Canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII

Nous allons célébrer demain la canonisation de deux des plus grands papes de l’histoire : Jean XXIII et Jean-Paul II le Grand : l’inspirateur du Concile Vatican II et son interprète.

Notre époque ne se soucie plus tellement d’hagiographie mais ces figures récentes de l’Eglise sont tellement impressionnantes qu’elles n’y échappent pas et nous trouverons difficilement un défaut ou une faiblesse chez Jean-Paul II. Pourtant, les historiens commencent à démonter ses limites dans la gestion des affaires internes du Vatican ce qui a rendu le pontificat de son successeur direct, Benoît XVI, très difficile.

gpii-gxxiii

Ainsi, les saints, mêmes les plus grands, ont encore des défauts au sommet de leur gloire. Leur sainteté est le résultat d’un chemin de conversion parcouru avec le Christ et vécu dans la Miséricorde du Père. La vie d’un saint n’est pas une impeccabilité mais une vie transfigurée par la miséricorde de Dieu. Demain, nous fêterons d’ailleurs la Miséricorde divine, fête voulue par Jean-Paul II suite aux révélations de soeur Faustine. Il ne faut pas l’oublier et c’est la leçon que donne François de Sales dans ce sermon pour la Fête des Rameaux du 20 mars 1622 :

« L’on ne fait donc point de tort aux Saints quand on raconte leurs défauts et péchés en parlant de leurs vertus; mais au contraire, ceux qui écrivent leur histoire font un grand tort à tous les hommes en les celant, sous prétexte de les honorer, ou en ne racontant pas le commencement de leur vie, crainte que cela diminue ou amoindrisse l’estime que l’on a de leur sainteté. Ô non, cela n’est pas au contraire ils font injustice à ces Bienheureux et à toute la postérité. Tous les grands Saints écrivant les vies des autres Saints ont toujours dit ouvertement et naïvement leurs fautes et imperfections, pensant, comme il est vrai, rendre en cela autant service à Dieu et aux Saints mêmes qu’en racontant leurs vertus. Le glorieux Saint Jérôme, écrivant l’épitaphe, les louanges et les vertus de sa chère Paula, dit clairement ses défauts et les met auprès de ses vertus ; il condamne lui-même avec une vérité et une naïveté très grandes quelques unes des ses actions comme imparfaites, et fait toujours marcher la vérité en rapportant ses perfections et ses imperfections, car il savait bien que l’un serait autant utile que l’autre. » 

Publicités

Cinquième Dimanche de Carême : La Croix représentation de la Passion du Christ

DSC00007

La première grande oeuvre publiée par St François de Sales est la Défense de l’Estendart de la Sainte Croix. Ce livre est une controverse contre certains écrits réformés qui considéraient l’adoration de la Croix et même sa simple représentation comme une idolâtrie. On remarque d’ailleurs encore aujourd’hui l’absence totale de croix dans les église réformées calvinistes.

Un des arguments avancés par St François de Sales est lié au concept de représentation, très important concept pour la théologie eucharistique :

« il pense que pour représenter une chose il la faille ressembler de toutes pièces, ce qui est sot et ignorant ; car les plus parfaites images ne représentent que les linéaments et couleurs extérieures, et néanmoins on dit, et il est vrai, qu’elles représentent vivement. Les choses sont représentées par leurs effets, par leurs ressemblances, par leurs causes, et enfin, par tout ce qui en réveille en nous la souvenance ; car tout cela nous rend les choses absentes comme présentes. Or, que le bois de la Croix représente la Passion de Notre Seigneur, la chose est de soi trop claire : l’infaillible rapport que la Croix a au Crucifix ne peut moins opérer que cette représentation. » Saint François de Sales, Défense de l’Estendart de la Sainte Croix, livre I, ch VIII, Que la Croix représente la Passion de Nostre Seigneur

St François reprend la doctrine de Saint Thomas d’Aquin qui va encore plus loin en affirmant que la Croix du Christ a été unie au Verbe par mode de représentation ( en tant qu’image) et par mode de contact (en tant que relique). C’est pourquoi, elle est appelée dans l’Ecriture le signe du Fils de l’Homme. (Somme Théologique III Q25, a4, sol 2 et 3 a3 s3)

 Saint François parle aussi de la relique de la vraie Croix :

«  Ruffin parlant de la pièce de la croix qu’Hélène laissa à Jérusalem, il dit : qu’elle soit encore gardée de son temps avec une soigneuse vénération pour souvenance et mémoire. (…) Ainsi Constantin le Grand, en l’épitre à Macaire, apelle les lieux du sépulcre et Croix de Notre Seigneur : Significationem Passionnis sanctissimae » Signe de la très sainte passion » (ibidem)

Ecoutons le témoignage si émouvant de Jean-Paul II dans sa dernière encyclique Ecclesia de Eucharistia lorsqu’il fut au contact des lieux de la Passion:

« Quand on célèbre l’Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient de manière quasi tangible à son ‘heure’, l’heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°4

Ce désir d’être présent au drame du Golgotha se fait particulièrement touchant dans ce passage :

« Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au jardin des Oliviers. Dans ce jardin, il y a encore aujourd’hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là , lorsque le Christ en prière ressentit une angoisse mortelle et que ‘‘sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre’’ (Lc 22,44) » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

