Cinquième Dimanche de Carême : La Croix représentation de la Passion du Christ

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La première grande oeuvre publiée par St François de Sales est la Défense de l’Estendart de la Sainte Croix. Ce livre est une controverse contre certains écrits réformés qui considéraient l’adoration de la Croix et même sa simple représentation comme une idolâtrie. On remarque d’ailleurs encore aujourd’hui l’absence totale de croix dans les église réformées calvinistes.

Un des arguments avancés par St François de Sales est lié au concept de représentation, très important concept pour la théologie eucharistique :

« il pense que pour représenter une chose il la faille ressembler de toutes pièces, ce qui est sot et ignorant ; car les plus parfaites images ne représentent que les linéaments et couleurs extérieures, et néanmoins on dit, et il est vrai, qu’elles représentent vivement. Les choses sont représentées par leurs effets, par leurs ressemblances, par leurs causes, et enfin, par tout ce qui en réveille en nous la souvenance ; car tout cela nous rend les choses absentes comme présentes. Or, que le bois de la Croix représente la Passion de Notre Seigneur, la chose est de soi trop claire : l’infaillible rapport que la Croix a au Crucifix ne peut moins opérer que cette représentation. » Saint François de Sales, Défense de l’Estendart de la Sainte Croix, livre I, ch VIII, Que la Croix représente la Passion de Nostre Seigneur

St François reprend la doctrine de Saint Thomas d’Aquin qui va encore plus loin en affirmant que la Croix du Christ a été unie au Verbe par mode de représentation ( en tant qu’image) et par mode de contact (en tant que relique). C’est pourquoi, elle est appelée dans l’Ecriture le signe du Fils de l’Homme. (Somme Théologique III Q25, a4, sol 2 et 3 a3 s3)

 Saint François parle aussi de la relique de la vraie Croix :

«  Ruffin parlant de la pièce de la croix qu’Hélène laissa à Jérusalem, il dit : qu’elle soit encore gardée de son temps avec une soigneuse vénération pour souvenance et mémoire. (…) Ainsi Constantin le Grand, en l’épitre à Macaire, apelle les lieux du sépulcre et Croix de Notre Seigneur : Significationem Passionnis sanctissimae » Signe de la très sainte passion » (ibidem)

Ecoutons le témoignage si émouvant de Jean-Paul II dans sa dernière encyclique Ecclesia de Eucharistia lorsqu’il fut au contact des lieux de la Passion:

« Quand on célèbre l’Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient de manière quasi tangible à son ‘heure’, l’heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°4

Ce désir d’être présent au drame du Golgotha se fait particulièrement touchant dans ce passage :

« Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au jardin des Oliviers. Dans ce jardin, il y a encore aujourd’hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là , lorsque le Christ en prière ressentit une angoisse mortelle et que ‘‘sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre’’ (Lc 22,44) » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

On ne peut être que frappé par la ressemblance de ce passage de l’encyclique avec un chapitre du Traité de l’Amour de Dieu de St François de Sales où celui-ci, pour illustrer sa doctrine de la mort d’amour, développe l’histoire d’un pèlerin se rendant sur les lieux de la Passion : « il voit (…) notre Seigneur agenouillé dans le Cénacle, lavant les pieds aux disciples, et leur distribuant par après son divin Corps en la sacrée Eucharistie. Il passe le torrent du Cédron, et va au jardin de Gethsémani, où son cœur se fond ès larmes d’une très aimable douleur, lorsqu’il s’y représente son cher Sauveur suer le sang en cette extrême agonie qu’il y souffrait (…) ». Finalement, le pèlerin meurt, son « cœur ouvert avec ce sacré mot gravé au dedans d’icelui : Jésus mon amour ! L’amour donc fit en ce cœur l’office de la mort, séparant l’âme du Corps sans concurrence d’aucune autre cause. » T.A.D. livre VII, ch.12.

Cette doctrine de la mort d’amour lui permet de montrer que la mort du Christ est un vrai sacrifice : « il remet son esprit à son Père, pour montrer que, comme il avait assez de force et d’haleine pour ne point mourir, il avait aussi tant d’amour, qu’il ne pouvait plus vivre sans faire revivre par sa mort ceux qui sans cela ne pouvaient jamais éviter la mort, ni prétendre à la vraie vie. C’est pourquoi la mort du Sauveur fut un vrai sacrifice et sacrifice d’holocauste que lui-même offrit à son Père pour notre rédemption. (…) Il fut donc le sacrificateur lui-même qui s’offrit à son Père, et s’immola en amour, à l’amour, par l’amour, pour l’amour et d’amour. » T.A.D. livre X, ch. 12

Mais c’est l’eucharistie elle-même qui s’identifie ontologiquement au sacrifice de la Croix et nous rend contemporain de ce sacrifice d’amour :

« l’institution de l’eucharistie au Cénacle est un moment décisif de sa constitution (de l’Eglise). Son fondement et sa source, c’est tout le Triduum pascal mais celui-ci est comme contenu, anticipé et ‘’concentré’’ pour toujours dans le don de l’Eucharistie. Dans ce don, Jésus-Christ confiait à l’Eglise l’actualisation permanente du mystère pascal. Par ce don, il instituait une mystérieuse ‘’contemporanéité’ entre le Triduum et le cours des siècles »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

 Cette dernière expression se retrouve à la fin de l’encyclique où le Pape nous livre à nouveau des sentiments très personnels :

« Depuis plus d’un demi-siècle, chaque jour, à partir de ce 2 novembre 1946 où j’ai célébré ma première Messe dans la crypte Saint-Léonard de la Cathédrale du Wavel à Cracovie, mes yeux se sont concentrés sur l’hostie et sur le calice, dans lesquels le temps et l’espace se sont en quelque sorte ‘’contractés’’ et dans lesquels le drame du Golgotha s’est à nouveau rendu présent avec force, dévoilant sa mystérieuse ‘’contemporanéité’’. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°59

Les verbes ‘’contracter’’ et ‘’concentrer’’ concernent l’événement pascal dans lequel est ‘’contenu’’ toute l’histoire. Doit-on voir ici une allusion à la doctrine de la récapitulation explicitement évoquée au n°5 :« Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un ‘’contenu’’ vraiment énorme, dans lequel est présent toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°5

Il y a donc une montée dans l’abstraction parallèlement à une montée vers la réalité même, ontologique et signifiante du sacrifice de la croix :

– la relique de la croix unie au Christ par mode de contact

– les différentes représentations artistiques de la croix unies au Christ par mode de représentation

– l’eucharistie qui nous met au contact même du mystère par mode de représentation sacramentelle

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La succession de St Pierre

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MERCI DU FOND DU COEUR TRES SAINT PERE POUR VOTRE PONTIFICAT ET VOTRE ENSEIGNEMENT !

« On ne succède qu’à celui qui cède et quitte sa place, soit par déposition ou par la mort ; qui fait que Notre Seigneur est toujours Chef et Souverain Pontife de l’Eglise, et auquel personne ne succède, parce qu’il est toujours vivant, et n’a cédé ou quitté ce sacerdoce ou pontificat, quoi qu’il l’exerce en partie par ses ministres et serviteurs ici bas en l’Eglise militante : mais ces ministres et lieutenants peuvent céder et cèdent, soit par déposition, ou par la mort, leurs offices et dignités. »

Saint François de Sales, Les Controverses, Partie II, Ch. VI, article X, Des conditions pour succéder