Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (3)

Les prédécesseurs de St François de Sales : les premiers évêques tridentins de Genève,  Ange Justiniani (1568-1578) et Claude de Granier (1578-1602)

C’est un religieux Cordelier de très grande culture qui succéda à François de Bachod : Ange Justiniani (sa notice biographique en italien : http://www.treccani.it/enciclopedia/angelo-giustiniani_(Dizionario-Biografico)/). Il fut le premier évêque de Genève qui résida effectivement à Annecy. Depuis le départ de Pierre de la Baume de Genève jusqu’à l’arrivée d’Ange Justiniani à Annecy, le diocèse fut donc sans évêque résident pendant 35 ans.  Ange Justiniani est né à Gênes en 1520, il était « Docteur en théologie, professeur à Padoue et à Gênes, helléniste remarquable, il fut en outre confesseur du duc de Savoie Emmanuel-Philibert qui le fit nommer à l’évêché de Genève par bulles du 13 octobre 1568. Il fit son entrée solennelle à Annecy le 22 mai suivant et décida d’y fixer sa résidence. La petite ville deviendra dés lors le siège définitif de l’évêché malgré l’espoir de recouvrer Genève auquel ne renoncèrent jamais les évêques successifs qui continuèrent à s’intituler évêques et princes de Genève. « 

L’absence de l’évêque pendant presque 35 ans donna au chapitre et à quelques fortes personnalités ecclésiastiques la fâcheuse habitude de se croire indépendants de toute hiérarchie et d’être maître du diocèse. En outre, le Concile de Trente, qui venait de s’achever, ne portait pas encore ses fruits et on pouvait constater un relâchement général de la discipline ecclésiastique jusque dans les cloîtres réputés les plus austères.

Ange Justiniani voulut promulguer officiellement les décrets du Concile de Trente mais il se heurta à la double hostilité du clergé et du Sénat de Savoie qui interdit la publication intégrale de ces canons, notamment ceux concernant la discipline ecclésiastique. Le nouvel évêque se heurta aussi à l’hostilité du chapitre qui souhaitait garder ses prérogative d’indépendance par rapport à l’évêque et à sa juridiction.

Fatigué et sans doute usé par ces hostilités cléricales et politiques, Ange Justiniani démissionna de sa charge en faveur d’un jeune abbé bénédictin, Claude de Granier, prieur de l’abbaye de Talloire, avec lequel il permuta sa charge en décembre 1578. Molesté par les moines de l’abbaye, Ange Justiniani s’enfuit et se retira à Gênes où il mourut en 1596.

Où l’on voit donc que Benoît XVI n’est pas le premier prélat à devoir démissionner face à la sourde hostilité du petit monde clérical.

1145435798

Abbaye de Talloire, devenue aujourd’hui un hôtel de luxe

Claude de Granier va être la grande figure du diocèse pendant 24 ans. Prédécesseur direct de St François, c’est à lui qu’on doit le début de la reprise en main du diocèse. On notera sa ressemblance physique avec St François.

Claude de Granier0002

Claude de Granier est un véritable savoyard comme François. Il fit ses étude à Annecy, où le chanoine de Genève, Eustache Chappuis, ambassadeur de Charles Quint à la cour d’Henri VIII, avait fondé un collège en  1549. (Ce collège, fermé en 1888, est l’ancêtre de l’actuel Lycée Berthollet d’Annecy où se trouve un portrait monumental du fondateur.) Claude entra très jeune à l’abbaye de Talloire dont il devint abbé commendataire à l’âge de 15 ans! Autre temps, autre moeurs…

Il continua ses études à Rome où il obtint le grade de docteur et rentra à son abbaye pour essayer d’y remettre un peu d’ordre mais il se heurta à une opposition violente et  faillit y laisser sa vie! On comprend qu’il n’hésita pas à laisser sa place à Mgr Justiniani qui rencontra les mêmes résistances.

« Nommé évêque de Genève par bulles du 15 décembre 1578, il est sacré dans l’église St-Dominique d’Annecy, le 26 avril 1579. Il entreprend aussitôt la réforme du diocèse à laquelle il va consacrer toute son action. En 1580 et 1581, il en visite toutes les paroisses. Il est amené à prendre tout une série de mesures qui amorce un véritable renouveau de la vie religieuse. Il mourut à Polinges en 1602 au retour du jubilé de Thonon auquel il avait participé. »

Claude de Granier remarqua immédiatement François de Sales et tout le bénéfice qu’il pourrait tirer de ce jeune noble, pieux, savant et aimé du peuple pour l’administration de son diocèse. Il en fit son prévôt et son bras armé pour la reconquête à la foi catholique du Chablais et de Genève.

