestination, telle que la présentaient les docteurs de Sorbonne. »

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Le problème de la prédestination est sûrement un des plus difficiles qui soit, quant au Cantique des Cantiques, il fait partie des livres de la Bible dont la lecture est interdite par la tradition rabbinique aux moins de trente ans sous peine de mort!!!

Saint François de Sales connaissait ces mises en garde : « Origène et saint Jérôme, celui-là en sa préface sur le Cantique, celui-ci en la sienne sur Ezéchiel, récitent qu’il n’était pas permis aux Juifs avant l’age de trente ans, de lire les trois premiers chapitres de la Genèse, le commencement et la fin d’Ezéchiel ni le Cantique des Cantiques, pour la profondeur de leur difficulté, en laquelle peu de gens peuvent nager sans s’y perdre ; et maintenant chacun en parle, chacun en juge, chacun s’en fait accroire. » Les Controverses, partie II, ch. I, article X, De la profanation des Ecritures par la facilité qu’ils prétendent être en l’intelligence de l’Ecriture.

A seulement 20 ans, St François affronte donc les doctrines théologiques les plus difficiles et la lecture des livres bibliques les plus mystérieux. Cela peut aussi expliquer cette crise car il n’avait peut-être pas toute la science nécessaire et toute l’expérience spirituelle qui lui auraient permis de faire face à la crise d’angoisse qu’il traversait.

La vie spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille et certaines lectures ou recherches sont une véritable aventure dans laquelle l’âme risque sinon de se perdre du moins de se blesser.

Dans ses notes d’étudiants, on a retrouvé ce texte qui montre l’intensité de la crise spirituelle à quelque jour de son dénouement :

« Moi, misérable, serais-je donc privé de la grâce de Celui qui m’a fait goûter si suavement ses douceurs et qui s’est montré à moi si aimable? Ô Amour, ô charité, ô Beauté en laquelle j’ai mis toutes mes affections. Hé! Je ne jouirai donc plus de ces délices et vous ne m’abreuverez plus des torrents de votre volupté. Ô vierge, agréable entre les filles de Jérusalem, je ne vous verrai donc jamais au royaume de votre Fils? Et jamais donc je ne serai fait participant à cet immense bénéfice de la Rédemption? Et mon doux Jésus n’est-il pas mort aussi bien pour moi que pour les autres? Ah! quoi qu’il en soit, Seigneur, pour le moins, que je vous aime en cette vie, si je ne puis vous aimer en l’éternel. »

« Ces confidences tragiques de François datent de 1586. En décembre de cette année la tension atteint un degré quasi insupportable, même physiquement. Il n’en peut plus. Et aucune issue ne semble possible à ce drame spirituel. » André Ravier, op. cit. 

Cependant, dans la dernière phrase du texte réside déjà la solution à la crise : la supposition impossible. C’est donc par un paradoxe absolu que se résout une crise spirituelle  elle aussi paradoxale.

« En janvier 1587, revenant seul du collège, il entra, à son accoutumée, dans l’église dominicaine de Saint-Etienne-de-Grès. « C’était le jour qu’il plut à Dieu de le délivrer » : selon le mot de Mère de Chantal. et il fait alors un acte d’abandon héroïque : »

L’acte de pur amour de St François de Sales :

« Quoi qu’il arrive, Seigneur, vous qui tenez tout dans votre main, vous dont toutes les voies sont justice et vérité ; quoi que vous ayez décrété à mon égard dans l’éternel secret de votre prédestination et de votre réprobation, vous dont les jugements sont un abîme immense, vous qui êtes un Juge toujours juste et un miséricordieux Père, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie. Au moins en cette vie je vous aimerai s’il ne m’est pas donné de vous aimer dans l’éternelle vie! Si mes mérites l’exigeant, je dois être maudit parmi les maudits…accordez-moi de n’être pas de ceux qui maudiront votre Nom. » 

Après avoir récité devant la statut de la Vierge Noire le Souvenez-vous, « il lui sembla que son mal était tombé sur ses pieds comme des écailles de lèpre. » (Ste Jeanne de Chantal)

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Statut de Notre Dame de Bonne Délivrance devant laquelle St François fut guéri.

Cette statut se trouve aujourd’hui dans une chapelle  du Pavillon Adélaïde, vestige du château royal de Neuilly (boulevard d’Argenson, 52)

Sub tuum

praesidium

confugimus,

sancta Dei Genitrix :

nostras deprecationes

ne despicias

in necessitatibus,

sed a periculis cunctis

libera nos semper,

Virgo gloriosa

et benedicta.

