Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (2)

Les prédécesseurs de Saint François de Sales : les neveux de  Pierre de la Baume, népotisme et non résidence des évêque avant le Concile de Trente

Pierre de la Baume s’arrangea pour que son neveu Louis de Rye, abbé commendataire de l‘abbaye de St Claude dans le Jura soit nommé évêque de Genève.

Louis de Rye ne résida jamais dans son diocèse et continua à vivre dans ses monastères de St Claude et de Gigny. Cette habitude de ne pas résider dans le diocèse, cure ou abbaye dont on a la charge sera proscrite par le Concile de Trente.

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Jeton épiscopal de Louis de Rye évêque de Genève avec sa devise NON CRAS QUOD HODIE

Henri Baud, historien savoyard, interprète ainsi cette devise :  » Conservant l’espoir de rentrer à Genève, Louis de Rye fit frapper à ses armes un jeton avec la devise : Non Cras quod Hodie, c’est-à-dire, demain sera différent d’aujourd’hui. »

Mort en 1550, c’est son frère cadet, Philibert de Rye qu’il avait choisi comme coadjuteur qui lui succède. Lui non plus de résida pas.

Le 27 juin 1556, Paul IV nomme à l’évêché de Genève devenu vaccant par le décès de Philibert de Rye, François de Bachod. C’est lui qui décida de transférer officiellement le siège épiscopal de Genève à Annecy. Mais il ne put y fixer sa résidence car il avait de nombreuses charges diplomatiques comme légat du Pape. Il assista comme évêque de Genève au Concile de Trente et mourut en 1568 à Turin.

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La très modeste « cathédrale » St Pierre d’Annecy, ancienne chapelle des franciscains

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La cathédrale St Pierre de Genève

(A la vue de ces deux photos, on comprend mieux pourquoi le chapitre de Genève fut particulièrement humilié de devoir s’installer à Annecy et rêva pendant de nombreuses années de pouvoir s’y réinstaller)

L’importance de la résidence épiscopale ne fut que lentement mise en place après les décrets du Concile de Trente obligeant à la résidence ecclésiastique. On a du mal aujourd’hui à s’imaginer un évêque n’habitant pas dans son diocèse et occupant une multitude d’autres charges. C’était l’état habituel des diocèse avant Trente. St François de Sales est le prototype de l’évêque tridentin résidant dans son diocèse et ne s’occupant que des affaires de celui-ci.

Quant au népotisme que l’on constate avec Pierre de la Baume et ses neveux, qu’en fut-il  de St François de Sales?

Et bien, le successeur immédiat de notre grand saint fut son frère qu’il avait nommé comme coadjuteur : Jean-François de Sales (1578-1622-1635). Et leur neveu commun Charles-Auguste de Sales (1606-1645-1660) devint évêque de Genève à la mort du successeur de Jean-François, Juste Guérin.

Faut-il se scandaliser du népotisme ecclésiastique? L’Eglise ne l’a jamais condamné en tant que tel et un immense spirituel comme St François de Sales y a recours sans scrupule. Dans ces temps historiques très troublés, que nous avons du mal à imaginer tant nous sommes habitués à la stabilité institutionnelle et politique depuis d’ailleurs seulement 50 ans, la famille est souvent la seule garantie de sécurité et la seule possibilité d’oeuvrer dans la continuité. De ce point de vue, le népotisme qui vise au bien du diocèse est hautement préférable à des changements de personnalités qui n’oeuvrent pas toutes dans la même direction.

Décret du Concile de Trente au sujet de l’obligation de résidence :

VIe Session, Décret de Réformation Chapitre 1, De la Résidence des Prélats dans leurs Eglises, sous les peines du Droit ancien, & autres ordonnées de nouveau.

Le Saint Concile a jugé à propos de renouveler, comme il renouvelle en effet, en vertu du présent Décret, contre ceux qui ne résident pas, les anciens Canons autrefois publiez contre eux ; mais qui par le désordre des temps & des personnes se trouvent presque tout-à-fait hors d’usage. Et même pour rendre encore la Résidence plus fixe, & tâcher de parvenir par là à la Réformation des mœurs dans l’Eglise, il a résolu de plus d’établir & d’ordonner ce qui suit.

Si quelque Prélat, de quelque dignité, grade & prééminence qu’il soit, sans empêchement légitime, & sans cause juste, & raisonnable, demeure six mois de suite hors de son Diocèse, absent de l’Eglise Patriarcale, Primatiale, Métropolitaine, ou Cathédrale, dont il se trouvera avoir la conduite, sous quelque nom, & par quelque droit, titre, ou cause que ce puisse être ; Il encourra de droit même la peine de la privation de la quatrième partie d’une année de son revenu, qui sera appliquée, par son Supérieur Ecclésiastique, à la fabrique de l’Eglise, & aux pauvres du lieu. Que s’il continue encore cette absence pendant six autres mois, il sera privé, dés ce moment-là, d’un autre quart de son revenu, applicable en la même manière. Mais si la contumace va encore plus loin ; pour lui faire éprouver une plus sévère censure des Canons, le Métropolitain, à peine d’encourir, dés ce moment-là, l’interdit de l’entrée de l’Eglise, sera tenu, à l’égard des Evêques ses Suffragants qui seront absents, Ou l’Evêque Suffragant le plus ancien qui sera sur le lieu, à l’égard du Métropolitain absent, d’en donner avis dans trois mois par Lettres, ou par un Exprès, à notre Saint Père le Pape ; qui par l’autorité du Souverain Siège, pourra procéder contre les Prélats non-résidents, selon que la contumace, plus ou moins grande, d’un chacun l’exigera, & pourvoir les Eglises de Pasteurs qui s’acquittent mieux de leur devoir, suivant que, selon Dieu, il connaîtra qu’il sera plus salutaire & plus expédient.

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