Quel processus politique réaliste pour l’indépendance de la Savoie ?

Retrouver l’identité savoisienne

En ces temps troublés, d’abord par la médiocrité et l’incurie des pseudo élites européennes, il est important de continuer notre réflexion sur la Savoie et son avenir proche et lointain. Dans nos précédents articles aimablement publiés par Breizh-Info, il s’agissait de donner une méthode pour souffler sur les braises prêtes à s’éteindre de la mémoire savoisienne, de resituer notre identité spécifique et notre histoire millénaire. Il est souhaitable maintenant de réfléchir, de manière prospective, aux mécanismes politiques à mettre en œuvre pour déclencher un processus d’indépendance de notre Savoie bien-aimée.

Pour commencer, il faut rappeler la nécessité absolue d’effectuer un travail de mémoire pour se souvenir de ce que fut la Savoie de nos pères avant le rattachement à la France : un des plus antiques Etats européens. Un Etat que ses princes, au fait de leur puissance, abandonnèrent pour succomber aux illusions des nationalismes du 19ième siècles. Nationalismes qui furent, il faut bien le comprendre, une destruction des vraies identités européennes locales. Aucun processus politique ne pourra être engagé sans que les Savoisiens de souche ne se réapproprient leur héritage et leur identité, les resituant dans une perspective historique et surtout symbolique.

Je réitère mon appel pour un usage massif, intensif et généralisé de la Croix de Savoie. Partout, en toute occasion, la Croix de Savoie doit pavoiser nos villes et nos villages, nos balcons et nos jardins. Comme ici pour l’ornementation de mes armes personnelles dont la devise porte cette nécessité d’être le gardien de la mémoire, la Croix de St Maurice, notre saint patron, complétant l’ensemble. Il est en effet évident que seule une perspective de réaffirmation de la foi catholique, culturellement et cultuellement peut soutenir ce mouvement.

La Ligue Savoisienne avait réalisé un travail incroyable dans les années 90. Il y eut alors une véritable renaissance de l’identité savoisienne, au point que le mouvement commençait vraiment à faire peur à Paris. C’est l’honneur de Jean de Pingon et de Patrice Abeille d’avoir réalisé ce travail. Malheureusement, ce dernier en politisant le mouvement en se présentant aux élections régionales de 1998 tua le mouvement culturel qu’il portait brillamment.

Ce travail de réappropriation culturelle de notre identité savoisienne est donc majeur, cette identité se déclinant selon 4 composantes : alpine, francophone, catholique et fidèle à ses princes. La Savoie a finalement de la chance que cette famille, qui l’a délaissée pourtant, existe toujours. Bien naïvement sans doute, je crois que celle-ci pourrait jouer un rôle de soutien dans le futur processus d’indépendance. C’est sans doute moins irréaliste que de faire l’indépendance de la Savoie avec des arguties juridiques autour du Traité de Turin ! L’indépendance se fera en réchauffant l’amour de la Savoie, pas devant des cours internationales ! La stratégie juridique de certains groupes indépendantistes visant à faire constater l’abrogation de fait du Traité de Turin de 1860, celui-ci n’ayant pas été réenregistré par la France auprès de l’ONU après la seconde guerre mondiale. (voir par exemple : Rappel Juridique 1947 | ÉTAT de SAVOIE (etat-de-savoie.com)) Plus ridicule encore, la tentative de faire passer le peuple de Savoie comme une minorité en voie de disparition sur son propre sol en l’inscrivant à l’UNPO (Organisation des nations et des peuples non représentés) qui n’est ni une agence de l’ONU ni une ONG… Même si certains indépendantistes bretons ont fait la même chose, nous ne sommes pas des Pygmées en voie de disparition ! Nous sommes parmi les plus grands et plus antiques peuples européens.

Tout ceci est ridicule et parfaitement contradictoire. En effet, comment justifier l’existence de la Savoie libre et indépendante en passant par des structures mondialistes comme l’ONU et les cours internationales ? Cela nous empêche d’avancer à la manière savoisienne : pragmatique, réaliste et concrète ! La crise actuelle entre la Russie et l’Ukraine démontre que la géopolitique est d’abord une question de rapport de force. Les Traités internationaux ne sont là que pour enregistrer l’état de ces rapports à un moment donné.

Or, le rapport de force inscrivant la Savoie dans l’Etat français depuis 1860 n’a pas bougé d’un iota malgré l’instabilité politique française que nous avons malheureusement rejoint. En 160 ans, la Savoie a connu un empire, trois républiques, un régime collaborationniste mais chacun de ces régimes a œuvré à la disparition de la spécificité savoisienne.

Ce rapport de force est même particulièrement défavorable à la Savoie aujourd’hui puisque la Savoie s’est profondément « désavoyardisée », selon l’expression de l’historien de la Savoie Paul Guichonnet, même si dans les vallées rurales ce sont encore majoritairement les vieilles familles locales qui dirigent les communes. Ce rapport de force entre la Savoie et la France n’évoluera que si un véritable mouvement culturel savoisien conquiert les intelligences et les cœurs ; et si certains non savoisiens résidents en Savoie peuvent se projeter dans une future Savoie libre, prospère et sûre.

Régionalisation de la Savoie.

Si cette condition de l’existence d’un mouvement culturel savoisien fort était remplie, quel serait le premier pas politique vers l’indépendance et quelles seraient les autres étapes ?

Soyons pragmatique comme savent l’être les Savoisiens. Depuis plusieurs années, la fusion des deux départements (Haute-Savoie et Savoie) est à l’ordre du jour. Le mouvement Région Savoie a fortement œuvré dans ce sens ce qui a abouti à la création de l’Assemblée des Pays de Savoie en 2001, devenue en 2016 le Conseil Savoie Mont Blanc et réunissant les deux conseils départementaux. Mais cette assemblée n’a aucune existence légale en droit français et n’a donc aucun pouvoir. En outre, la Haute-Savoie, riche et prospère grâce à Genève principalement – nous y reviendrons- a toujours traîné les pieds face à cette fusion, Annecy perdant nécessairement sa place au profit de Chambéry.

Hervé Gaymard, actuel président du Conseil départemental de Savoie, est le fer de lance de ce mouvement. En rédigeant une lettre adressée aux deux assemblées départementales en 2018, il a relancé le débat :

            « Aujourd’hui, alors que les Départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sont autorisés à s’unir pour créer une collectivité européenne d’Alsace, le sujet (la création d’un Département Savoie Mont-Blanc) redevient d’actualité. (…)

Le Pays de Savoie Mont-Blanc est un périmètre pertinent d’action, pas seulement parce que les deux départements, artificiellement séparés en 1860, partagent la même histoire. Mais aussi parce que nos économies à la fois se ressemblent et sont complémentaires. Nous sommes par ailleurs une exception en France, car les deux-tiers de notre richesse économique ne sont pas dans les agglomérations capitales, mais dans les vallées. L’échelon Savoie Mont-Blanc est donc pertinent pour mettre en œuvre les politiques d’aménagement du territoire et de solidarité territoriale. »

Hervé Gaymard a bien compris le danger pour les deux départements de Savoie d’être marginalisés au sein de la Région AURA, grande comme l’Autriche et rayonnant autour des métropoles de Lyon et de Grenoble. Un des risques pour la Savoie est de se trouver marginalisée à l’est de ce grand ensemble sans cohérence géographique et historique.

Les vrais Savoisiens et amis de la Savoie ne peuvent être que d’accord avec un tel projet. Encore une fois, soyons pragmatiques, soutenons tout ce qui peut aller dans le sens d’une Savoie forte et d’une identité savoisienne réaffirmée. Je n’ai pas de mots assez durs pour dénoncer les élus de Haute-Savoie qui font tout pour que ce projet de fusion n’advienne pas. Originaire de Savoie du Nord, si je peux comprendre certaines de leurs craintes, la perspective d’une Savoie unie l’emporte largement sur les quelques privilèges que ces apparatchiks perdraient.

Cette étape de la fusion des deux départements en un seul est l’étape qui précède une régionalisation et une émancipation de la région Rhône-Alpes Auvergne. Dans une France de plus en plus faible et administrativement désorganisée, ce puissant département pourrait facilement exiger sa régionalisation.

L’étape suivante serait bien sûr l’autonomisation de la Savoie. Le mot est à la mode en ce moment puisque Emmanuel Macron a déclaré récemment que « l’autonomie de la Corse n’était pas un tabou. » A fortiori celle de la Savoie qui n’est française que depuis 1860! Mais plus que la Corse, c’est notre voisine et sœur, la Vallée d’Aoste, autonome depuis 1948, qui doit nous servir d’exemple. Certes, l’organisation politique de l’Italie a favorisé cette autonomie. Les minorité linguistiques régionales y ont toujours été respectées. Il en va tout autrement dans la France centralisée, parisienne et jacobine.

La très profonde crise actuelle de la France ne peut que s’aggraver. En effet, les institutions et la technostructures françaises étouffent toute velléité de réforme du pays. Cet état de fait est une chance pour la Savoie. Il faut savoir la saisir et œuvrer puissamment pour que la transformation : départementalisation-régionalisation-autonomisation puisse se faire rapidement.

La perspective helvétique

Si, grâce à un mouvement culturel puissant, l’identité savoisienne renaît dans les cœurs des Savoisiens et des amis de la Savoie, la prospérité d’une future Savoie libre et souveraine devra être démontrée et travaillée. Nous gagnerons ainsi, non pas les cœurs, mais les portes-monnaies d’habitants de la Savoie qui pourront être séduits par cette perspective.

Notre modèle indépassable d’organisation politique, administrative et économique est évidemment notre puissant voisin alpin, la Confédération Helvétique.

Je le crois et le proclame bien fort : l’indépendance de la Savoie ne pourra pas se faire sans de puissants soutiens et en tout premier lieu sans l’appui de la Suisse.

Ainsi donc, parallèlement au travail culturel entrepris pour fortifier l’identité savoisienne, devra s’effectuer un travail de lobbying auprès des autorités suisses et d’abord auprès de Genève.

Dans l’espace géographique et historique de la Savoie, Genève a toujours été la métropole la plus importante. Cette ville ne doit ni nous faire peur, ni être méprisée et encore moins être oubliée dans notre projet d’une future Savoie libre et souveraine. Rien ne se fera sans elle.

Je sais qu’en écrivant cela, je vais choquer quelques personnes qui, même en Savoie, n’ont que des clichés dans la tête. L’Escalade ou les vilains frontaliers, l’argent des banques ou le mépris genevois pour la Savoie… Nos ancêtres en prévoyant une zone franche avec Genève lors du référendum de 1860 savaient très bien que cette ville leur était indispensable.

Comme nos ancêtres exigeons le retour et l’extension des zones franches autour de Genève ! Ce serait un premier pas vers la disparition pure et simple de ce que certains géographes appellent la frontière la plus bête du monde. Permettons à Genève de retrouver son arrière-pays (qui s’appelle bien le Genevois !) et permettons à la Savoie de profiter du dynamisme de cette ville internationale à laquelle d’éminentes familles savoisiennes ont participé. Qu’il suffise de donner l’exemple de la famille Pictet, puissante famille patricienne de la ville encore aujourd’hui, dirigeant une des plus puissante banque privée au monde et originaire de Neydens dans le Genevois…dit français. L’enclavement de Genève est aujourd’hui un vrai problème pour la ville. Il est naturel pour elle de retrouver son arrière-pays dont elle s’est elle-même coupée en se livrant à la Réforme.

Le lobbying qui doit être entrepris par les Savoisiens vis-à-vis de la Suisse doit donc se faire à deux niveaux :

  • Au niveau du canton de Genève en faisant comprendre l’intérêt économique de retrouver un arrière-pays ouvert et amical et de soutenir le mouvement d’autonomisation de la Savoie.
  • Au niveau de la Confédération à Berne en rappelant les intérêts stratégiques de la Suisse et de sa sécurité. En effet, les Savoisiens pourraient proposer le rétablissement de la neutralité de la Savoie du Nord, assurée par le Congrès de Vienne, en l’étendant à toute la future Savoie libre. La nature stratégique de la rive sud du Lac Léman existe encore aujourd’hui pour la Suisse, croyez-le bien !

Il s’agit également de dire à la Suisse que la nouvelle Savoie compte bien prendre sa démocratie, son organisation politique ultra décentralisée et son économie comme exemple à suivre. La Suisse ne peut être que favorable à l’établissement d’un petit Etat neutre et prospère à son image entre elle et la France à sa frontière ouest.

Quand la Savoie voudra passer d’un statut de région autonome de la France à celui d’un Etat indépendant, le soutien actif des autorités helvétiques devra être acquis.

Si les Romands pourront sans doute facilement être convaincus de soutenir l’indépendance de leurs voisins et cousins savoisiens, c’est bien plutôt Berne et Zürich qu’il faudra convaincre et éclairer. Là encore ce sont des échanges culturels et intellectuels avec tous les milieux qui comptent qu’il faudra mettre en place. Faire découvrir à ces si proches mais si lointains Suisses allemands la spécificité géographique et historique de la Savoie.

Et l’Europe dans tout cela dirons certains ? D’aucuns ont cru que l’UE pourrait être un soutien aux différents mouvements indépendantistes. Mais l’Europe des Régions développée par la monstrueuse technocratie bruxelloise est celle des nouvelles grandes régions françaises, contribuant à la destruction définitive des identités provinciales en France. Je suis farouchement opposé à toute idée d’union politique européenne. Celle-ci est une continuation du nationalisme du 19e siècle ayant contribué à la disparition de la Savoie ! Mon rêve ressemble plus au Saint-Empire romain germanique qu’à l’Union Européenne technocratique de Bruxelles.