Le Sub Tuum Praseidium dans la tradition byzantine russe

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (2)

Les prédécesseurs de Saint François de Sales : les neveux de  Pierre de la Baume, népotisme et non résidence des évêque avant le Concile de Trente

Pierre de la Baume s’arrangea pour que son neveu Louis de Rye, abbé commendataire de l‘abbaye de St Claude dans le Jura soit nommé évêque de Genève.

Louis de Rye ne résida jamais dans son diocèse et continua à vivre dans ses monastères de St Claude et de Gigny. Cette habitude de ne pas résider dans le diocèse, cure ou abbaye dont on a la charge sera proscrite par le Concile de Trente.

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Jeton épiscopal de Louis de Rye évêque de Genève avec sa devise NON CRAS QUOD HODIE

Henri Baud, historien savoyard, interprète ainsi cette devise :  » Conservant l’espoir de rentrer à Genève, Louis de Rye fit frapper à ses armes un jeton avec la devise : Non Cras quod Hodie, c’est-à-dire, demain sera différent d’aujourd’hui. »

Mort en 1550, c’est son frère cadet, Philibert de Rye qu’il avait choisi comme coadjuteur qui lui succède. Lui non plus de résida pas.

Le 27 juin 1556, Paul IV nomme à l’évêché de Genève devenu vaccant par le décès de Philibert de Rye, François de Bachod. C’est lui qui décida de transférer officiellement le siège épiscopal de Genève à Annecy. Mais il ne put y fixer sa résidence car il avait de nombreuses charges diplomatiques comme légat du Pape. Il assista comme évêque de Genève au Concile de Trente et mourut en 1568 à Turin.

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La très modeste « cathédrale » St Pierre d’Annecy, ancienne chapelle des franciscains

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La cathédrale St Pierre de Genève

(A la vue de ces deux photos, on comprend mieux pourquoi le chapitre de Genève fut particulièrement humilié de devoir s’installer à Annecy et rêva pendant de nombreuses années de pouvoir s’y réinstaller)

L’importance de la résidence épiscopale ne fut que lentement mise en place après les décrets du Concile de Trente obligeant à la résidence ecclésiastique. On a du mal aujourd’hui à s’imaginer un évêque n’habitant pas dans son diocèse et occupant une multitude d’autres charges. C’était l’état habituel des diocèse avant Trente. St François de Sales est le prototype de l’évêque tridentin résidant dans son diocèse et ne s’occupant que des affaires de celui-ci.

Quant au népotisme que l’on constate avec Pierre de la Baume et ses neveux, qu’en fut-il  de St François de Sales?

Et bien, le successeur immédiat de notre grand saint fut son frère qu’il avait nommé comme coadjuteur : Jean-François de Sales (1578-1622-1635). Et leur neveu commun Charles-Auguste de Sales (1606-1645-1660) devint évêque de Genève à la mort du successeur de Jean-François, Juste Guérin.

Faut-il se scandaliser du népotisme ecclésiastique? L’Eglise ne l’a jamais condamné en tant que tel et un immense spirituel comme St François de Sales y a recours sans scrupule. Dans ces temps historiques très troublés, que nous avons du mal à imaginer tant nous sommes habitués à la stabilité institutionnelle et politique depuis d’ailleurs seulement 50 ans, la famille est souvent la seule garantie de sécurité et la seule possibilité d’oeuvrer dans la continuité. De ce point de vue, le népotisme qui vise au bien du diocèse est hautement préférable à des changements de personnalités qui n’oeuvrent pas toutes dans la même direction.

Décret du Concile de Trente au sujet de l’obligation de résidence :

VIe Session, Décret de Réformation Chapitre 1, De la Résidence des Prélats dans leurs Eglises, sous les peines du Droit ancien, & autres ordonnées de nouveau.

Le Saint Concile a jugé à propos de renouveler, comme il renouvelle en effet, en vertu du présent Décret, contre ceux qui ne résident pas, les anciens Canons autrefois publiez contre eux ; mais qui par le désordre des temps & des personnes se trouvent presque tout-à-fait hors d’usage. Et même pour rendre encore la Résidence plus fixe, & tâcher de parvenir par là à la Réformation des mœurs dans l’Eglise, il a résolu de plus d’établir & d’ordonner ce qui suit.