Dans une lettre adressée au pape Clément VIII, Saint François de Sales lui rendit un vibrant hommage :

« Homme de foi antique, de moeurs antiques, d’antique piété et d’antique constance, il est digne assurément d’immortalité et sa mémoire mérite d’universelles bénédictions. »

(Les citations et sources de ce post sont tirés du livre : Le diocèse de Genève-Annecy dit; Henri Baud Ed. Beauchesne 1985)

Publicités

Un Maître pour aujourd’hui : la liberté spirituelle

La finalité de ce blog est de faire connaître un peu mieux la pensée de St François de Sales et de montrer son actualité pour aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas de faire oeuvre de biographe ou d’exégète de sa pensée mais vraiment d’y puiser une règle de vie et d’action pour aujourd’hui.

St François ne renierait pas ces techniques modernes de communication. En fait, il en fut le lointain inventeur et promoteur. St François, dans son oeuvre de reconquête du Chablais  à la foi catholique,  se servit de petits billets théologiques qu’il allait distribuer lui-même chez les habitants en les glissant sous les portes. Un blog avant l’heure en somme! Je crois donc être fidèle à ce maître spirituel en m’attelant à la rédaction de ce blog.

L’actualité de l’Eglise est particulièrement mouvementée et la récente démission de Benoît XVI montre que l’Eglise est au coeur de l’histoire, au coeur d’un combat qui traverse les siècles, combat entre ceux qui cherchent à adhérer à la Rédemption du Christ et ceux qui cherchent à nous en détourner.

Au milieu de cette grande confusion des valeurs et des traditions, un homme comme l’évêque de Genève est d’un grand secours pour y voir clair.

St François de Sales vécut lui aussi dans une période historique de très grands changements et de défis pour l’Eglise. Il est le type même de l’Evêque voulu par le Concile de Trente mais, par sa dimension spirituelle, il dépasse de très loin ce conditionnement historique.

Il est un Maître et un Docteur pour aujourd’hui.

D’aucun ont été surpris par la démission de notre Pape Benoît. Comme si la souveraine liberté qu’il a ainsi montré était opposée à l’esprit chrétien. Il s’agit une fois de plus d’une idée reçue qui déforme le christianisme. «La Vérité vous rendra libre» nous dit St Jean. Poursuivant cette tradition, Saint François nous enseigne aussi cette souveraine liberté :

«Je vous laisse l’esprit de liberté, non pas celui qui forclôt (exclut) l’obéissance, car c’est la liberté de la chair ; mais celui qui forclôt la contrainte et le scrupule ou empressement.»

Et Saint François détaille les caractéristiques de la liberté chrétienne :

«La liberté de laquelle je parle, c’est la liberté des enfants bien aimés. Et qu’est-ce? C’est un désengagement du coeur chrétien de toutes choses pour suivre la volonté de Dieu reconnue.

Benoît XVI déclare agir en toute liberté après avoir reconnu la volonté de Dieu.

«Le coeur qui a cette liberté n’est point attaché aux consolations, mais reçoit les afflictions avec toute la douceur que la chair peut permettre.

Nul besoin d’insister sur les différentes afflictions et contrariétés reçues par Benoît XVI tout au long de ces huit ans de Pontificat. Nul besoin d’insister sur sa surnaturelle douceur et son humilité non feinte.

«(Ce coeur) n’engage nullement son affection aux exercices spirituels ; de façon que si par maladie ou autre accident, il en est empêché, il n’en conçoit nul regret. (…) Il ne perd guerre sa joie, parce que nulle privation ne rend triste celui qui n’avait son coeur attaché nulle part.» (Extraits de la Lettre à Ste Jeanne de Chantal, 14 oct. 1604)

A fortiori, un coeur chrétien vraiment libre n’engage pas son affection dans le pouvoir, même pontifical, même pétrinien! C’est ce que vient de démontrer de manière éclatante Benoît XVI.

1529996409_la_demission_surprise_de_benoit_xvi_ouvre_une_