Être prêts lorsque l’occasion se présentera

Résumons donc le processus politique pragmatique et réaliste que nous proposons pour arriver à notre but, l’indépendance retrouvée de notre Savoie bien-aimée :

  • Court terme : soutien de Hervé Gaymard dans sa volonté de créer un département Savoie par fusions des deux départements savoisiens actuels.
  • Moyen terme : régionalisation du département en réaffirmant sa spécificité et son identité propre face à la région AURA. Puis autonomisation à l’occasion de l’accentuation inéluctable de la crise politique et économique française.
  • Action de fond et de long terme :
  • Créer et développer un puissant mouvement culturel savoisien pour ressusciter l’identités savoisienne. Une action à entreprendre dès maintenant est d’exiger de la France la mise en place d’un programme d’histoire de Savoie jusqu’en Terminale pour tous les élèves des deux départements.
  • Lobbying culturel et politique de haut niveau auprès des cantons suisses et de Berne pour faire passer l’idée d’une Savoie libre. Faire miroiter un territoire neutre et ami à ses portes. Ce lobbying ouvrira d’autres contacts internationaux fructueux.
  • De l’autonomie à la demande de d’indépendance. Nous vivons de profonds bouleversements politiques et civilisationnels. Nous sentons bien que l’histoire peut subitement s’accélérer. Les Savoisiens devront être prêts lorsque se présentera l’alignement des planètes qui leur permettra d’exiger l’indépendance. Cela se fera sans doute par un référendum ou bien alors la situation de la France sera tellement désastreuse que cela se fera presque naturellement si nous sommes préparés.

C’est à cette préparation lointaine que l’auteur de ces modeste lignes souhaite participer. Encore une fois, j’appelle à un débat parmi les Savoisiens afin de trouver la stratégie mais aussi les hommes et les moyens d’action qui seront les plus à même d’œuvrer à cette future Savoie libre et indépendante.

Vive la Savoie !

Reybaz

Cet article a été aimablement publié sur le site de réinformation http://www.breizh-info.com https://www.breizh-info.com/2022/03/26/182219/quel-processus-politique-realiste-pour-lindependance-de-la-savoie-lagora/

De quelques principes pour résister à la folie covidiste

Nous avons tous besoin, au milieu de l’épreuve actuelle, de réaffirmer des principes et des vérités fondamentales qui nous permettent de tenir face aux folles décisions des gouvernements et aux flots d’informations charriant beaucoup de mensonges et de propagande. De se dire et se redire les certitudes inébranlables que nous avons acquises et qui nous permettront de résister encore face à ce qui reste à venir. Car nous sommes sans doute au début d’une sorte de coup d’Etat mondial pour imposer, sous prétexte sanitaire, une limitation drastique des libertés partout dans le monde.

Au matin du premier confinement, j’eus l’intuition puissante d’un basculement dans un monde kafkaïen et absurde. Cette impression d’absurde dura plusieurs jours au milieu de ces rues vides et désertes. Cette intuition initiale ne s’est jamais démentie depuis, renforcée au contraire par la série de mensonges, de manipulations et d’injonctions contradictoires des gouvernements. Je compris donc qu’il s’agissait avant tout d’une crise politique avant d’être une crise sanitaire. Que tout était planifié pour mettre en place des mesures liberticides et totalitaires et d’user de la peur pour contrôler les populations. La peur la plus redoutable qui soit puisqu’il s’agit de celle de la mort ! Les gouvernements du monde entier se sont donc comportés comme des clans mafieux qui se servent des menaces physiques pour tenir leurs obligés.

Le premier principe qui m’est apparu est donc celui du Christ à ses disciples, relayé par St Jean-Paul II le Grand dans sa lutte contre le totalitarisme communiste : « N’ayez pas peur ! » Oui, je décidais intérieurement de ne pas avoir peur du virus, de la maladie et de la mort. Envisager sereinement sa finitude et la perspective inéluctable de sa propre mort libère radicalement et permet de résister sereinement.

En outre, il est apparu assez rapidement pour celui qui voulait bien ouvrir les yeux que ce virus n’était pas très létal et qu’il touchait essentiellement les populations vieillissantes et/ou affaiblies par la maladie. Dès le début, rien ne justifiait un tel affolement et de telles atteintes à nos libertés civiles. Les traitements précoces qui apparurent très tôt, grâce au remarquable travail de vrais chercheurs comme le Professeur Didier Raoult, auraient dû suffire à traiter l’épidémie. Mais comme par hasard, tout fut fait pour les diaboliser et faire passer une molécule non toxique utilisée massivement depuis 70 ans pour une chimiothérapie agressive et extrêmement toxique.

Et là apparaît un deuxième principe à mettre en œuvre pour résister : le bon sens ! Comme dit Descartes, le bon sens est la chose la mieux partagée au monde et finalement je crois que c’est vrai. Faites confiance à votre bon sens paysan qui est enfoui quelque part en vous !

Le bon sens commandait dans cette crise de tout utiliser. Or, les gouvernements interdirent ces traitements précoces et pire que tout, l’Etat interdit aux médecins de soigner ! La nature criminelle de ces décisions ne fait pour moi aucun doute.

Si cette crise n’est pas sanitaire mais que le virus n’est qu’une excuse pour prendre des décisions politiques au niveau mondial qui ne seraient pas possibles sans le contrôle extrêmement fin des populations, quelle est l’origine exacte de cette crise ? Quelle est sa nature ?

Quelques mois avant le déclenchement de l’épidémie, réfléchissant à la crise économique et monétaire que l’Occident affronte depuis 2008, j’eus la certitude que seulement deux solutions s’offraient à nos dirigeants. 

  • Soit laisser s’effondrer le système et notamment l’Union européenne et l’euro en proposant des alternatives politiques de décentralisation radicales répondant aux désirs identaires nouveaux des peuples (Brexit, Trump, Catalogne…) et en se servant des technologies nouvelles répondant à ce désir de décentralisation radicale, je pense notamment à la Block Chain.
  • Soit accélérer le projet centenaire de gouvernance mondiale, exact opposé des désirs populaires exprimés récemment, en brusquant sa mise en place par l’installation d’un mode de gouvernance autoritaire dans tous les pays occidentaux. Il fallait simplement trouver les bonnes conditions pour réaliser ce coup d’Etat.

La virus Covid-19 fut l’occasion rêvée. Il y eut probablement une tentative en 2009 avec le virus H1N1 mais le virus ayant évolué naturellement vers des formes bénignes, l’épidémie s’arrêta d’elle-même.

Le Covdi-19 en revanche nous hante déjà depuis deux ans et chacun de ses variants provoquent une aggravation de la crise et des mesures de plus en plus liberticides et totalitaires. Il semble avoir été créé tout exprès…Le fait qu’il soit issu des recherches de gain de fonction semblent aujourd’hui une piste très sérieuse. Même si je ne crois pas que ce virus ait pu être créé dans le but d’engendrer cette panique, la question de son origine et de son instrumentalisation politique se pose de manière aiguë.

Un troisième principe politique de résistance apparait clairement ici : le bénéfice des peuples est toujours dans une organisation fortement décentralisée. Le bénéfice de l’Etat dans une organisation autoritaire et centralisée. Toutes les décisions politiques doivent être jugées selon ce principe.

Au matin du premier confinement, ces trois principes étaient déjà bien installés dans mon esprit ce qui m’a, je crois, permis de mesurer l’ampleur de la manipulation en cours au regard de la réalité, somme toute négligeable, de l’épidémie.

La dignité inaliénable et irréfragable de la personne humaine, la richesse précieuse de nos libertés personnelles, civiles et politiques, conquises de haute lutte, ne sont pas compatibles avec le régime inédit, mondial et autoritaire, qu’on cherche à nous imposer.

C’est un NON POSSUMUS radical que nous devons opposer aux dérives liberticides actuelles.

Je souhaite maintenant aborder les principes scientifiques, heuristiques et épistémologiques qui permettent de résister à la fausse science et à la médecine corrompue qui se déversent dans nos têtes depuis le début de la crise.

Les menaces et pressions faites sur des sommités scientifiques et médicales qui ne sont pas conformes à la narration qu’on cherche à nous imposer doit alerter tout esprit rationnel. Qu’est-ce que la science ? Le doute. Le fait qu’on ne puisse pas critiquer le narratif officiel est un signe évident que nous ne sommes pas en présence d’un discours scientifique, ni même rationnel.

Le doute et la possibilité de falsifier la théorie dominante sont des principes épistémologiques qui sont aujourd’hui connus du grand public cultivé Or, face à la narration covidiste, il est interdit de douter et il est interdit de tenter de falsifier le discours dominant. Il s’agit donc de propagande, pas de science.

Ce qui m’a frappé depuis le début de la crise est cette volonté de noyer les citoyens sous des flots de statistiques qui semblent rationnelles et imparables. Les chiffres ne mentent pas…En fait si, les chiffres peuvent mentir, seuls les faits ne mentent pas.

Quatrième principe de résistance intellectuelle : La science c’est l’humble observation du réel, alliée à un discours qui suit les règles de la logique pouvant éventuellement déboucher sur une théorie mathématisée. La science n’est ni un flot de statistiques, ni de simulations numériques. 

L’effondrement intellectuel des générations contemporaines permet toutes les manipulations, notamment celles des No Fake Med et celle de ceux qui vous noient sous un flot de statistiques invérifiables dont les biais sont impossibles à déterminer facilement pour un non spécialiste.

C’est à cause de cette incroyable confusion intellectuelle, savamment entretenues, que purent alors s’imposer des traitements expérimentaux. 

Si ces principes de refus de diffuser la peur, de bon sens, de décentralisation des décisions politiques et d’une conception rationnelle de la science avaient été maintenus, jamais ces vaccins géniques expérimentaux n’auraient pu être imposés à la totalité de la population mondiale, particulièrement occidentale.

Je souhaite maintenant appliquer ces principes au cas particulier des vaccins expérimentaux qui nous sont désormais partout imposés sous peine d’exclusion sociale. Celle-ci pouvant aller jusqu’à la mise en camp de quarantaine comme en Australie, ou pire, à la mise en danger de la vie en interdisant l’accès aux biens de première nécessités comme au Canada.

Première question. Comment des vaccins ont-ils pu être développés en six mois face à un virus inconnu, à l’origine incertaine, dont les conséquences cliniques commençaient seulement à être traitées et étudiées. Tous les spécialistes disent qu’il faut 7 à 10 ans pour mettre un nouveau vaccin sur le marché.  La létalité du Covid-19 ne justifiait pas une telle précipitation. 

En outre, ces traitements font appel à des technologies nouvelles, certes connues et développées en laboratoires et testées dans de rares essais cliniques, mais jamais utilisées à si large échelle. L’homme libre que je suis n’est pas un cobaye. Vous n’êtes pas des cobayes, aucun homme ne l’est !

Ici le bon sens et la prudence commandent de dire : non, je ne vaccinerai pas.

La technologie utilisée dite à ARN messager est très innovante et c’est très certainement une technologie qui apportera dans le futur de grands bienfaits à l’humanité. Mais la science, humble et patiente face au réel, nous dit aujourd’hui qu’une cellule vivante est la chose la plus complexe de l’univers. Nous ne savons non seulement pas synthétiser la vie, mais plus encore, nous ne savons ni la définir précisément, ni en fixer précisément les limites. Les virus étant d’ailleurs ironiquement à cette frontière entre vie et non vie…

En utilisant cette technologie qui va au cœur des mécanismes de la cellule pour faire une protéine toxique de la surface du virus Covid-19 nous jouons aux apprentis sorciers. Malheureusement, des premiers effets secondaires gravissimes commencent à apparaître : thromboses, myocardites et péricardites, troubles neurologiques, maladie de Kreuzfel-Jacob, affaiblissement du système immunitaire…

Je rappelle que les vaccins ne sont pas des médicaments. Ils ne soignent pas, ils préviennent. Injectés à une population en bonne santé, leur sécurité doit être absolue.

La véritable science, telle que nous l’avons définie, impose la prudence et de ne pas prendre l’humanité entière pour cobaye ! C’est pourquoi, non, je ne me vaccinerai pas.

Dès le début de la crise, des vétérinaires ont alerté sur la nature particulière des coronavirus. Les vétérinaires connaissent bien les coronavirus car ils sont à l’origine de plusieurs maladies mortelles chez des animaux domestiques ou d’élevage. Toutes les tentatives de vaccination contre les coronavirus se sont soldées par un échec. La mortalité post-vaccinale était beaucoup plus importante. C’est l’effet VAED (Vaccine Associated Enhanced Disease). Les anticorps formés au cours de la vaccination sont paradoxalement facilitateurs d’une post infection vaccinale au lieu d’en protéger. L’infection étant facilitée, les malades font des formes plus sévères. C’est ce phénomène qui s’est produit avec des vaccins Sanofi contre la dingue aux Philippines et qui a conduit à la mort de milliers d’enfants. SANOFI a été condamné. Les coronavirus sont connus pour créer le même effet.

La reprise épidémique dans des pays fortement vaccinés suggère que c’est cet effet qui se produit.

C’est pourquoi, non, je ne me vaccinerai pas, même avec des vaccins traditionnels à virus atténué.

La mise en place de passes sanitaires partout dans le monde avec une séparation entre vaccinés pouvant garder leurs droits civils et les non vaccinés privés de ceux-ci jusqu’à mettre en danger leur vie et perdre leur liberté physique est un signal d’alarme absolu pour toute personne rationnelle, ayant conservé bon sens et humanité.

Cette dérive liberticide et totalitaire est inacceptable. Aucune maladie, aucune épidémie, aucune crise ne justifie de telles mesures. Quels sont les buts réels et les desseins occultes qui se cachent derrière de telles décisions aussi graves ? Il est légitime de poser la question.

Nous devons donc résister face à cette inquiétante dérive politique et celle-ci passe par le refus de ces injections géniques expérimentales.

Ingénieur, j’ai eu la chance de travailler avec le dernier Prix Nobel de Chimie français, je travaille dans le domaine de la chimie et livre l’industrie pharmaceutique, je faisais jusqu’à l’année dernière tous les ans le vaccin contre la grippe. Je suis donc loin de la caricature qu’on fait des gens qui résistent à la folie covidiste actuelle, des complotistes idiots sous-diplômés !