Si quelque Prélat, de quelque dignité, grade & prééminence qu’il soit, sans empêchement légitime, & sans cause juste, & raisonnable, demeure six mois de suite hors de son Diocèse, absent de l’Eglise Patriarcale, Primatiale, Métropolitaine, ou Cathédrale, dont il se trouvera avoir la conduite, sous quelque nom, & par quelque droit, titre, ou cause que ce puisse être ; Il encourra de droit même la peine de la privation de la quatrième partie d’une année de son revenu, qui sera appliquée, par son Supérieur Ecclésiastique, à la fabrique de l’Eglise, & aux pauvres du lieu. Que s’il continue encore cette absence pendant six autres mois, il sera privé, dés ce moment-là, d’un autre quart de son revenu, applicable en la même manière. Mais si la contumace va encore plus loin ; pour lui faire éprouver une plus sévère censure des Canons, le Métropolitain, à peine d’encourir, dés ce moment-là, l’interdit de l’entrée de l’Eglise, sera tenu, à l’égard des Evêques ses Suffragants qui seront absents, Ou l’Evêque Suffragant le plus ancien qui sera sur le lieu, à l’égard du Métropolitain absent, d’en donner avis dans trois mois par Lettres, ou par un Exprès, à notre Saint Père le Pape ; qui par l’autorité du Souverain Siège, pourra procéder contre les Prélats non-résidents, selon que la contumace, plus ou moins grande, d’un chacun l’exigera, & pourvoir les Eglises de Pasteurs qui s’acquittent mieux de leur devoir, suivant que, selon Dieu, il connaîtra qu’il sera plus salutaire & plus expédient.

Une leçon contre le stress : de l’ordre et de la lenteur

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St François de Sales est d’un secours particulier pour notre époque qui connaît les affres du stress et de l’empressement. En effet, celle-ci s’enivre de vitesse, de recherche de la performance, de divertissements toujours plus grisants, de rendements toujours plus hauts… Tous les aspects de nos vies sont touchés : vie personnelle, vie professionnelle, vie économique, vie sociale. Cette course effrénée nous épuise collectivement et c’est la série des burn-out, des dépressions et des conflits générés par cette tension permanente du culte de la vitesse et de la performance.

La formule bien connue de St François est une première approche de sa façon d’envisager ce problème du stress qui visiblement existait déjà au XVIe Siècle :

« TOUT PAR AMOUR RIEN PAR FORCE »

mais ce conseil, que l’on retrouve dans une lettre à Ste Jeanne de Chantal, vise plutôt la vie spirituelle et d’oraison. Car contrairement à ce que croient les novices dans la vie spirituelle ou ceux qui ne s’y sont jamais essayé, la vie de prière peut être soumise à un stress intense car il s’agit rien moins que de se mettre en présence de Dieu et de chercher sa volonté.

Pour les laïcs et simples fidèles que nous sommes, il faut se tourner vers le chapitre X de la Troisième Partie de la fameuse « Introduction à la Vie Dévote ». Ce chapitre s’intitule : Qu’il faut traiter les affaires avec soin et sans empressement ni souci. Ce petit texte regorge de conseils précieux pour éviter la montée du stress lorsque l’ampleur de ce que nous avons à faire nous écrase et l’image qu’utilise St François est encore une fois les mouches, ces satanées mouches!

« Les mouches ne nous inquiètent pas par leur effort, mais par leur multitude ainsi les grandes affaires ne nous troublent pas tant comme les menus, quand ils sont en grand nombre. »

La psychologie contemporaine rejoint ici St François car c’est un signe de burn-out de ne pas pouvoir affronter les petites mais multiples tâches du quotidien.

« Recevez donc les affaires qui vous arriveront, en paix, et tâchez de les faire par ordre, l’un après l’autre ; car si vous les voulez faire tout à coup ou en désordre, vous ferez des efforts qui vous fouleront et alanguiront votre esprit, et pour l’ordinaire vous demeurerez accablée et sous la presse et sans effet. »

« Soyez donc soigneuse et diligente en toutes les affaires que vous aurez en charge, ma Philothée, car Dieu vous les ayant confiés veut que vous en ayez grand soin ; mais s’il est possible, n’en soyez pas en sollicitude et souci, c’est-dire, ne les entreprenez pas avec inquiétude, anxiété et ardeur. Ne vous empressez point à la besogne : car toute sorte d’empressement trouble la raison et le jugement, et nous empêche même de bien faire la chose à laquelle nous nous empressons. »

Le secret est donc l’ordre et la patience, l’humilité de faire les choses les unes après les autres sans préjuger de nos forces et sans vouloir tout faire en même temps. Cela semble simple mais c’est extrêmement difficile, cela demande une discipline de vie. La vraie efficacité de l’action demande ordre, concentration et finalement lenteur, qui est une marque d’humilité et d’intelligence.