On ne peut être que frappé par la ressemblance de ce passage de l’encyclique avec un chapitre du Traité de l’Amour de Dieu de St François de Sales où celui-ci, pour illustrer sa doctrine de la mort d’amour, développe l’histoire d’un pèlerin se rendant sur les lieux de la Passion : « il voit (…) notre Seigneur agenouillé dans le Cénacle, lavant les pieds aux disciples, et leur distribuant par après son divin Corps en la sacrée Eucharistie. Il passe le torrent du Cédron, et va au jardin de Gethsémani, où son cœur se fond ès larmes d’une très aimable douleur, lorsqu’il s’y représente son cher Sauveur suer le sang en cette extrême agonie qu’il y souffrait (…) ». Finalement, le pèlerin meurt, son « cœur ouvert avec ce sacré mot gravé au dedans d’icelui : Jésus mon amour ! L’amour donc fit en ce cœur l’office de la mort, séparant l’âme du Corps sans concurrence d’aucune autre cause. » T.A.D. livre VII, ch.12.

Cette doctrine de la mort d’amour lui permet de montrer que la mort du Christ est un vrai sacrifice : « il remet son esprit à son Père, pour montrer que, comme il avait assez de force et d’haleine pour ne point mourir, il avait aussi tant d’amour, qu’il ne pouvait plus vivre sans faire revivre par sa mort ceux qui sans cela ne pouvaient jamais éviter la mort, ni prétendre à la vraie vie. C’est pourquoi la mort du Sauveur fut un vrai sacrifice et sacrifice d’holocauste que lui-même offrit à son Père pour notre rédemption. (…) Il fut donc le sacrificateur lui-même qui s’offrit à son Père, et s’immola en amour, à l’amour, par l’amour, pour l’amour et d’amour. » T.A.D. livre X, ch. 12

Mais c’est l’eucharistie elle-même qui s’identifie ontologiquement au sacrifice de la Croix et nous rend contemporain de ce sacrifice d’amour :

« l’institution de l’eucharistie au Cénacle est un moment décisif de sa constitution (de l’Eglise). Son fondement et sa source, c’est tout le Triduum pascal mais celui-ci est comme contenu, anticipé et ‘’concentré’’ pour toujours dans le don de l’Eucharistie. Dans ce don, Jésus-Christ confiait à l’Eglise l’actualisation permanente du mystère pascal. Par ce don, il instituait une mystérieuse ‘’contemporanéité’ entre le Triduum et le cours des siècles »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

 Cette dernière expression se retrouve à la fin de l’encyclique où le Pape nous livre à nouveau des sentiments très personnels :

« Depuis plus d’un demi-siècle, chaque jour, à partir de ce 2 novembre 1946 où j’ai célébré ma première Messe dans la crypte Saint-Léonard de la Cathédrale du Wavel à Cracovie, mes yeux se sont concentrés sur l’hostie et sur le calice, dans lesquels le temps et l’espace se sont en quelque sorte ‘’contractés’’ et dans lesquels le drame du Golgotha s’est à nouveau rendu présent avec force, dévoilant sa mystérieuse ‘’contemporanéité’’. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°59

Les verbes ‘’contracter’’ et ‘’concentrer’’ concernent l’événement pascal dans lequel est ‘’contenu’’ toute l’histoire. Doit-on voir ici une allusion à la doctrine de la récapitulation explicitement évoquée au n°5 :« Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un ‘’contenu’’ vraiment énorme, dans lequel est présent toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°5

Il y a donc une montée dans l’abstraction parallèlement à une montée vers la réalité même, ontologique et signifiante du sacrifice de la croix :

– la relique de la croix unie au Christ par mode de contact

– les différentes représentations artistiques de la croix unies au Christ par mode de représentation

– l’eucharistie qui nous met au contact même du mystère par mode de représentation sacramentelle

pape3

Saint François de Sales : un enfant de Savoie

Fondamentalement, charnellement, Saint François de Sales est un enfant de Savoie au point qu’il renonça au siège de Paris que lui proposait Henri IV.

« Je suis de toute façon savoyard de naissance et d’obligation »

« Sacré «Prince Évêque de Genève» le 8 décembre 1602, celui que le roi Henri IV appelait de manière élogieuse «le phénix des Évêques», parce que, disait-il, «c’est un oiseau rare sur la terre», après avoir renoncé aux fastes de Paris et aux propositions du roi de lui donner un siège épiscopal de renom, devint le pasteur et l’évangélisateur inlassable de sa terre savoyarde, qu’il aimait par-dessus tout, car, avouait-il, «je suis Savoyard de toutes façons, de naissance et d’obligation». Se laissant guider par les Pères de l’Église, il puisait dans l’oraison et dans une grande connaissance méditée de l’Écriture la force nécessaire pour accomplir sa mission et pour conduire le peuple à Dieu.
Comme mon prédécesseur, le Pape Paul VI, qui écrivit la lettre Sabaudiæ gemma à l’occasion du quatrième centenaire de sa naissance (29 janvier 1967), je prie Dieu de faire refleurir et resplendir dans l’Église une vie spirituelle éclatante, grâce à l’enseignement du saint évêque de Genève, qui demeure source de lumière pour nos contemporains, comme il l’a été de son temps. »

Lettre du Pape Jean-Paul II pour les 400 ans de l’ordination épiscopale de Saint François de Sales

2000px-Armoiries_Savoie_1563.svg

Armes du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier  (1562-1580-1630) dont St François fut le sujet et l’obligé toute sa vie.