Mais j’ai toujours eu un esprit critique, c’est-à-dire scientifique et ma foi éclaire mes décisions morales. J’appartiens ainsi pleinement à la tradition occidentale. 

Celle-ci nous ordonne de résister aux très graves dérives totalitaires actuelles. C’est ce que je souhaitais rappeler.

Le culte eucharistique, une des sources de la rationalité occidentale (l’économie des signes)

« Les mathématiques et les sciences modernes de la nature sont liées au Christ. »

Le mathématicien français médaillé Fields, Laurent Lafforgue, dans ses réflexions pédagogiques déclare :

«Le quatrième type d’apprentissage en relation indirecte avec le Christ est celui des mathématiques et des sciences modernes de la nature. L’existence de celles-ci repose sur la possibilité qu’a l’esprit humain de développer une rationalité entièrement soumise à la nécessité, entièrement contrainte – qui est la rationalité mathématique –, sur la soumission du monde physique à la même nécessité, et sur la capacité donnée à l’homme de prêter attention au réel, en particulier au réel matériel.

Le monde physique obéit à une rationalité parce que Dieu a créé le monde par sa Parole, qui est sagesse. Nous lisons au livre des Proverbes : 

Moi, la Sagesse, j’habite avec le savoir-faire, je possède la science de la réflexion. (…) YHWH m’a créée, prémices de son oeuvre, avant ses oeuvres les plus anciennes. Dès l’éternité je fus établie, dès le principe, avant l’origine de la terre. Quand les abîmes n’étaient pas, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources aux eaux abondantes. Avant que fussent implantées les montagnes, avant les collines, je fus enfantée ; avant qu’il eût fait la terre et la campagne et les premiers éléments du monde. Quand il affermit les cieux, j’étais là, quand il traça un cercle à la surface de l’abîme, quand il condensa les nuées d’en haut, quand se gonflèrent les sources de l’abîme, quand il assigna son terme à la mer – et les eaux n’en franchiront pas le bord –, quand il traça les fondements de la terre, j’étais à ses côtés comme le maître d’oeuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m’ébattant tout le temps en sa présence, – m’ébattant sur la surface de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes. (Pr 8, 1231)

La trace de l’action de la Sagesse dans la création apparaît sous une forme impersonnelle comme la nécessité, pour la raison théologique que la création n’est pas Dieu.

L’homme a la capacité de saisir les lois de cette nécessité parce qu’il est créé à l’image de Dieu. Enfin, on peut faire l’hypothèse, à la suite du remarquable philosophe et écrivain Fabrice Hadjadj, que la plus grande attention au réel, y compris matériel, qui a fondé la science moderne en dépassant la science grecque, est consécutive à l’approfondissement du dogme eucharistique : on est passé en chrétienté latine d’une logique du symbole à une logique du réel. quand l’effet de la consécration du pain et du vin a été défini comme transsubstantiation(au quatrième Concile du Latran, en 1215. (L’Agneau mystique : Le retable des frères Van Eyck , Éditions de l’Oeuvre, 2008, page 14.)

C’est pourquoi les mathématiques et les sciences modernes de la nature sont liées au Christ, et il faut l’expliquer aux élèves.» Le Christ est la vérité, fondement d’un enseignement catholique par Laurent Lafforgue (Poissy, session annuelle de l’ADDEC, le 19 novembre 2009)

Passage d’une logique du symbole magique à une logique du réel. Parce que le pain eucharistique est signe et réalité, il est aux confins : à la fois symbole religieux et réalité, signe qui réalise ce qu’il signifie, signe  renvoyant à une réalité qu’il est lui-même. L’homme lui aussi est un être des confins : spirituel et matériel. Le signe eucharistique lui est donc parfaitement proportionné.

C’est à partir de la singularité du signe-réalité eucharistique que peut se déployer un discours rationnel et efficace sur le réel et qu’une science rationnelle peut naître. Que l’homme peut avoir confiance dans une parole et un langage symbolique rationnel, conforme au logos et qui n’est pas soumis à l’intervention de puissances autres que celle du logos pour décrire et transformer la réalité.

Il nous faut donc étudier avec beaucoup d’attention comment le Christ a établi ces signes dans l’histoire du Salut.

« Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. » Jn 2,11

En transformant l’eau en vin, Jésus établit à Cana  ce que le texte johannique grec appelle littéralement le principe des signes :  ἀρχὴν τῶν σημείων. St Jean emploie le même mot au début de son évangile : Au commencement était le Verbe Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, mieux traduit peut-être par : Dans le principe était le Verbe, le Logos éternel de Dieu.

Le même mot grec est également utilisé dans la Septante pour traduire Gn1,1 Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς : « dans le principe, Dieu créa » pourrait-on traduire littéralement.

Cana est donc un commencement absolu qui renvoie à la création. Cette institution des signes par Jésus est aussi importante et aussi puissante que le commencement de toute chose. Dieu créa toute chose. Le Christ rachète toute chose par l’économie des signes qu’il institue à Cana.

L’Eglise a toujours interprété le miracle de Cana comme une préfiguration du signe par excellence, le signe eucharistique.

Car le pain et le vin eucharistiques sont bien d’abord des signes . Comme l’enseigne St Thomas d’Aquin : « le sacrement se classe donc dans le genre signe. » III, Q60, Réponse.

Du signe principiel qu’est l’eucharistie se développe toute une économie des signes, signes sacramentelles et sacramentaux bien entendu ,mais également toute une recherche de sens par approfondissement de la signification de ces signes. Cette intense recherche théologique conduira comme on le sait au développement des Universités au moyen âge ainsi que des grandes abbayes lieux de culture et de recherche parce que d’abord lieux de culte.

La culture qui va se déployer à partir de ces centres culturels et cultuels n’est donc qu’un déploiement du signe eucharistique dans la vie et l’histoire des hommes, la réfraction du signe par excellence dans tous les domaines de la réalité. L’histoire de l’Occident n’est pas totalement compréhensible sans prendre en considération ce fait important. 

Dans l’eucharistie, le Sacramentum tantum -dans le langage scolastique le signe en tant qu’il est signe- et la Res tantum, la réalité signifiée en tant que telle, sont indissociables. Ce qui est signifié est contenu dans le signe et sature le signe de sa présence. Dans le baptême, l’eau répandue sur le front est signe instrumental de la grâce qui vient dans l’âme du baptisé. Le signe demeure signe. L’eau ne se transforme pas en vin comme à Cana.

Dans l’eucharistie, le Sacramentum tantum devient Res tantum.

C’est bien en ce sens que l’eucharistie est la source de tous les autres sacrements. La source de l’économie des signes dans l’Eglise.

Dès lors, puisque dans l’eucharistie le signe est la réalité et la réalité est le signe, tous les autres signes doivent porter eux aussi une certaine relation au réel. Le signe n’est plus arbitraire ou inquiétant comme le signe magique dont l‘efficacité dépend  du savoir-faire du magicien. C’est tout le langage humain qui est renouvelé et se trouve élevé à la capacité de dire et de transformer le réel .

Le signe eucharistique sauve le signe de sa chute dans la magie et le réinstalle dans toute sa puissance médiatrice entre l’homme et la réalité qui l’entoure.

Un discours rationnel est possible car le signe eucharistique nous l’assure. Il en est le fondement ultime, l’étalon, la source.

Le signe eucharistique est la substance même du Logos divin selon la théologie catholique mais est également événement. Mémorial du Sacrifice de la Croix qui en assure l’éternelle contemporanéité. 

Le signe eucharistique est substance et événement. Eternité et histoire. En un sens, c’est bien la Croix et le signe de la Croix par excellence qu’est l’eucharistie qui domine et structure tout le langage et la culture de l’Occident, qui sauve ce langage et l’ouvre à l‘aventure de la pensée.

L’Aleph et le Tav : « Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » Ap 22,13

La langue sacrée par excellence, l’hébreu, préparait mystérieusement cette révélation.

La première lettre de l’alphabet hébreu est le aleph, lettre silencieuse et imprononçable. Elle renvoie au souffle, au divin, au mystère, aux opérations mystérieuses de Dieu, à l’intériorité et à la substance des choses. Paradoxalement, elle renvoie également au boeuf, à sa matérialité toute animale. On sait en effet que l’aleph hébreux vient du hiéroglyphe égyptien en forme de tête de boeuf via le phénicien: 

Ce qui est le plus subtil et impondérable renvoie donc à ce qui est à la fois la matérialité la plus animale et au sacrifice bien sûr à travers l’image du bœuf. Cette lettre, par laquelle commence la Bible, contient déjà ce rapport, cette relation mystérieuse entre le signe impondérable et la réalité la plus matérielle ou quotidienne.

 Le tav est la dernière lettre de l’alphabet hébraïque , en forme de tau, de croix donc. De même que la Croix du Christ clôt toute l’économie du Salut, le Tav clôt l’alphabet.

Ces deux lettres forment deux mots extrêmement important pour la théologie des signes que nous aimerions développer :

– le mot « oth » אוֺת veut justement dire signe. Le mot est constitué des deux lettres aleph et tav reliées entre elles par la lettre vav qui a la forme d’un clou. En hébreu, le vav est également la conjonction de coordination « et », la lettre vav renvoie à la relation, à l’acte de relier. Le signe est bien ce qui relie un symbole, tav, à une réalité matérielle ou spirituelle, aleph. En poussant le symbolisme des lettres à son paroxysme, on peut bien dire que la seule porte d’accès aux mystères de l’aleph, de la substance, du divin, est bien les clous (vav) et la Croix( tav)…En tant que chrétien, on ne peut que remarquer sa structure trinitaire : le Père incréé, aleph, l’esprit qui unit, vav et le Fils crucifié, tav.

Il faudra revenir longuement sur ce mot plein de mystères, notamment dans l’étude du récit de la sortie d’Égypte qui est à la Torah ce que l’Evangile des signes de Saint Jean est aux récits évangéliques. Le mot oth y prend une dimension toute particulière et nous permettra de comprendre la différence entre les signes confiés par Dieu à Moïse et les signes des magiciens de Pharaon. Nous touchons dans ce récit déjà à cette transformation fondatrice qui fait passer l’esprit du régime magique au régime logique du Verbe divin.

– le mot « eth » תא veut dire substance mais aussi époque ou événement. Le mot est donc le même que oth mais sans le vav central de liaison. Au commencement Dieu créa la substance (eth) des cieux et la substance (eth) de la terre(Gn1,1). En fait, le mot est très difficilement traduisible. On pourrait aussi traduire: Dieu créa le aleph et le tav des cieux, le aleph et le tav de la terre. La réalité créée est faite de ces deux lettres, substance et symbole, principe et finalité, aleph et tav. Indissociablement. On pourrait aussi traduire : Dieu créa le temps des Cieux et le temps de la Terre…La parenthèse temporelle dans laquelle se déploie l’histoire des cieux et de la terre.

En renvoyant à la notion d’événement et de substance, le « eth », en fusionnant les deux lettres sans vav, donc le symbole et la réalité qu’il signifie, le eth nous renvoie bien évidemment au signe eucharistique, indissociablement Signum tantum et Res tantum, indissociablement Substance et Evénement. Le eth est la réalité même indissociablement tissé d’une substance et d’un signe. Ici bas, l’eucharistie est la seule réalité à nous révéler directement cet réel , elle nous dévoile le réel voilé…(voir Bernard d’Espagnat,le Réel Voilé)

La vocation de l’homme est d’accéder à la réalité substantielle et temporelle des choses, le eth, par l’usage du oth, le signe. Comment? En introduisant, ce clou, cette petite lettre vav qui permet de relier symbole et réalité. Or, nous savons, dans la foi, par l’eucharistie, que cette opération éminemment spirituelle nous est accessible.

Puisque ce signe paradoxal existe, ce signe qui est à la fois le symbole et la réalité signifiée, un signe qui devient tout entier la réalité qu’il signifie tout en demeurant signe pour ses sens alors l’homme sait que de cette source il peut, modestement, lui aussi établir des relations entre des signes et la réalité. Entre les choses et son langage. Entre sa tentative de compréhension intellectuelle du monde et les signes et langage qu’il utilise. 

Le langage n’est plus magique et réservé à quelques uns qui l’entoure de magie. L’humble signe eucharistique est distribué à tous, aux rois comme à l’esclave, aux mages comme aux bergers.

Notre rapport au monde et à ses réalités n’est plus magique mais logique et amoureux.

Dans la prochaine partie, nous étudierons en détail le récit de la sortie d’Égypte qui est d’une très grande richesse pour comprendre l’économie des signes par laquelle, déjà dans l’Ancien Testament, Dieu nous sauve et élève notre langage au niveau logique.

Le culte eucharistique, une des sources de la rationalité occidentale (Introduction)

L’eucharistie comme condition du développement d’un discours et d’une recherche rationnels en Occident. Tel est l’objet de ces quelques notes.

D’où vient cette puissante intuition intellectuelle qu’un des éléments fondateurs de la rationalité occidentale n’est autre que le culte eucharistique?

Est-ce l’ordonnancement parfait de la liturgie de Solesmes, est-ce l’encyclique Fides et Ratio ou les réflexions liturgiques du cardinal Ratzinger sur le « culte logique » que nous sommes appelés à rendre selon la lettre de St Paul aux Romains :τὴν λογικὴν λατρείαν ὑμῶν (Rm 12,1), est-ce ce mystérieux adjectif du canon Romain : « rationabilem facere digneris ut nobis Corpus et Sanguis », est-ce l’attrait d’un certain ritualisme pour un esprit ordonné?

Est-ce plus simplement la certitude pour le croyant que l’hostie consacrée est le Logos éternel, le Verbe Créateur qui ordonne tous les éléments du monde? L’esprit du croyant nourri par cette raison éternelle est dès lors nécessairement apte aux opérations de l’intelligence rationnelle.

