Une rude leçon d’humilité : aimer sa propre abjection

On se fait encore trop souvent aujourd’hui une fausse image de la spiritualité salésienne ; elle serait douce sinon doucereuse, tranquille, facile à pratiquer et pas trop exigeante. C’est une erreur fondamentale qui méconnaît la terrible exigence de St François dans la vie spirituelle. Elle est sûrement due à une mauvaise appréhension du style de l’auteur et à une lecture trop rapide qui nous fait passer à côté de son caractère quasi subversif.

En voici un exemple.

Dans l’Introduction à la Vie Dévote, titre qui sonne à nos oreilles contemporaines comme un peu ridicule, St François développe sur 4 chapitres son enseignement au sujet de la vertu d’humilité. Un des chapitres s’intitule : « Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection » Que peut bien vouloir dire St François? Encore aujourd’hui, cette expression nous choque et nous réveille de notre torpeur spirituelle. Aimer notre propre abjection, c’est-à-dire nos faiblesses, nos limites, ce qui en nous est blessé ou même tordu… ce que nous aimerions cacher et ou ce dont nous ne sommes pas très fiers. Nous voulons bien devenir martyr, se faire admirer des hommes pour le sens de notre charité, de notre engagement ou de certaines vertus virils mais se complaire dans nos propres limites, non! Telle est pourtant la véritable humilité.

St François donne plusieurs images pour montrer ce qu’est l’abjection. L’image la plus forte est sans aucun doute celle de l’apparence physique, elle nous parle encore aujourd’hui :

« Une personne a un chancre au bras, et l’autre l’a au visage : celui-là n’a que le mal, mais celui-ci, avec le mal, a le mépris, le dédain, et l’abjection. Or, je dis maintenant qu’il ne faut pas seulement aimer le mal, ce qui se fait par la vertu de patience ; mais il faut aussi chérir l’abjection, ce qui se fait par la vertu d’humilité. »

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« Tombant emmi la rue, outre le mal l’on en reçoit de la honte ; il faut aimer cette abjection. »

« Mais quoique nous aimions l’abjection qui s’ensuit du mal, si ne faut-il pas laisser de remédier au mal qui l’a causée, par des moyens propres et légitimes, et surtout quand le mal est de conséquence. Si j’ai quelque mal abject au visage, j’en procurerai la guérison, mais non pas que l’on oublie l’abjection laquelle j’en ai reçue. »

« Ah! qui nous fera la grâce de pouvoir dire avec ce grand Roi :  »J’ai choisi d’être abject en la maison de Dieu, plutôt que d’habiter ès tabernacles es pécheurs (Ps 83,11) »? Nul ne le peut, chère Philothée, que Celui qui pour nous exalter, vécut et mourut en sorte qu’il fut l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple (Ps 21,7). »

Et St François de conclure en ayant conscience de la dureté de ce conseil :

« Je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures quand vous les considérerez ; mais croyez-moi, elles seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez. »

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Le Christ outragé : Voici l’Homme!

Lien vers le chapitre VI de la Troisième Partie de l’Introduction à la Vie Dévote : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3eme_partie_1.html

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