Mercredi des Cendres

Comme d’habitude, l’entrée en Carême des catholiques est complètement ignorée par les médias mainstream qui se félicitent pourtant chaque année du début du Ramadan. Mais il est vrai que tous les Français savent qu’aujourd’hui débute le Carême, la grande Quarantaine que l’Eglise nous donne pour nous préparer à la joie, à la lumière et à la paix de Pâque… Nous pouvons toujours le croire…

A l’époque de Saint François, le Carême était encore vécu de manière très strict, comme il l’est encore aujourd’hui par nos frères orthodoxes. Je crois que l’Eglise devrait revenir vers un Carême très ascétique car spiritualiser à outrance ce temps de pénitence et de conversion ne fait pas progresser sur le chemin de l’intériorité et de la proximité avec le Seigneur.

Saint François dans cet extrait d’un sermon pour le Mercredi des Cendres 1622 fait mémoire de la pratique de l’Eglise antique pour mieux exhorter ses filles de la Visitation à un Carême fait de « bon coeur et d’un coeur entier » en intériorisant la pratique du jeûne par une stricte discipline des sens et des puissances de l’âme :

« le jeûne a été institué par Notre Seigneur pour remède à notre bouche, à notre gourmandise et à notre gloutonnerie; car pour ce que le péché est entré au monde par la bouche, il faut aussi que ce soit la bouche qui fasse pénitence par la privation des viandes prohibées et défendues par l’Eglise, s’abstenant d’ic elles l’espace de quarante jours. Mais, ce n’est pas notre bouche seule qui a péché, ains encore tous nos autres sens, il est requis que notre jeûne soit général et entier, c’est-à-dire que nous fassions jeûner tous les membres de notre corps, car si nous avons offensé Dieu par les yeux, par les oreilles, par la langue, et par nos autres sens, pourquoi ne les ferons-nous pas jeûner? (…) Combien de péchés sont entrés dans l’âme par les yeux, que la Sainte Ecriture marque pour la concupiscence de la vue? C’est pourquoi, il faut les faire jeûner, les portant bas et ne leur permettant pas de regarder d’objets frivoles et illicites ; les oreilles, les privant d’entendre les discours vains qui ne servent qu’à remplir l’esprit d’images mondaines, ; la langue, en ne disant point de paroles oiseuses et qui ressentent le monde ou les choses de celui-ci. On doit aussi retrancher les discours inutiles de l’entendement, ainsi que les vaines représentations de notre mémoire, les appétits et les désirs superflus de notre volonté, en somme lui tenir la bride à ce que notre âme n’aime ni ne tende qu’au souverain Bien; et par ce moyen nous accompagnerons le jeûne extérieur de l’intérieur. »

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Deuxième Dimanche de Carême : de l’oraison

Les homélies d’aujourd’hui, hormis leur grande pauvreté doctrinale, sont souvent confuses et désordonnées, à tel point qu’il est bien difficile d’en retenir quelque chose. Ce sermon de St François de Sales pour le deuxième dimanche de Carême nous montre la rigueur avec laquelle il construisait ses homélies et ses sermons :

« Nous ferons aujourd’hui quelques petites considérations par lesquelles nous montrerons qu’il y a quatre degrés en l’oraison ; mais avant tout cela, disons trois paroles. »

Enonçant ainsi son plan, il avive l’attention des auditeurs et permet à ceux-ci de se mettre dans de bonnes condition pour retenir quelque chose des points qui seront abordés. Remarquons également la référence permanente à l’Ecriture qui est à la source de son enseignement. Il s’agit dun enseignement concret et pratique au sujet de la prière et pas de vagues et fumeuses paroles moralisatrices.

Ce sermon permet donc de retenir facilement quelques idées fortes au sujet de l’oraison :

1/ Les marques physiques d’une bonne oraison

‘La première considération est celle-ci : Jésus étant monté sur la montagne se mit à prier, et étant en prière il fut transfiguré, et sa face devint plus reluisante que le soleil et ses vêtements blancs comme la neige’

« Si au sortir de l’oraison, vous avez un visage renfrogné et chagrin, l’on voit assez que vous n’avez pas fait l’oraison comme vous deviez. »

2/ Le risque du Mont Thabor et des consolations spirituelles.

« Ces trois Apôtres ayant vu la gloire de Notre Seigneur ne laissèrent par après de le quitter en sa Passion, et St Pierre qui avait parlé toujours plus hardiment, commit néanmoins un très grand péché en reniant son Maître. On descend de la montagne de Thabor pécheur, mais au contraire on descend de celle de Calvaire justifié ; cela s’entend quand on s’y tient ferme au pied de la Croix comme Notre Dame. » « L’on est véritablement fort en crainte parmi les consolations, car on ne sait si on aime les consolations de Dieu, ou bien le Dieu des consolations ; mais en l’affliction il n’ a y rien à craindre, pourvu qu’on soit fidèle. Voilà donc quant à la seconde considération. »

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Le Reniement de Saint Pierre

3/ L’oraison est pour tous et aide à bien faire son devoir d’état

« Je fais la troisième (considération) sur ce que l’on entendit la voix du Père éternel qui dit : Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le. Il faut donc obéir au Père éternel en suivant Notre Seigneur pour ouïr sa parole. »

« Et voici que nous sommes enseignés que tous, de quelle condition qu’ils soient, doivent prier et faire oraison, car c’est là où principalement ce divin Maître nous parle. Je ne dis pas que nous devons faire autant d’oraison les uns que les autres, car il ne serait pas à propos que que ceux qui ont beaucoup d’affaires demeurassent aussi longuement en oraison que les Religieux. je dis bien néanmoins que si vous voulez bien faire votre devoir, il faut que vous priiez Dieu, et c’est en l’oraison que nous que nous apprenons à bien faire ce que nous faisons. »

4/ Ne voir plus que Dieu seul en toutes choses

« Les Apôtres étant relevés ne virent plus que Jésus seul. Ceci est le souverain degré de la perfection, ne voir plus que Notre Seigneur en quoi que nous fassions. »

Sermon pour le Deuxième Dimanche de Carême, 23 février 1614, Œuvres de  Saint Francois de Sales, Ed. de la Visitation, Tome IX, Sermons, vol III, p. 27-31