Qu’on veuille bien considérer également ces quelques faits. Trois révolutions scientifiques. Trois prêtres. Le chanoine Copernic et la révolution héliocentrique ; le Père Mendel et la découverte des lois de la génétique, l’abbé Lemaitre et l’hypothèse du Big Bang. On pourrait citer bien d’autres prêtres qui ont contribué éminemment à la science: le Père Teilhard de Chardin paléontologue, l’abbé Henri Breuil préhistorien, ou l’immense logicien que fut le père Bolzano. De très grands savants laïcs comme Ampère, Pasteur ou le mathématicien Cauchy ont également été guidés dans leurs réflexions par la foi catholique.

La réponse habituelle lorsqu’on cite ces faits, pourtant très impressionnants, est de ne pas s’en laisser compter….Bien sûr nous dit-on, l’Eglise maintenait le peuple dans l’ignorance et seuls quelques prêtres et hommes choisis pouvaient accéder aux études et aux universités qu’elle dirigeait. Ces hommes auraient fait les mêmes découvertes s’ils n’avaient pas cru en ces sornettes de bonnes femmes. D’ailleurs, la preuve, nous n’avons jamais été aussi scientifiquement développés et les religions chrétiennes sont en train de disparaître. 

Or, nous pensons que c’est bel et bien le rapport très particulier qu’a induit la pensée sacramentelle de l’Eglise vis à vis de la réalité qui a permis l’apparition des conditions culturelles favorables à la recherche scientifique en Europe. 

Ce rapport « sacramentel » à la réalité fut une condition nécessaire, certes non suffisante, du développement des sciences en Occident.

La disparition de cette condition nous plonge peu à peu dans ce que Ellul appelle le magisme, la résurgence d’une pensée magique au coeur même d’une société technicienne. Nous revenons à un rapport magique avec la réalité.

Sans l’Eucharistie et donc sans l’Eglise, car selon la célèbre formule « l’Eucharistie fait l‘Eglise et l’Eglise fait l’Eucharistie », il n’y aurait pas eu le développement scientifique que le monde et particulièrement l’Occident chrétien a connu. C’est la lumière émanant de ce mystère qui a permis à une science rationnelle de se développer en Occident. La Science devant tout à un Mystère religieux, mythique, ridicule, vous n’y pensez pas!

Tout occidental et particulièrement tout Français sait que ce sont les Lumières, l’admirable Révolution française, Voltaire et son «Chassez l’Infâme» qui sont à l’origine du développement occidental de ces deux derniers siècles! Comment pouvez-vous soutenir que c’est l’Eucharistie qui fut cette lumière, qui est toujours cette lumière ? Quelle provocation, quelle folie, quelle bêtise, quelle morgue !

Oui, telle est ma thèse, l’Eucharistie de par sa structure profonde est l’élément fondateur de la Raison en Occident.

 Quelle est cette structure profonde? Quelle est cette lumière, quelle est sa nature, comment agit-elle, que transforme-t-elle, sur quels éléments agit-elle?

Beaucoup de gens croient que l’Eglise a toujours été l’ennemie de la science et de son développement, toujours été opposée à l’autonomie de l’esprit humain qui cherche et en cherchant s’élève et s’émancipe de ses enfantillages, de ses archaïsmes? C’est l’inverse qui est vrai, même si l’Eglise a toujours dû se battre contre les maladies de la religion qui fait tomber celle-ci dans l’irrationnel, le sectarisme ou la magie gnostique.

L’Eglise est la condition du développement des sciences et de l’autonomie de la raison, sa condition nécessaire. En s’en éloignant, le monde s’enfonce de plus en plus dans un redoutable irrationnel, un retour du paganisme et de l’esprit magique.

L’Eucharistie est un signe, l’Eucharistie est Logos, l’Eucharistie est Lumière, l’Eucharistie est Salut et si ce Salut a un impact sur l’âme humaine, il en a un sur les oeuvres intellectuelles de cette âme rationnelle.

Mes articles au sujet de l’identité et de l’avenir de la Savoie

Premier article : Introduction sous forme d’analyse métapolitique

Le fondateur du réseau social et messagerie TelegramPavel Dourov, déclarait le 1er février 2021 sur son canal que : « L’opposition capitalisme/socialisme semble révolue. Je préfère penser en termes de centralisation versus décentralisation. Les êtres humains ont évolué pour performer au mieux dans des petits groupes de moins de 150 personnes. C’est pourquoi partout où il y a une centralisation excessive, il y a de l’inefficacité et du potentiel humain sous utilisé. Les monopoles capitalistes et les dictatures socialistes sont également mauvais.
Dans un environnement naturel, chaque petite communauté est capable de produire un leader remarquable et un penseur indépendant. Dans le monde actuel de Monopoly à trillion de dollars et d’Etats obèses, le potentiel de centaines de millions de personnes est supprimé par les limitations imposées par nos structures sociétales artificielles. C’est la raison pour laquelle des dizaines de milliers de personnes travaillant pour de grosses entreprises comme Facebook ont échoué à développer ce que notre petite équipe Telegram a pu mettre en œuvre. C’est aussi la raison pour laquelle des pays comme la Russie échouent à générer et à retenir des marques mondiales dans leurs juridictions. La véritable créativité est rare dans les organisations et les sociétés construites sur des hiérarchies excessives et un manque d’autonomie personnelle. » https://t.me/durov/151

Cette dialectique entre décentralisation et centralisation, entre petites structures innovantes, flexibles et organisations lourdes, hiérarchiques et figées se décline aussi bien dans les organisations politiques et sociales que dans les organisations d’entreprises. La loi est toujours la même : la liberté, la créativité et la richesse se développent systématiquement du côté des petites organisations décentralisées. Aujourd’hui se joue une immense et intense bataille entre un processus mondialiste, hyper centralisateur et négateur des identités locales, nous conduisant vers un gouvernement mondial, et la réaction des peuples, qualifiée de populiste, refusant de se dissoudre dans un grand tout uniforme et finalement totalitaire. Ces réactions prennent différents visages dans le monde. Indépendantisme catalanBrexit, exprimant un net refus d’une construction européenne niant les nations et leurs spécificités, contre-réaction paradoxale des indépendantistes écossais, élection de Trump à la maison blanche, montée en force des pays du groupe de Visegràd qui démontre les puissants ressorts historiques et géographiques face au monstre technocratique européen, etc… Ces mouvements puissants, parfois aussi plus discrets mais non moins légitimes comme les mouvements indépendantistes savoisiens, posent la question ultime de l’identité des peuples et dans quels cadres politiques celle-ci doit être vécue, sans s’enfermer sur elle-même. Il est intéressant de noter qu’un des pays les plus identitaires et décentralisés, la Confédération Helvétique, est aussi un des plus ouverts sur le monde et aux travailleurs étrangers sans pour autant faire partie de l’UE. Il est donc faux de croire que l’identité s’oppose à l’ouverture sur l’autre et sur le monde. C’est au contraire en reconnaissant et en promouvant sa propre altérité qu’on devient capable de reconnaître et de respecter celle des autres peuples.

Quelle échelle d’organisation politique est la meilleure ? Où doivent se prendre les décisions, au plus proche du terrain ou dans un centre prenant en compte les enjeux mondiaux qui sont bien réels ? Quel droit faire aux minorités linguistiques et culturelles au sein d’une organisation politique centralisée ? Où se situe le juste équilibre entre une nation hyper centralisée comme la France et un pays hyper décentralisé comme la Suisse ? Ces questions sont absolument fondamentales et les réponses que nous y apporterons dans les années qui viennent engageront l’avenir de l’humanité pour très longtemps. L’hyper centralisme politique semble triompher. C’est une victoire à la Pyrrhus car plus que jamais les peuples européens sont sceptiques, voire hostiles à la construction européenne, les Américains de plus en plus opposés à jouer les gendarmes mal aimés du monde. La seule façon aujourd’hui pour le mondialisme centralisateur de s’imposer face à ce réveil des identités est malheureusement le développement d’un totalitarisme larvé que la crise sanitaire actuelle renforce et accélère.

Mais prenons un peu d’altitude et relisons le récit de Babel qui dès l’origine montre que cette dialectique centralisation/décentralisation, unité du genre humain/pluralité identitaire est à l’œuvre au cœur de l’homme. Les hommes, dit le texte, voulurent se faire un Nom en bâtissant une tour qui pénètre les cieux, un Nom unique qui rivaliserait avec le Nom unique, imprononçable et mystérieux de Dieu, une ville qui rivalise avec la Jérusalem céleste qui à la toute fin de la Bible, dans le livre de l’Apocalypse, elle, descend vers les hommes. La tour de Babel est construite avec des briques de terre, la Jérusalem céleste avec une multitude infinie de pierres précieuses, d’or et de perles, la diversité incroyable de toute l’histoire humaine la constitue. Pourtant, l’ange qui la mesure utilise une mesure humaine alors que les bâtisseurs de Babel étaient dans la démesure. Dieu empêchera cette première réalisation totalitaire et prométhéenne des hommes en les séparant par la diversité des langues. Or la langue, le dialecte, la variété linguistique est sans doute un des éléments les plus importants dans la définition de l’identité d’un peuple et d’une personne humaine. Cette variété et cette diversité sont voulues par Dieu. Et c’est bien cette loi qui permet à Dourov d’affirmer l’avantage indéniable des petites communautés humaines à la culture forte, face aux grands empires politiques ou économiques.

C’est une loi naturelle, imprescriptible et c’est pour cela que les structures humaines bien définies, locales, identifiées car identitaires sont l’avenir de l’humanité. C’est pour cela que l’idée de refonder en Europe des communautés politiques cohérentes du point de vue géographique et politique est une tâche urgente et essentielle, un combat à mener pour la prospérité et la survie des peuples européens. L’Europe ce n’est pas ce monstre technocratique froid et de plus en plus totalitaire qu’est aujourd’hui l’Union Européenne, l’Europe c’est ce continent qui va de la Ligue Hanséatique à la Sérénissime République de Venise, de la Bretagne sauvage à la Saxe. Au milieu de cette si belle Europe se trouve un des plus anciens Etats européens : notre Savoie bien aimée qui, plus qu’aucune autre, a le droit et le devoir de poser sur la scène européenne la question de son identité et de sa liberté.

Note 1 : Les grandes textes de l’humanité ont toujours porté une sagesse et une lumière qu’il est important de continuer à interroger. J’interprète ce texte de la Genèse avec ma foi catholique mais ce texte peut être lu comme on lit Platon ou Homère. Car le langage mythologique porte souvent une profonde vérité philosophique ou anthropologique. Il n’est pas le langage de l’enfance de l’humanité, il est au contraire de celui des choses premières et essentielles. (Voir les analyses de Paul Ricoeur). C’est le cas ici où le texte biblique, s’exprimant sur un mode mythologique, révèle un invariant anthropologique : la diversité des langues et des cultures comme radicale et ontologique limite au désir totalitaire de l’unité indifférenciée du genre humain.

Note 2 : Une version de cet article a été publiée le 9 avril 2021 sur Breizh-info.com et une autre sur le site Libland.be le 30 avril 2021

L’irrationalité des sociétés technologiques ; seconde partie : « Les lumières d’Ellul »

Quelques pistes de réflexion pour essayer de comprendre cette fuite dans l’irrationnel

Pour essayer d’y voir plus clair et de se frayer un chemin dans cette société qui apparaît tantôt comme le sommet de la rationalité technique tantôt comme un comble d’archaïsme et d’irrationalité, nous prendrons comme maître et comme guide Jacques Ellul dont l’œuvre fait l’objet depuis quelques années d’un effort de réédition. 

Nous croyons qu’il est urgent de le lire et de l’étudier car certaines de ses vues sont prophétiques concernant la situation actuelle et peuvent nous aider à allumer des contre-feux. Il est peut-être déjà trop tard pour repousser l’invasion irrationnelle mais il n’est pas trop tard pour entrer en résistance. Jacques Ellul est un de ceux qui peuvent nous aider à organiser ce mouvement en nous faisant prendre conscience de ce qui nous arrive collectivement.

Une résistance spirituelle dévoyée

Un premier niveau d’analyse doit d’abord essayer de comprendre cette irruption de l’irrationnel dans une société technologique comme une réaction de résistance spirituelle, comme une tentative maladroite et désespérée pour fuir un monde où la part de rêve, d’imagination, de liberté créatrice, de contact vrai avec la nature est de plus en plus difficilement satisfaite. Il ne faut pas négliger cette dimension de résistance qui s’exprime dans la recherche religieuse de nos contemporains. On peut certes regarder avec un peu de commisération leur bouddhisme occidentalisé ou leur ésotérisme sans consistance, et pour ne pas oublier les chrétiens, les exagérations des milieux charismatiques ; mais on ne peut pas non plus refuser d’y voir une certaine recherche de la vérité et une volonté de donner du sens à sa vie, dans une société de plus en plus anomique qui laisse l’individu seul face à lui-même, sans tradition religieuse ou humaniste pour le soutenir et pour l’éclairer dans ses choix.

Essayons de préciser le mécanisme de défense à l’origine de cette réaction spirituelle, car il s’agit bien d’une réaction quasi réflexe d’un homme qui étouffe dans un monde sans âme ?  Nous mettrons en évidence trois réactions de fuite qui ont pour point commun d’être des techniques : les loisirs, la drogue et la mode de la méditation orientale. L’homme ne sait plus comment échapper à la technique sans user de techniques. 

La société technologique fait peser sur ses membres des contraintes énormes en termes de performances et d’obligations de résultats tout en exigeant une santé parfaite et un corps d’athlète. Bien loin de libérer l’esprit, notre société l’aliène. Seule la fuite du week-end permet d’échapper provisoirement à ce rythme exténuant. L’exigence de performance explique l’explosion des techniques de développement personnel, enfin pour ceux qui n’en peuvent plus il y a toute la panoplie des drogues : du simple somnifère jusqu’à l’héroïne.