Fidèle à sa méthode, St François illustre son propos par des références tirées de l’Ecriture :

« Quand notre Seigneur reprend Sainte Marthe, il dit ‘: ‘Marthe, Marthe, tu es en souci et tu te troubles pour beaucoup de choses. » Voyez-vous, si elle eut simplement été soigneuse, elle ne se fût point troublée ; mais parce qu’elle était en souci et inquiétude, elle s’empresse et se trouble, et c’est en quoi Notre Seigneur la reprend. »

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Diego Velázquez VELÁZQUEZ Le Christ chez Marthe et Marie

« Comme dit l’ancien proverbe : Celui qui se hâte, dit Salomon, court fortune de choper et heurter des pieds. (Pr 19,2) Nous faisons toujours assez tôt quand nous faisons bien. »

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Lien vers le texte complet du chapitre, orthographe d’origine qui ajoute à la difficulté de lecture :

http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3emepartie_2.html

Un Maître pour aujourd’hui : la liberté spirituelle

La finalité de ce blog est de faire connaître un peu mieux la pensée de St François de Sales et de montrer son actualité pour aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas de faire oeuvre de biographe ou d’exégète de sa pensée mais vraiment d’y puiser une règle de vie et d’action pour aujourd’hui.

St François ne renierait pas ces techniques modernes de communication. En fait, il en fut le lointain inventeur et promoteur. St François, dans son oeuvre de reconquête du Chablais  à la foi catholique,  se servit de petits billets théologiques qu’il allait distribuer lui-même chez les habitants en les glissant sous les portes. Un blog avant l’heure en somme! Je crois donc être fidèle à ce maître spirituel en m’attelant à la rédaction de ce blog.

L’actualité de l’Eglise est particulièrement mouvementée et la récente démission de Benoît XVI montre que l’Eglise est au coeur de l’histoire, au coeur d’un combat qui traverse les siècles, combat entre ceux qui cherchent à adhérer à la Rédemption du Christ et ceux qui cherchent à nous en détourner.

Au milieu de cette grande confusion des valeurs et des traditions, un homme comme l’évêque de Genève est d’un grand secours pour y voir clair.

St François de Sales vécut lui aussi dans une période historique de très grands changements et de défis pour l’Eglise. Il est le type même de l’Evêque voulu par le Concile de Trente mais, par sa dimension spirituelle, il dépasse de très loin ce conditionnement historique.

Il est un Maître et un Docteur pour aujourd’hui.

D’aucun ont été surpris par la démission de notre Pape Benoît. Comme si la souveraine liberté qu’il a ainsi montré était opposée à l’esprit chrétien. Il s’agit une fois de plus d’une idée reçue qui déforme le christianisme. «La Vérité vous rendra libre» nous dit St Jean. Poursuivant cette tradition, Saint François nous enseigne aussi cette souveraine liberté :

«Je vous laisse l’esprit de liberté, non pas celui qui forclôt (exclut) l’obéissance, car c’est la liberté de la chair ; mais celui qui forclôt la contrainte et le scrupule ou empressement.»

Et Saint François détaille les caractéristiques de la liberté chrétienne :

«La liberté de laquelle je parle, c’est la liberté des enfants bien aimés. Et qu’est-ce? C’est un désengagement du coeur chrétien de toutes choses pour suivre la volonté de Dieu reconnue.

Benoît XVI déclare agir en toute liberté après avoir reconnu la volonté de Dieu.

«Le coeur qui a cette liberté n’est point attaché aux consolations, mais reçoit les afflictions avec toute la douceur que la chair peut permettre.

Nul besoin d’insister sur les différentes afflictions et contrariétés reçues par Benoît XVI tout au long de ces huit ans de Pontificat. Nul besoin d’insister sur sa surnaturelle douceur et son humilité non feinte.

«(Ce coeur) n’engage nullement son affection aux exercices spirituels ; de façon que si par maladie ou autre accident, il en est empêché, il n’en conçoit nul regret. (…) Il ne perd guerre sa joie, parce que nulle privation ne rend triste celui qui n’avait son coeur attaché nulle part.» (Extraits de la Lettre à Ste Jeanne de Chantal, 14 oct. 1604)

A fortiori, un coeur chrétien vraiment libre n’engage pas son affection dans le pouvoir, même pontifical, même pétrinien! C’est ce que vient de démontrer de manière éclatante Benoît XVI.

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