La méthode salésienne de méditation pour les débutants : la préparation (1)

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Oratoire dédié à St François de Sales à Ville-en-Sallaz

Dans l’Introduction à la Vie dévote, Saint François de Sales donne sa méthode de méditation pour les débutants dans la vie d’oraison. Celle-ci s’inspire de la méthode ignatienne en la simplifiant grandement. C’est une méthode que l’on pourrait qualifier de biblique car elle part toujours d’un mystère tiré de l’Ecriture, d’imaginative car elle fait appel aux images, d’affective car la finalité est de parvenir à produire des affections dans l’âme afin que celle-ci s’engage dans une résolution.

La méditation débouche donc sur l’action, ce qui, je crois, est une spécificité chrétienne. Le Christ renvoie ses disciples vers les choses de la terre après les avoir  laissés contempler son Ascension.

« Vous ne savez peut-être pas, Philothée, comme il faut faire l’oraison mentale; car c’est une chose laquelle, par malheur, peu de gens savent en notre âge. C’est pourquoi je vous présente une simple et brève méthode pour cela. » (Introduction, II, 2)

Si peu de gens connaissaient et pratiquaient  l’oraison à la fin du 16e siècle, je crois qu’aujourd’hui, en ce début du 21e siècle, il y en a encore moins!

Laissons-nous donc instruire par ce grand spirituel, nous en avons besoin plus que jamais!

1/ La préparation : se mettre en présence de Dieu

St François nous enseigne qu’il faut d’abord se préparer à la méditation, se mettre dans les dispositions favorables vis à vis de Dieu en nous rappelant sa présence, puis humblement invoquer son assistance car nous ne savons pas prier. C’est une méditation théo-centrée et christo-centrée. C’est le propre de la prière chrétienne. La prière chrétienne n’est pas du même ordre que les techniques orientales de méditation qui servent à faire le vide ou à faire certaines expériences de conscience. Le chrétien se tient devant la majesté divine pour prier.

Et pour cela, St François de Sales donne quatre petits moyens :

– se rappeler que Dieu est partout présent et en toute chose

« nous nous comportons comme si Dieu était bien loin de nous; car encore que nous sachions bien qu’il est présent à toutes choses, si est-ce que n’y pensant point, c’est tout autant comme si nous ne le savions pas. C’est pourquoi toujours, avant l’oraison, il faut provoquer notre âme à une attentive pensée et considération de cette présence de Dieu. (…) et ainsi nous devons user des paroles de Jacob, lequel ayant vu l’échelle sacrée : Ô que ce lieu est redoutable! Vraiment Dieu est ici, et je n’en savais rien. (…) Venant donc à la prière, il vous faut dire de tout votre coeur : ô mon coeur, mon coeur, Dieu est vraiment ici. » (Introduction, II, 2)

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– « Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c’est de penser que non seulement Dieu est au lieu où vous êtes, mais qu’il est très particulièrement en votre coeur et au fond de votre esprit, lequel il vivifie et anime de sa divine présence, étant là comme le coeur de votre coeur et l’esprit de votre esprit. (…) Saint Paul disait que nous vivons, nous nous mouvons et sommes en Dieu. »

– « Le troisième moyen, c’est de considérer notre Sauveur, lequel en son humanité regarde dès le ciel toutes les personnes du monde, mais particulièrement les Chrétiens qui sont ses enfants, et plus spécialement ceux qui sont en prière, desquels il remarque les actions et déportement. (…) Nous pouvons bien dire avec l’Epouse : Le voilà qu’il est derrière la paroi, voyant par les fenêtres, regardant par les treillis. »

christ-of-saint-john-of-the-crossDans l’éternité de son sacrifice rédempteur, le Christ est présent à chacun dans ses tâches les plus quotidiennes.

Christ de Saint Jean de la Croix par Salvador Dalí, 1951 (Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow)

2/ La préparation : invoquer Dieu

« Que si vous le voulez, vous pourrez user de quelques paroles courtes et enflammées, comme celles ici de David :

Ne me rejetez point, ô mon Dieu, de devant votre face, et ne m’ôtez point la faveur de votre Saint-Esprit. Ps 50,13

Eclairez votre face sur votre servante, et je considérerai vos merveilles. (Ps 30, 17 et Ps 118,135)

Donnez-moi l’entendement, et je regarderai votre loi et la garderait de tout mon coeur. Ps 118,34

Je suis votre servante, donnez-moi l’esprit. Ps 118, 125″ 5introduction, II, 3)

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Le roi David psalmodiant la louange divine

Une rude leçon d’humilité : aimer sa propre abjection

On se fait encore trop souvent aujourd’hui une fausse image de la spiritualité salésienne ; elle serait douce sinon doucereuse, tranquille, facile à pratiquer et pas trop exigeante. C’est une erreur fondamentale qui méconnaît la terrible exigence de St François dans la vie spirituelle. Elle est sûrement due à une mauvaise appréhension du style de l’auteur et à une lecture trop rapide qui nous fait passer à côté de son caractère quasi subversif.

En voici un exemple.

Dans l’Introduction à la Vie Dévote, titre qui sonne à nos oreilles contemporaines comme un peu ridicule, St François développe sur 4 chapitres son enseignement au sujet de la vertu d’humilité. Un des chapitres s’intitule : « Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection » Que peut bien vouloir dire St François? Encore aujourd’hui, cette expression nous choque et nous réveille de notre torpeur spirituelle. Aimer notre propre abjection, c’est-à-dire nos faiblesses, nos limites, ce qui en nous est blessé ou même tordu… ce que nous aimerions cacher et ou ce dont nous ne sommes pas très fiers. Nous voulons bien devenir martyr, se faire admirer des hommes pour le sens de notre charité, de notre engagement ou de certaines vertus virils mais se complaire dans nos propres limites, non! Telle est pourtant la véritable humilité.

St François donne plusieurs images pour montrer ce qu’est l’abjection. L’image la plus forte est sans aucun doute celle de l’apparence physique, elle nous parle encore aujourd’hui :

« Une personne a un chancre au bras, et l’autre l’a au visage : celui-là n’a que le mal, mais celui-ci, avec le mal, a le mépris, le dédain, et l’abjection. Or, je dis maintenant qu’il ne faut pas seulement aimer le mal, ce qui se fait par la vertu de patience ; mais il faut aussi chérir l’abjection, ce qui se fait par la vertu d’humilité. »

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« Tombant emmi la rue, outre le mal l’on en reçoit de la honte ; il faut aimer cette abjection. »

« Mais quoique nous aimions l’abjection qui s’ensuit du mal, si ne faut-il pas laisser de remédier au mal qui l’a causée, par des moyens propres et légitimes, et surtout quand le mal est de conséquence. Si j’ai quelque mal abject au visage, j’en procurerai la guérison, mais non pas que l’on oublie l’abjection laquelle j’en ai reçue. »

« Ah! qui nous fera la grâce de pouvoir dire avec ce grand Roi :  »J’ai choisi d’être abject en la maison de Dieu, plutôt que d’habiter ès tabernacles es pécheurs (Ps 83,11) »? Nul ne le peut, chère Philothée, que Celui qui pour nous exalter, vécut et mourut en sorte qu’il fut l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple (Ps 21,7). »

Et St François de conclure en ayant conscience de la dureté de ce conseil :

« Je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures quand vous les considérerez ; mais croyez-moi, elles seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez. »

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Le Christ outragé : Voici l’Homme!

Lien vers le chapitre VI de la Troisième Partie de l’Introduction à la Vie Dévote : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3eme_partie_1.html