Le monde des loisirs est une industrie moderne, qui fait donc nécessairement appel à des techniques : loisirs électroniques, centre de loisirs technologiques comme le Futuroscope (une des attractions actuelles s’appelle danse avec les robots), et phénomène beaucoup plus inquiétant : la musique dite techno !

Jacques Ellul avait bien compris la nécessité de l’émergence d’une société de loisir pour supporter les contraintes de la société technicienne :

« …l’homme ne peut vivre et travailler dans une société technicienne que s’il reçoit un certain nombre de satisfactions complémentaires qui lui permettent de surmonter les inconvénients. Les loisirs, les distractions, leur organisation ne sont pas un superflu qu’il serait aisé de supprimer au profit de quelque chose de plus utile, ils ne représentent pas une élévation véritable du niveau de vie : ils sont strictement indispensables pour compenser le manque d’intérêt du travail, la déculturation provoquée par la spécialisation, la tension nerveuse due à l’excessive rapidité de toutes les opérations, l’accélération demandant des adaptations difficiles. »  J. Ellul, Le Système technicien, le cherche midi, 2004, p.74

La société des loisirs est donc organisée par la société technologique elle-même. N’est-il pas surprenant de voir tant de jeunes penser échapper à la société qu’ils dénoncent en s’aliénant à une musique dite ‘’techno’’ et en consommant de la drogue. Pour comprendre que ce type de fêtes dionysiaques (Rave Party) est voulue de la manière la plus cynique par ceux qui ont la lourde tâche de nous gouverner, voici la réaction de Jacques Atali, nous atteignons ici des sommets de cynisme machiavélique : « La police ne comprend pas que les rave parties sont ses meilleurs alliés : défoulement, apprentissage de la répétition, disparition dans la foule, silence face à l’autorité, tout y est. Comme le carnaval aida à supporter le carême, la rave party apprend aux jeunes à accepter la vie répétitive à laquelle la plupart d’entre eux sont promis. »‘’Faisons un rave’’, Jacques Attali, L’Express, 28 juin 2001) cité dans Elisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs, , pp. 320-321 

Ainsi la Rave techno est une technique pour maintenir l’ordre social. La société admet et organise ces vastes espaces de défoulement communautaire où les pulsions sauvages réprimées par les contraintes de la société technologique peuvent s’exprimer mais selon le rythme ‘’techno’’ qui n’entre pas en opposition avec la société ‘’techno’’ que tous les raveurs devront retrouver après la parenthèse de la fête.

Nous jouons évidemment avec le feu, ‘’to rave’’ en anglais veut dire : parler sauvagement, être en délire, être plein de rage… La Barbarie intérieure est bien là en train de se développer au cœur même de nos sociétés. Les barbares ne sont pas aux limes de notre société, ils  sont au cœur.

Autre forme de résistance dévoyée, la drogue, d’ailleurs très largement consommée dans les raves. J. Ratzinger avait très bien perçu la dimension spirituelle contenue dans l’usage de drogue ainsi que son caractère à la fois magique et technique :

« Mais dans le fond, il s’agit bien d’une protestation contre un monde ressenti comme une prison. Le ‘’grand voyage’’ que les hommes tentent dans la drogue est la forme dévoyée d’une aspiration mystique (…). L’aventure patiente et humble de l’ascète qui s’approche de Dieu qui vient jusqu’à lui, en s’élevant petit à petit, est remplacée par le pouvoir magique, la clé magique de la drogue – la voie morale et religieuse cède le pas à la technique. » J. Cal. Ratzinger, Un Tournant pour l’Europe? Diagnostics et pronostics sur la situation de l’Eglise et du Monde, Flammarion – Saint Augustin, 1996, pp. 15-16

A travers l’exemple de la drogue, nous avons un premier exemple encore très frustre et très peu élaboré d’une technologie qui cherche à soumettre l’esprit. Un produit artificiel, donc technologique (cf. les drogues de synthèse comme l‘ecstasy) au service de la production d’un état mental, l’esprit sous la domination de la technique. Ainsi disparaît de la quête spirituelle toute idée d’effort moral et intellectuel. Le constat du futur Benoît XVI rejoint les remarques de J. Ellul qu’il tire d’un livre de Jean Onimus :

« Onimus (L’Asphyxie et le cri) montre excellemment l’invasion de la technique dans les domaines les plus éloignés : l’amour et la religion – l’amour ‘’se ramène au plaisir et aux techniques productrices du plaisir… (…) Onimus montre encore l’invasion de la technique dans le domaine religieux. La ’’rénovation religieuse’’ de ces dernières années, orientées vers le Zen et les Yogas résulte en effet de la découverte de techniques religieuses, et du fait que certaines religions se prêtaient mieux que d’autres à la technicisation. Ce que l’on recherche alors n’est ni une conception du monde, ni une raison de vivre, ni un sens ou une vérité, mais des techniques (de contemplation, de vide, de l’extension de l’espace intérieur). ‘’Dans l’espace mental des civilisations techniciennes, les plus hautes philosophies se détériorent en recettes.’’ Il s’agit toujours de trouver un procédé extérieur, exigeant le moindre effort (caractère éminemment technique) pour obtenir le même résultat apparent (l’extase au moyen d’une drogue, l’agrandissement de l’espace spirituel). (…) ceci exprime cette nécessité d’expansion des techniques à tous les domaines : le monde religieux devient peu à peu dominé. Il l’a été assurément depuis longtemps et l’on peut dire que les procédés magiques, les rites, les liturgies, la musique et l’encens furent des techniques : mais il y a entre elles et ce que nous voyons aujourd’hui toute la distance de l’opération technique au phénomène technique. »  J. Ellul, Le Système technicien, le cherche midi, 2004, pp.181-182

Que ce soit par la drogue ou par la méditation,  c’est une extase qui est recherchée mais par un moyen technique. D’où l’attraction grandissante des religions orientales qui proposent des techniques de méditations. Alors que le christianisme, s’il possède bien des méthodes d’oraison, n’offre aucune technique. Le christianisme demeure dans la gratuité de la relation d’amour entre Dieu et sa créature. Cette relation ne peut en aucun cas être instrumentalisée par quelques techniques que ce soit parce qu‘elle dépend toujours de l‘acte de foi qui surgit des profondeurs spirituels de la personne et échappe ainsi à toute manipulation :

« La tentation est parfois grande pour les croyants de se réfugier dans la technique de l’immersion en échappant à la rencontre personnelle avec le Dieu de la foi, de remplacer l’engagement personnel par une technique qui n’exige plus aucun acte de foi mais seulement la maîtrise des règles. » Présentation par le Cal Ratzinger de la lettre de la Congrégation pour la doctrine de la Foi sur Quelques aspects de la méditation chrétienne, Téqui, p.3-4  

Ainsi, les réactions spirituelles les plus légitimes à la société du tout technologique sont récupérées par celle-ci qui s’impose de manière totalitaire à toutes les dimensions de notre vie. 

 Schéma explicatif proposé par Ellul :

Allons un peu plus loin et essayons de mettre en évidence le mécanisme implacable à l’origine de cette réaction primitive de retour vers l’esprit magique archaïque et dionysiaque qui n’arrive cependant pas à se libérer de son conditionnement technicien. 

Jacques Ellul a mis en évidence ce mécanisme de résurgence de l’esprit magique en étudiant les conséquences de l’introduction forcée des technologies occidentales en Afrique. Ellul constate que le phénomène de dérive de l’esprit technicien vers l’esprit magique y est beaucoup plus rapide qu’en Occident : « les experts de cette conférence (West African conférence on Science, Technology, and the Future of Man and Society, Oecumenical Rewiew, mars 1972) ont parfaitement reconnu que la technicisation entraînait l’effondrement religieux, l’élimination des rites, la transformation de la pensée mythique en pensée rationnelle, ce qui produit un Vacuum psychologique et social. En particulier, il y tendance à la domination absolue de la minorité technicienne sur le reste du peuple. Le rapport de P. Sarpung est extrêmement pessimiste sur la désintégration sociale du fait de la technicisation et il constate un retour, en face de l’effondrement social et religieux, aux pratiques les plus primitives de la magie en tant que défense. Nous savons déjà que Magie et Technique font bon ménage. Les Africains parcourent les cycles plus rapidement que nous! »  Jacques Ellul, Le système technicien, Le cherche midi, 2004, p.192

Ce texte est particulièrement intéressant car à partir de l’exemple africain, il révèle le mécanisme général de dégénérescence qui conduit de l’esprit technicien à l’esprit magique :

1/ Il y a d’abord destruction du fondement religieux traditionnel, qui assurait un équilibre social, au profit d’une pensée uniquement rationnelle. Il faudrait d’ailleurs mieux dire pensée rationaliste, voire hyper rationaliste qui est déjà une pensée rationnelle dégénérée, déséquilibrée du côté de l’esprit magique. A cet égard, il serait éclairant de se pencher sur le cas exemplaire d’A. Comte qui a parcouru tout le cycle de l’hyper rationnel à l’irrationnel.

 « la technique a toujours fonctionné sur un mode de rationalité, et au point de développement où nous sommes arrivés, elle bascule dans l’irrationnel, parfois le délire. Elle a toujours fonctionné en vue de l’utilité, et selon des critères d’utilité, et elle atteint maintenant son point maximum dans l’inutilité généralisée. (…) Elle avait entraîné antérieurement des réactions irrationnelles de compensation (musique, sport, inadaptation sociale), au niveau de l’individu, maintenant l’irrationalité se situe dans la technique elle-même, dans son processus et son résultat, si bien qu’elle inclut l’irrationnel des réactions elles-mêmes. » Jacques Ellul, Le bluff technologique, collection Pluriel, Hachette, 1988, pp. 154-155

« cet univers construit à partir d’un projet rationnel, avec des moyens rationnels, avec une idéologie de rationalité, aboutit à un résultat stupéfiant d’irrationalités, à tel point que je peux parler (voir plus loin  ( 3e partie, Le triomphe de l’absurde, ch.II, La déraison ))de la déraison de la société technicienne. Nous sommes en présence d’une sorte de monstre, dont chaque pièce est rationnelle et dont l’ensemble et le fonctionnement sont des chefs-d’œuvre de déraison. » Ibid., p. 316  « tous les faits que l’on peut retenir révèlent une remarquable tendance, institutionnelle économique, politique, le tout en fonction des techniques vers une irrationalité saisissante. » Ibid., p. 317

« En définitive, ce que je constate, c’est que la rationalité, aussi bien de la technique que de toutes les organisations humaines, plonge dans un univers d’irrationalités, et que la rationalité technicienne est incluse dans un système de puissances irrationnelles. (…)La rationalité pure est, dans l’opération technique, capable de conduire à toutes les aberrations » Ibid., p.319 

A cette opposition entre le pur rationnel et l’irrationnel, il est urgent de répondre par l’alliance de la foi et de la raison. La raison qui s’enorgueillit dans une tentative d’enfermer tout le réel dans une pure rationalité risque fort de sombrer dans la fantasmagorie de l’irrationnel. Seule la foi permet d’ancrer la raison dans la réalité, dans la ‘res.’ Cette res qui finalement pour l’homme n’est accessible que par mode sacramentel, y compris dans les sciences. Tout ceci est à creuser. (cf la notion de réel voilé de Bernard d’Espagnat). Ce qui ne veut pas dire que l’intelligence humaine n’atteint pas la ‘res’ même, mais de manière très humble, c’est-à-dire, sacramentelle. La racine du mal se situe dans la dramatique séparation opérée par Kant entre la foi et la raison.

2/ Il se produit alors ce que J. Ellul appelle un ’’Vacuum psychologique et social’’. L’individu ayant perdu ses repères traditionnels, repères profondément enracinés dans la vérité anthropologique, se retrouve dans un espace vide aux possibilités multiples mais sur lesquelles il n’a aucun pouvoir, aucun recul, où les règles de la sociabilité traditionnelle ont disparu. La personne humaine se transforme en un individu isolé dans lequel s’engouffre un sentiment de vide et d’angoisse.

3/ Enfin, le cycle s’achève dans une réaction compensatoire de retour vers l’esprit magique non tempéré, ou plus exactement non régulé par le religieux traditionnel et mythologique. Donc, un esprit magique à l’état brut, sauvage, gorgé de toutes les forces irrationnelles qui ne trouvent pas à s’exprimer dans l’espace où le rationalisme technicien règne en maître.

Ce phénomène suggère qu’il doit exister une position d’équilibre entre le mythologique pré rationnel qui s’effondre sous les coups du rationalisme technologique et la magie irrationnelle nourrie d’hyper rationalisme. Ce point d’équilibre, c’est la révélation biblique du Logos à la lumière duquel doit être lu le ‘’mythologique’’ biblique.

Conséquences de l’hermétisme des langages techniques 

Jacques Ellul n’explique pas le vacuum psychologique et social qui s’opère par l’arrivée de la technologie dans une culture traditionnelle. Il remarque simplement la destruction des anciennes structures et la domination de la classe technicienne. Un moyen important de cette domination réside dans le langage technique lui-même, souvent inaccessible au non initié. Aujourd’hui n’importe quelle recherche scientifique ou technique exige le recours à de nombreux appareils, instruments, machines et technologies connexes au sujet principal d’étude. Aucun scientifique ou technicien n’est capable de connaître à fond ces différentes techniques ; il doit nécessairement les utiliser en ayant recours à un spécialiste ou en les utilisant à l’aveugle en suivant une procédure, une recette qu’il ne comprend pas dans tous se détails. Ainsi s’instaure entre l’homme et les techniques un rapport de fascination mêlé d’effroi. La technique se sacralise et son utilisation devient de l’ordre d’une magie rationnelle avec son langage hermétique propre ; chaque technique ayant d’ailleurs un langage bien à elle, ce qui renforce l’impression d’éclatement de la connaissance scientifique. Les techniques ont de plus en plus de mal à communiquer entre elles…

   « Dans tous les domaines techniques, à partir d’un certain degré, seuls les spécialistes ont la possibilité ainsi que le pouvoir d’exercer telle ou telle pratique. Ce n’est pas seulement un fait de savoir, de connaissance, mais un fait de monopole et de barrière entre eux et le vulgaire, à qui on laissera la possibilité de jouer avec certaines techniques inférieures. Tout le monde va tapoter sur son clavier mais seuls les techniciens supérieurs peuvent programmer les complexes dont dépendent les orientations économiques, financières, et les renseignements confidentiels. Toute partie essentielle des usages techniques est hors de portée du citoyen. Et à ces pratiques exclusives correspond un langage particulier, hermétique lui aussi au peuple. Tous les aristocrates ont eu un langage spécifique, qui n’était pas celui du commun. (…) Les technocrates ont leur langage. Ils se comprennent entre eux à demi-mot. Toutefois il y a un langage commun à toute la catégorie technicienne, et en outre un langage particulier à chaque spécialité. Cette spécification du langage est un des aspects importants du pouvoir sur lequel les hommes quelconques n’ont aucune prise. Bien entendu, ce langage hermétique, qui avait dans les autres aristocraties un caractère religieux et même  philosophique, rend le message aristocratique ésotérique. Ce qu’est en effet le langage des techniciens entre eux, car ce n’est pas seulement un langage algébrisé, mais aussi digitalisé. » Jacques Ellul, Le bluff technologique, collection Pluriel, Hachette, 1988, pp. 74-75 

« la masse des connaissances acquises enferme chacun dans une spécialité, comportant un langage qui devient code secret pour les autres. »  Ibid., p.129

Prenons la précaution de dire que la difficulté des langages techniques n’est pas voulue pour elle-même, ni pour empêcher le profane d’accéder à un cercle réservé. Comme la musique suppose l’apprentissage du solfège, les techniques requièrent un langage symbolique, souvent mathématisé. Celui qui ne s’y est pas exercé tout jeune a le plus grand mal à y pénétrer et ne peut donc pas comprendre les développements les plus pointus des sciences et des techniques.

Le langage technique, algébrisé et digitalisé, a sa nécessité propre. On ne peut pas en faire l’économie. Il reste vrai qu’il est parfois utilisé pour impressionner le profane et ainsi le dominer. 

Mais à la différence du solfège que tout musicien est capable de déchiffrer quelle que soit son instrument, il n’y a pas un langage technique mais une multitudes de langages spécifiques en fonction de la technique et de l’environnement applicatif de celle-ci. Il est donc urgent de travailler à fonder un langage clair qui permette à la fois la communication des connaissances scientifiques et techniques aux profanes mais surtout et d’abord qui permette une communication entre les différentes sciences et techniques elles-mêmes. Car à force de s’enfermer dans la spécialisation, on risque fort de compromettre le progrès technique lui-même. Il y a un tel foisonnement de techniques ayant chacune sa méthodologie et son langage  propre que le risque de l’incommunicabilité entre les sciences et les techniques est très réel.

Dans l’encyclique Foi et Raison,  le pape Jean-Paul II appelle à travailler à l’élaboration de ce langage qui ne pourra être que de l’ordre de la sagesse métaphysique : «je désire exprimer avec force la conviction que l’homme est capable de parvenir à une conception unifiée et organique du savoir. C’est là l’une des tâches dont la pensée chrétienne devra se charger au cours du prochain millénaire de l’ère chrétienne. La fragmentation du savoir entrave l’unité intérieure de l’homme contemporain, parce qu’elle entraîne une approche parcellaire de la vérité et que, par conséquent, elle fragmente le sens. Comment l’Eglise pourrait-elle ne pas s’en inquiéter ? Cette tâche d’ordre sapientiel dévolue aux Pasteurs découle pour eux directement de l’Evangile et ils ne peuvent se soustraire au devoir de l’accomplir. » Jean-Paul II, encyclique Foi et Raison, n°85§1

Même si le pape parle ici plus particulièrement des connaissances philosophiques et théologiques, les connaissances techniques ne peuvent être exclues de ce souci d’unité.

Technique, science et magie : une origine commune

Réaction dévoyée d’une âme asphyxiée par l’atmosphère spirituellement appauvri des sociétés modernes, développement d’un rapport magique à la réalité par l’hermétisme excessif  du langage technoscientifique, tout cela explique en partie le développement de comportements de plus en plus irrationnels dans nos sociétés.

Mais il nous faut aller plus loin et poser une question radicale : la science et les techniques sont-elles nées, oui ou non, dans le cadre de pratiques magiques rituelles ? Peut-on étendre ‘’le modèle alchimique’’ de naissance de la chimie à d’autres sciences et techniques? Si cette origine commune est avérée, le retour aux pratiques magiques pourra être interprétée comme une régression. Il faudra alors se demander ce qui permet une telle régression dans nos sociétés économiquement et scientifiquement avancées.

Deux écoles philosophiques s’affrontent. Bergson refuse catégoriquement cette filiation : « Bien loin de préparer la venue de la science, comme on l’a prétendu, elle (la magie) a été le grand obstacle contre lequel le savoir méthodique eut à lutter. L’homme civilisé est celui chez lequel la science naissante, impliquée dans l’action quotidienne, a pu empiéter, grâce à une volonté sans cesse tendue, sur la magie qui occupait le reste du terrain. » H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, PUF, Quadrige 6e Ed., p181

L’autre école, représentée par Mauss, envisage la magie comme le lieu de naissance de la technique car la magie comme la technique est de l’ordre du faire. Les premiers balbutiements des techniques ont donc été développés dans des « écoles de magiciens ». 

« La magie n’a de parenté véritable qu’avec la religion, d’une part, les techniques et la science, de l’autre. » Marcel Mauss, «Esquisse d’une théorie générale de la magie» p. 89

« Les pratiques traditionnelles avec lesquelles les actes magiques peuvent être confondus sont : les actes juridiques, les techniques, les rites religieux. On a rattaché à la magie le système de l’obligation juridique, pour la raison que, de part et d’autre, il y a des mots et des gestes qui obligent et qui lient, des formes solennelles. Mais si, souvent, les actes juridiques ont un caractère rituel, si le contrat, les serments, l’ordalie, sont par certains côtés sacramentaires, c’est qu’ils sont mélangés à des rites, sans être tels par eux-mêmes. Dans la mesure où ils ont une efficacité particulière, où ils font plus que d’établir des relations contractuelles entre des êtres, ils ne sont pas juridiques, mais magiques ou religieux. Les actes rituels, au contraire, sont, par essence, capables de produire autre chose que des conventions ; ils sont éminemment efficaces ; ils sont créateurs ; ils font. Les rites magiques sont même plus particulièrement conçus comme tels ; à tel point qu’ils ont souvent tiré leur nom de ce caractère effectif : dans l’Inde, le mot qui correspond le mieux au mot rite est celui de karman, acte ; l’envoûtement est même le factum, krlyâ par excellence ; le mot allemand de Zauber a le même sens étymologique ; d’autres langues encore emploient pour désigner la magie des mots dont la racine signifie faire. Mais les techniques, elles aussi, sont créatrices. Les gestes qu’elles comportent sont également réputés efficaces. A ce point de vue, la plus grande partie de l’humanité a peine à les distinguer des rites. Il n’y a peut-être pas, d’ailleurs, une seule des fins auxquelles atteignent péniblement nos arts et nos industries que la magie n’ait été censée atteindre. Tendant aux mêmes buts, elles s’associent naturellement et leur mélange est un fait constant ; mais il se produit en proportions variables. En général, à la pêche, à la chasse et dans l’agriculture, la magie côtoie la technique et la seconde. D’autres arts sont, pour ainsi dire, tout entiers pris dans la magie. Telles sont la médecine, l’alchimie; pendant longtemps, l’élément technique y est aussi réduit que possible, la magie les domine; elles en dépendent à ce point que c’est dans son sein qu’elles semblent s’être développées. Non seulement l’acte médical est resté, presque jusqu’à nos jours, entouré de prescriptions religieuses et magiques, prières, incantations, précautions astrologiques, mais encore les drogues, les diètes du médecin, les passes du chirurgien, sont un vrai tissu de symbolismes, de sympathies, d’homéopathies, d’antipathies, et, en réalité, elles sont conçues comme magiques. L’efficacité des rites et celle de l’art ne sont pas distinguées, mais bien pensées en même temps. La confusion est d’autant plus facile que le caractère traditionnel de la magie se retrouve dans les arts et dans les industries. La série des gestes de l’artisan est aussi uniformément réglée que la série des gestes du magicien. Cependant, les arts et la magie ont été partout distingués, parce qu’on sentait entre eux quelque insaisissable différence de méthode. Dans les techniques, l’effet est conçu comme produit mécaniquement. On sait qu’il résulte directement de la coordination des gestes, des engins et des agents physiques. On le voit suivre immédiatement la cause ; les produits sont homogènes aux moyens : le jet fait partir le javelot et la cuisine se fait avec du feu. De plus, la tradition est sans cesse contrôlée par l’expérience qui met constamment à l’épreuve la valeur des croyances techniques. L’existence même des arts dépend de la perception continue de cette homogénéité des causes et des effets. Quand une technique est à la fois magique et technique, la partie magique est celle qui échappe à cette définition. Ainsi, dans une pratique médicale, les mots, les incantations, les observances rituelles ou astrologiques sont magiques ; c’est là que gîtent les forces occultes, les esprits et que règne tout un monde d’idées qui fait que les mouvements, les gestes rituels, sont réputés avoir une efficacité toute spéciale, différente de leur efficacité mécanique. On ne conçoit pas que ce soit l’effet sensible des gestes qui soit le véritable effet. Celui-ci dépasse toujours celui-là et, normalement, il n’est pas du même ordre ; quand, par exemple, on fait pleuvoir, en agitant l’eau d’une source avec un bâton. C’est là le propre des rites qu’on peut appeler des actes traditionnels d’une efficacité sui generis. » Marcel Mauss, «Esquisse d’une théorie générale de la magie» p.11

Magie et technique : une instrumentalité ou une finalité identique. Mauss insiste sur le fait que magie et technique ont pour point commun le faire plus fondamentalement ce qui rend la magie si proche de la technique c’est avant tout son désir de puissance :

Comme le P. Bouyer, nous pensons au contraire que le développement technologique provient d’un désir magique de dominer la nature : Ce dont Bacon et Descartes sont sinon les premiers auteurs, au moins les premiers porte-parole, c’est de l’orientation décisive du développement technologique moderne qui allait assujettir étroitement au moins les premiers progrès de la science physico-chimique à ses propres orientations. Et celles-ci, on doit le dire sans hésiter, sont nettement non pas religieuses, et surtout pas dans le sens biblique et chrétien, mais magiques, si la magie est l’effort pour soumettre à l’égocentrisme d’une humanité orgueilleuse et sensuelle même, s’il se peut, les réalités où l’on reconnaît pourtant le doigt de Dieu. »  Louis Bouyer, Cosmos, Cerf ,Paris 1982, p252

Le Logos fait chair, mort et ressuscité comme point d’équilibre entre mythes, magie, rationalité et irrationalité technicienne

Si nous sommes tout à fait convaincus de cette parenté originelle, nous ne sommes pas moins certains que seule l’apparition du christianisme a permis le développement des sciences et des techniques. La foi en un Dieu créateur qui soumet sa création à des lois et non à des esprits permet de libérer l’homme de sa peur des forces naturelles et donc de sa tentative de les dominer par des rites magiques. L’activité sacramentelle de l’Eglise montre la souveraine autorité de la parole humaine soumise au Logos divin. La participation de la parole humaine au Verbe dans le sacrement ouvre la possibilité d’une parole rationnelle, logique ayant une efficacité sur la matière tout en laissant la raison ouverte sur l’infini ce qui l’empêche de s’enfermer dans l’irrationalité.

L’irrationalité des sociétés technologiques ; première partie « De quelques exemples significatifs »

L’actuelle crise sanitaire que nous vivons révèle très clairement et très crûment un combat entre une médecine qui se veut scientifique et une médecine au pied du malade. Pour faire simple, une médecine observationnelle et empirique qui se sert de toutes les molécules disponibles (y compris de vielles molécules réorientées) et de techniques sophistiquées d’observation de la nature (le séquençage), celle de Raoult, et une médecine uniquement technologique qui se sert de modèles numériques pour penser la réalité, d’outils statistiques pour rechercher la vérité, de la baguette magique du vaccin pour soigner. Afin d’éclairer cette crise unique et extrêmement grave pour l’avenir de l’Occident, je publie ici une recherche que j’ai menée il y a plus de dix ans pour comprendre les rapports secrets entre l’esprit magique et l’esprit technologique dans nos sociétés développées. Car le constat qu’on peut malheureusement faire aujourd’hui est celui d’un très net recul de la rationalité dans le monde de la recherche et particulièrement dans celui de la médecine. Et la rationalité n’est pas là où on croit…

Le Da Vinci Code est à la mode. Nous préférons cependant citer en exergue de ce travail un extrait d’un roman de Umberto Eco, Le Pendule de Foucault, qui joua en son temps sur la même fibre ésotérique de manière beaucoup plus sérieuse et informée. Les quelques lignes qui suivent illustrent à merveille l’idée que nous voudrions développer et que plusieurs auteurs sérieux ont déjà longuement étudiée. La différence est qu’aujourd’hui nous pouvons toucher du doigt la vérité de leur intuition : magie et technologie vont ‘’bras dessus bras dessous’’ !

-Voyez-moi ça, voyez-moi ça. Fortiche, notre Casaubon. Science et magie qui vont bras dessus bras dessous, eh ? Grande idée. Et alors allons-y, enlevez-moi un peu de ces dynamos dégoûtantes, et mettez davantage de Mandrake. Quelques évocations démoniaques, je ne sais pas sur fond or.

-Je ne voudrais pas exagérer. Il s’agit de la merveilleuse aventure des métaux. Les bizarreries sont les bienvenues seulement quand elles tombent à propos.

-La merveilleuse aventure des métaux doit être surtout l’histoire de ses erreurs. On met la belle bizarrerie et puis dans la légende on met qu’elle est fausse. En attendant elle est là, et le lecteur se passionne parce qu’il voit que les grands hommes aussi déraisonnent comme lui. » Je racontai une étrange expérience que j’avais faite près de la Seine, pas très loin du quai Saint-Michel. J’étais entré dans une librairie qui, dès ses deux vitrines symétriques, célébrait sa schizophrénie. D’un côté des ouvrages sur les computers et sur le futur de l’électronique, de l’autre rien que des sciences occultes. Même chose à l’intérieur : Apple et Kabbale.

-Incroyable, dit Belbo.

-Evident, dit Diotallevi. Ou du moins, tu es le dernier qui devrait s’étonner, Jacopo. Le monde des machines cherche à retrouver le secret de la création : lettres et nombres. » Umberto ECO ; Le Pendule de Foucault, Le livre de poche, p.259

L’homme contemporain est un schizophrène en puissance, écartelé entre sa soif de récits merveilleux, de mystères, de complots ténébreux et sa grisaille quotidienne faite de procédures normalisées et de contraintes technologiques souvent écrasantes. Mais voilà que la technologie elle-même lui offre les moyens de s’échapper… Technologie totalitaire et totalisante qui n’oublie rien, ni même de se faire oublier ou pardonner en étanchant cette soif qui, si elle ne l’était pas, pourrait conduire à de sérieuses remises en question et renvoyer la technologie à sa vraie place : un moyen, certes magnifique, non une fin.

L’évolution actuelle de la société fait donc apparaître une inquiétante montée de l’irrationnel qui se révèle dans des phénomènes médiatiques de masse et dans la multiplication de sectes en tout genre. Cette  montée de l’irrationnel n’épargne pas non plus l’Eglise dans ses communautés les plus en pointes. Ces signes troublants d’une société en manque de repères forts et de valeurs transcendantes, que celles-ci soit républicaines ou religieuses, cachent un malaise encore plus profond. Une des causes de ce malaise réside dans la place et le fonctionnement de la raison dans un univers sur rationalisé et hyper technicisé. L’hyper rationalisme engendre un déséquilibre de la raison qui la met dans un tel état de tension et de frustration qu’elle est prête à s’engager dans les aventures les plus irrationnelles. Autrement dit, la raison a besoin d’un environnement équilibré pour fonctionner normalement, un environnement où d’autres approches de la réalité sont admises et favorisées comme rationnelles : la poésie, l’art, la religion… La raison a besoin de cette ouverture pour fonctionner normalement.

L’homme, être de nature, peut-il vivre dans cet univers artificiel qu’il construit parfois malgré lui ? Est-il en train de bâtir la radieuse cité future ou au contraire s’enferme-t-il lui-même dans une prison technologique dorée dont il aura le plus grand mal à s’échapper ?

De quelques exemples significatifs

Nous voudrions commencer par montrer la réalité de ce problème à travers quelques exemples révélateurs des ambiguïtés actuelles de l’univers technologique. Est-il le lieu de la lumineuse victoire de la raison sur les anciennes ténèbres de l’homme enfermé dans un rapport magico religieux à la nature ou bien est-il un lieu ambigu où le désir de puissance s’affirme dans une réappropriation du langage magique ?

Flamel Technologies : un paradigme de la société technologique 

Flamel Technologies est une société de recherche innovante dans le domaine des polymères et plus particulièrement dans l’application des polymères fonctionnalisés à la libération contrôlée de molécules actives pharmaceutiques. Cette société française est cotée aux Etats-Unis sur le fameux marchés des valeurs technologiques, le Nasdaq. C’est dire son ambition et sa volonté d’être au cœur de la technologie du 21e siècle. Or, qu’apprend-on en allant visiter son site Internet : que le nom de Flamel est celui d’un célèbre alchimiste français du 13e siècle Nicolas FLAMEL. Quatre pages du site sont consacrées à son histoire légendaire (au demeurant fort intéressante et qui pourrait constituer la trame d’un bon roman d’aventure). On y apprend qu’il a cherché la pierre philosophale toute sa vie et qu’au terme d’un parcours initiatique qui le conduisit auprès des Juifs d’Espagne pour décrypter un vieux grimoire dont l’auteur n’était autre que Abraham lui-même, il réussit à convertir du mercure en or. Il découvrit aussi l’élixir de vie qui lui permit de vivre jusqu’à 116 ans. Il fit dit-on bon usage de cet or puisqu’il construisit des églises et dota richement des hôpitaux. 

Que nous enseigne cet exemple étonnant d’une société de recherche et d’innovation technologique du 21e siècle qui prend pour emblème et porte–drapeau de son activité un célèbre alchimiste de la fin du Moyen Age ? Ne nous avait-on pas appris que la chimie triompha des vieilles lunes de l’alchimie en refusant l’occultisme de celle-ci et en y apportant la lumière de la raison ? Comment se fait-il qu’une société de recherche chimique du début du 21e  siècle se place sous un si étrange patronage ? 

L’alchimie est une science occulte qui fut pratiquée par nombre de grands esprits scientifiques. Le grand Newton, Francis Bacon l’ont pratiquée. On sait aussi depuis les recherches de Keynes que l’œuvre alchimique de Newton est beaucoup plus importante que son œuvre proprement scientifique, s’y mêlaient aussi des recherches théologiques et mystiques.

En terme évolutionniste, l’alchimie pourrait être définie comme une science non achevée, pas encore débarrassée de sa gangue magique et occulte, elle est en quelque sorte le chaînon manquant entre magie et chimie. Bien sûr, il est entendu que la Science triompha de l’obscurité en refusant de s’adonner plus longtemps à cette science occulte. Ce fut la balance introduite par Lavoisier et la nomenclature systématique de Berthollet pour en finir avec ces noms moyenâgeux qui sentaient le soufre de l’ancienne alchimie. Les Lumières de la science repoussèrent les ténèbres de l’alchimie. 

Il est donc clair, au moins dans l’esprit du grand publique peu cultivé, que l’alchimie fut épurée, et même rejetée par les grands savants à l’origine de la chimie. 

Berthelot, le grand apôtre de la rationalité scientifique écrivit un livre sur… Les origines de l’alchimie, preuve que celle-ci a toujours fasciné les plus grands scientifiques même aussi farouchement positivistes que Berthelot. Il assume tout à fait l’origine alchimique de la chimie et en profite pour égratigner un Père de l’Eglise en montrant que celle-ci a toujours condamné les pratiques occultes de l’alchimie, donc finalement… tout progrès scientifique :

 « la chimie n’ est pas une science primitive, comme la géométrie ou l’ astronomie ; elles’ est constituée sur les débris d’ une formation scientifique antérieure ; formation demi-chimérique et demi-positive, fondée elle-même sur le trésor lentement amassé des découvertes pratiques de la métallurgie, de la médecine, de l’ industrie et de l’ économie domestique. Il s’agit de l’alchimie, qui prétendait à la fois enrichir ses adeptes en leur apprenant à fabriquer l’or et l’argent, les mettre à l’ abri des maladies par la préparation de la panacée, enfin leur procurer le bonheur parfait en les identifiant avec l’âme du monde et l’ esprit universel. » Marcellin Berthelot, Les origines de l’alchimie, introduction, édition originale, pp1-2 (Ce document est extrait de la base de données textuelles Frantext réalisée par l’Institut National de la Langue Française)

 « La magie et l’astrologie, ainsi que la connaissance des vertus des plantes, remèdes et poisons, sont confondues par Tertullien avec l’art des métaux dans une même malédiction, et cette malédiction a duré pendant tout le moyen âge. »

« Il y avait déjà quelque chose de cette antinomie, dans la haine contre la science que laissent éclater le livre d’Enoch et Tertullien. La science est envisagée comme impie, aussi bien dans la formule magique qui force les dieux à obéir à l’homme, que dans la loi scientifique qui réalise, également malgré eux, la volonté de l’homme, en faisant évanouir jusqu’ à la possibilité de leur pouvoir divin. » Ibid pp. 12 13

Remarque absolument étonnante, puisque Berthelot semble identifier formule magique et loi scientifique à deux modalités possibles de la science animées par un désir commun de soumettre l’arbitraire du pouvoir divin à la volonté de l’homme.  

« Or, chose étrange, l’alchimie, dès ses origines, reconnaît et accepte cette filiation maudite. Elle est d’ailleurs, même aujourd’hui, classée dans le recueil ecclésiastique de Migne parmi les sciences occultes, à côté de la magie et de la sorcellerie. Les livres où ces sciences sont traitées doivent être brûlés sous les yeux des évêques, disait déjà le code théodosien. Les auteurs étaient pareillement brûlés. Pendant tout le moyen âge, les accusations de magie et d’alchimie sont associées »Ibid p 20 p

Revenons à la société Flamel Technologies. Est-elle le signe d’une formidable régression en deçà de l’esprit rationnel qui a donné naissance à la science ou est-elle la naïve expression d’une origine commune assumée ? Origine et finalité communes : fabriquer de l’or donc le désir de richesse et de pouvoir, l’élixir de vie donc le désir d’immortalité, le désir de s’emparer grâce à l’arbre de la connaissance de l’arbre de Vie ; mais celui-ci est gardé par un Cherubim à l’épée flamboyante…c’est dire le risque pour l’homme de s’en approcher. 

Sommes-nous arrivés au terme d’un mouvement dialectique commencé il y a plusieurs millénaires : l’alchimie comme thèse, la chimie comme antithèse et la technologie moderne comme synthèse ? Sommes-nous à la veille d’une réconciliation assumée et voulue entre les pratiques magiques archaïques et l’utilisation d’outils technologiques qui permettent d’assouvir les désirs que la magie n’a jamais réussi à combler. Mais comme la technologie est grise et sans âme, il faut l’habiller de la robe du magicien ! Perspective finalement très enthousiasmante mais qui conduit tout droit à l’éclatement de la personne humaine qui demeure une dans ses facultés de raison et d’imagination.

L’homme technologique : un homme clivé

Un autre exemple va nous permettre de mettre en évidence ce risque d’éclatement de l’homme lié à au retour de l’irrationnel sauvage au cœur des sociétés technologiques.

Une affiche publicitaire pour une marque de raquettes de randonnée illustre magnifiquement cette problématique. Elle montre un raquetteur entre ciel et terre : la tête est celle d’un pharaon égyptien sur fond de hiéroglyphes mystérieux, les jambes sont celles d’un raquetteur contemporain sur fond de ciel bleu et de neige. L’affiche est ainsi divisées en deux parties graphiques bien distinctes, en surimpression on peut lire dans la partie supérieure : ’’mythologic’’ et dans la partie inférieure ‘’technologic‘’. La technologie vantée par l’affiche est donc au service d’une évasion de l’esprit qui rejoint un univers mythologique. 

C’est un des mérites de la publicité de mettre en lumière les tendances profondes qui traversent la société. Cette affiche nous donne donc une représentation du clivage de l’homme moderne entre rationalité et irrationalité. Elle révèle de manière paradigmatique la crise spirituelle majeure que traverse la société occidentale qui consiste en une véritable fracture de l’unité fondamentale de la personne humaine. D’un côté, une hyper rationalisation animée d’un esprit positiviste qui considère le religieux comme irrationnel ; de l’autre, un imaginaire religieux qui sous l’effet même de cette contrainte hyper rationnelle renoue avec des pratiques aussi archaïques que la magie et se retrouve fasciné par la mythologie. 

On assiste d’une part, à un développement sans précédent  des sciences et des techniques qui se nourrissent mutuellement et fusionnent dans ce qu’il est convenu d’appeler la technologie. Cette dernière envahit tout et devient un argument marketing majeur. Il suffit souvent de donner le label ‘’technologique’’ à un produit pour que l’acheteur potentiel y associe presque inconsciemment les images de performance, de qualité, de sécurité et de progrès. D’autre part, on constate une évolution inquiétante des mentalités vers des comportements religieux très archaïques. Il y a évidemment le recours massif à l’astrologie mais elle ne marque pas une rupture si grave qu’on veut bien le dire avec la tradition judéo-chrétienne. Les mages n’ont-ils pas suivi une étoile, saint Thomas d’Aquin reconnaît dans une perspective aristotélicienne l’influence des astres sur l’homme, l’art roman a abondamment utilisé les signes zodiacale pour symboliser le temps… Sa pratique est évidemment à proscrire pour un chrétien, surtout lorsqu’elle est comprise comme une prédestination par les astres qui ruine la liberté de l’homme. C’est plutôt le développement des pratiques magiques (noires, blanches, sorcelleries), l’attrait pour l’ésotérisme tant oriental qu’occidental, et le retour à des cultes tout à fait païens qui doivent nous alarmer, sans parler du satanisme.

Comment expliquer cet apparent paradoxe? Plus nos sociétés s’immergent avec délice et inconscience dans le tout technologique, plus les esprits  s’orientent vers des formes de pensées magiques. Plus la science réduit la réalité à la matière et la maîtrise avec succès, plus nos contemporains cherchent à s’évader de la prison technologique dorée dans laquelle ils se laissent enfermer en se tournant vers des religions ésotériques ou mythologiques.  

Mais l’homme qui croit fuir l’univers hyper rationnel dans lequel il étouffe rejoint un univers tout aussi aliénant et de même nature : celui de la magie et d’une mythologie comprise comme magie ! L’homme contemporain est donc clivé entre ces deux mondes et récupéré dans son clivage même par un esprit identique qui n’est autre qu’un désir de puissance.

Magic Internet

On ne compte plus le nombre de logiciels informatiques accolant l’adjectif magique à leur nom (Partition Magic, Zip Magic, Server Magic, Magic e-mail, Omnipage Magic – l’emballage de ce dernier logiciel est orné d’une représentation d’un magicien qui ressemble à Merlin l’enchanteur…). Il ne s’agit pas de jeux mais de logiciels très techniques qui permettent de réaliser des opérations complexes hors de portée de l’utilisateur moyen. Or, plus c’est technique et complexe plus cela apparaît comme magique pour l’utilisateur car il est complètement passif face à la machine. Il appuie sur un bouton et tout se déroule automatiquement. La souris finit par ressembler de plus en plus à une baguette magique.

L’homme moderne, aussi bien dans son travail que dans ses loisirs, est amené à agir sur le monde au moyen d’outils dont les principes de fonctionnement lui échappent complètement. C’est déjà vrai pour le moteur à explosion, ça l’est encore plus avec le microprocesseur. Or, l’interface entre l’homme et le monde est de plus en plus souvent constituée par un ordinateur. Celui-ci, par son mode d’utilisation, induit une mentalité magique. Si l’on définit  la magie comme une recette exprimée dans un langage hermétique et qui possède un certain pouvoir sur le monde matériel, on peut appliquer cette définition, mot pour mot, aux outils informatiques. L’homme est alors engagé dans un processus de déréalisation (notons qu’on parle de plus en plus de réalité virtuelle) et de dématérialisation de son rapport au monde. Il entre dans un rapport magique à l’univers. Avec Internet, nous sommes arrivés à un moment ultime de ces développements. Internet est un espace où l’homme a l’impression de s’affranchir des limites du temps et de l’espace, des cultures, de l’altérité (comme c’est plus facile de rencontrer l’autre dans l’anonymat de la toile), un lieu où la totalité du savoir humain semble à portée de clic : l’homme devient omniscient, omnipotent et omniprésent : il est comme Dieu.

Comme Dieu ! Vous exagérez me direz vous, jamais l’ordinateur n’a prétendu se mettre à la place de Dieu. En êtes-vous si sûrs ? Connaissez-vous l’origine du mot français ‘’ordinateur’’. Là encore nous trouvons un étonnant amalgame entre technique et religion à l’origine de ce terme devenu si important. En effet, le mot ‘’ordinateur’’ appartient à l’origine au langage théologique. Il signifie le fait pour Dieu d’être l’ordonnateur de l’univers et de tous les éléments du monde. Voici un extrait de la lettre de J. Perret, professeur de philologie latine à la Sorbonne, par laquelle il répondit en date du 16 avril 1955 à un de ses anciens élèves, responsable du service publicité d’IBM France, lui demandant de réfléchir à un mot pour désigner la machine qu’IBM était en train de développer :

« Cher Monsieur,

Que diriez-vous d’« ordinateur » ? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe « ordiner », un nom d’action « ordination ». L’inconvénient est que « ordination » désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signification (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d’ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l’inconvénient est peut-être mineur. D’ailleurs votre machine serait « ordinateur » (et non ordination) et ce mot est tout à fait sorti de l’usage théologique. »

L’ordinateur est donc dès l’origine plus qu’un simple outil pour simplifier des tâches répétitives ou sans valeur, il a pour ambition –le linguiste qui a proposé le terme à IBM fut particulièrement bien inspiré- de remplacer Dieu dans son rôle d’agent providentiel qui règle l’univers et l’ordonne. Bien sûr ce n’est qu’un mot mais il en dit long sur la réalité qu’il désigne. Qu’on pense à toute la mythologie de la science-fiction qui rêve et s’effraye d’un monde où les ordinateurs auraient pris le pouvoir et dirigeraient les hommes comme des robots à leur service…

Magique ou théologique, les technologies de l’information recèlent en tout cas une formidable capacité à nous faire projeter nos désirs de puissance sur les petites machines qui ont envahi notre quotidien. 

L’onirisme des hautes énergies

Un dernier exemple que nous ne développerons pas concerne la science elle-même, la science la plus théorique qui soit : celle des hautes énergies, celle qui essaye de comprendre l’infiniment petit et traque les éléments ultimes de la matière pour rendre compte de la formation de l’univers.

C’est Murray Gell-Mann, co-découvreur de la théorie des quarks avec George Zweig, qui choisit le nom bizarroïde de ‘’quarks’’ pour ces constituants ultime de la matière. Ce mot apparaît dans la phrase ‘’Three quarks for Mister Mark » du roman de James Joyce ‘’Finnegan Wake’’. Je n’ai pas lu ce roman qui paraît-il est d’une lecture très difficile mais la volonté de l’auteur a été de développer un univers fortement onirique et déréalisé, un peu déstructuré…

Il n’y a pas que le nom des quarks qui est bizarre mais aussi le nom de leurs états quantiques : il y a beauté et Vérité mais aussi ‘’Strange’’ et ‘’Charm’’. Le charme de l’étrange ou l’étrangeté du charme fascine jusque dans les sciences les plus théoriques et conceptuelles qui soient : la théorie quantique des champs n’a rien d’une douce rêverie…  

Pour finir avec cette litanie assez impressionnante, voici deux extraits significatifs du célèbre livre ‘’le Tao de la physique’’ de F. Capra qui est une tentative assez naïve de concordisme entre science et mystique orientale :

« l’intuition sous-jacente à l’interprétation que donne le physicien du monde subatomique, en fonction du champ quantique, est très analogue à celle du mystique oriental qui interprète son expérience du monde en fonction d’une réalité sous-jacente ultime. A la suite de l’émergence du concept de champ, les physiciens ont essayé d’unifier les divers champs en un champ fondamental unique qui incorporerait tous les phénomènes physiques. Einstein, en particulier, consacra les dernières années de sa vie à chercher un tel champ unique. Le Brahman des hindous comme le Dharmakana des bouddhistes et le Tao des taoïstes peuvent être considérés, peut-être, comme le champ unifié suprême d’où proviennent non seulement tous les phénomènes étudiés en physique, mais aussi tous les autres phénomènes.»

« …lorsque les physiciens se rendirent compte que l’univers pourrait, en fait, être interconnecté d’une manière plus subtile qu’on l’avait jusque-là pensé. Le nouveau genre d’interconnexion apparu récemment, renforce non seulement les similitudes entre les conceptions des physiciens et celles des mystiques, mais ouvre également la possibilité mystérieuse de relier la physique subatomique à la psychologie de Jung et, peut-être même, à la parapsychologie. Cela éclaire d’une manière nouvelle le rôle fondamental de la probabilité dans la physique des quanta. »

Pas besoin de commentaires, le délire n’est plus très loin… On confond les différents plans de réalité et les différentes méthodologies intellectuelles d’approche de celle-ci, puisqu’on ne conçoit qu’une seule approche possible, la méthode scientifique. C’est l’aboutissement du réductionnisme scientiste le plus radical : les fonctions psychiques supérieures et la vie spirituelle peuvent être étudiée et expliquée par la physique quantique…  

Crise de l’Eglise et homosexualité, tentative de compréhension (partie 2)

Cette approche de théologie biblique peut être déroutante pour le lecteur non habitué par ce type d’approche. Cette lecture de Gn 14 est celle qui me console le plus face aux abus du clergé et aux révélations de leurs limites si humaines…

Le chapitre 14 de la Genèse, le roi de Sodome et Abraham

La Parole de Dieu est vivante et plus coupante qu’un glaive à deux tranchants. Elle nous révèle le mystère de Dieu et les noirceurs de nos âmes déchues. Vivante, elle est une réponse à nos interrogations, une arme efficace dans le combat spirituel. Mon analyse biblique se veut à la fois rationnelle (étude des détails structurels, littéraires et étymologiques du texte) et croyante. Elle doit déboucher sur une vision de foi, mystique, simple et précise, une réponse roborative aux angoisses qui nous amènent à interroger le texte biblique. Et une ouverture vers le mystère.

 

La critique littéraire du Pentateuque a tenté de déterminer, dans un effort éminemment rationaliste et quelque peu enfantin du point de vue heuristique, les différentes sources littéraires originelles du texte. Les inclusions, les brusques changements de style ou les sauts narratifs, les répétions seraient les marques de ces différentes sources. Cette analyse diachronique des sources est aujourd’hui largement abandonnée pour une analyse synchronique. L’approche diachronique a toutefois été très importante dans l’étude précise des textes permettant ainsi de mettre au jour leur structure profonde mais pas de déterminer sérieusement leur généalogie.

 

Certains mots, hapax ou quasi-hapax (répétition très dense et significative d’un mot dans un passage biblique, mot non unique mais jamais employé avec cette densité dans d’autres passages), mystérieux comme le très fameux « epiouios » du notre Père sont des marqueurs hautement significatifs d’un texte. Ces mots à eux-seuls ouvrent et fondent une théologie. Un exemple remarquable est le très connu Evangile des Signes dans St Jean ou moins connu, l’étrange expression « dans l’os de ce jour » répétée à chaque événement d’alliance et notamment dans Exode 12. Ces singularités du texte portent en elles un véritable enseignement théologique.

 

Or, il existe une de ces singularités mystérieuses en Gn 14. Il s’agit de la brusque apparition de Melchisédech, roi de Salem, qui vient offrir le vin et le pain et bénir Abram après sa victoire sur les rois.

Melchisédech est considéré par toute la tradition chrétienne comme une figure du Christ et son sacrifice comme une préfiguration de l’eucharistie. Le Canon Romain (Prière eucharistique N°1) fait mémoire de ce sacrifice juste après la consécration avec deux autres sacrifices, tous trois prototypes du sacrifice du Christ:

Et comme il t´a plu d´accueillir

les présents d´Abel le Juste,

le sacrifice de notre père Abraham,

et celui que t´offrit Melchisédeck ton grand prêtre,

en signe du sacrifice parfait,

regarde cette offrande avec amour

et, dans ta bienveillance, accepte-la.

 

Abel renvoie à la justice du Christ et à sa mort. Comme Abel, Jésus est assassiné par ses frères.

Abraham renvoie à l’abandon des sacrifices humains et à l’introduction des sacrifices animaux. Au sacrifice du cœur qui éclaire le vrai sacrifice du Fils.

Melchisédech renvoie très clairement au sacrifice eucharistique proprement dit avec le pain et le vin. Et son sacerdoce à celui du Christ.

La Lettre aux Hébreux enseigne que le sacerdoce du Christ, et donc celui de ses disciples, est « selon l’Ordre de Melchisédech » :

He 5, 10 : proclamé par Dieu grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech

He 6,20 : là où Jésus est entré pour nous en avant-coureur, devenu grand prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech

Puis tout le chapitre 7 de la Lettre aux Hébreux explicite la spécificité du sacerdoce du Christ en le rattachant au sacerdoce de Melchisédech.

L’apparition du roi Melchisédech se fait donc très brusquement dans le récit. Il n’est cité ni avant ni après. Il ne prend pas part à la bataille des rois. Toute les Ecritures postérieures, les Psaumes et la Lettre aux Hébreux se fonde uniquement sur ces trois versets de Gn 14 lorsqu’elles évoquent la figure de Melchisédech. Cette apparition littéraire brutale fait dire aux exégètes encore partisans de la théorie des sources que ce texte appartient à une autre tradition.

Il n’en est rien. Ce surgissement vertical de Melchisédech au milieu de la négociation entre Abram (qui n’est pas encore Abraham notons-le) et Béra le roi de Sodome suite à la victoire d’Abram sur les 5 rois est éminemment signifiante.

Rappelons le contexte. Une guerre éclate entre cinq rois et quatre rois :

Histoire / Réalité

Gn 14,1

Métahistoire / ennemis spirituels

Gn 14,2

Signification des noms des rois du v. 2 selon le commentaire de Rachi
Amraphel roi de Chinéar Béra roi de Sodome Le mauvais
Aryok roi d’Ellasar Bircha roi de Gomorrhe Qui progressait en méchanceté
Kedorlaomer roi d’Elam Chineab roi d’Adma Il a en haine son père qui est aux cieux
Tidéal roi des Goïm Chiméber roi de Seboïm Il s’est mis des ailes pour aller se rebeller contre Dieu
  Le roi de Bèla qui est Soar  

 

L’étymologie des noms des rois laisse clairement apparaître le caractère symbolique de cette bataille entre des rois « réels » (Goim : les peuples) et les puissance du mal, dont la nature est révélée par les noms des rois alliés de Sodome.

Au terme de cette première bataille, le roi de Sodome et ses alliés sont défaits et le neveu d’Abram, Lot, est capturé. En effet, « il habitait Sodome. » (Gn14,12). Ce verset est très lourd de sens, Lot appartient à cette ville, il est participant de sa nature maléfique et rebelle. Abram en est informé et constitue une troupe pour pouvoir libérer Lot, ses biens et ses gens. La guerre éclaire d’Abram est un succès. Dans un certain sens, à ce stade, Abram sans s’être allié à Sodome, prend part à leur guerre et participe à leurs intérêts.

Les situations de crise et de guerre sont donc parfois très embrouillées, il est difficile de discerner le bien (Abram) du mal (Sodome). Il y a des alliances inattendues, de circonstances, des intérêts communs mais des valeurs divergentes. Croire que le clergé est entièrement constitué d’hommes saints et purs est une illusion. Mais ne pas vouloir croire qu’il y a aussi des hommes saints et courageux -pour sauver Lot de Sodome- est un péché.

La crise actuelle de l’Eglise ressemble aussi à la confusion d’une bataille. Des bons se retrouvent au côté de mauvais mais c’est bien pour sauver Lot.

Qui est Lot ?

Par l’étymologie de son nom, il appartient à ce qui est caché, enveloppé. Quand on habite Sodome, on ne veut en effet pas que ses œuvres soient découvertes. Il procède également des sciences occultes, du pouvoir des magiciens de l’Egypte.

La suite de l’histoire nous apprend que Lot n’arrive pas à protéger les étrangers des viols commis à Sodome, il va pourtant jusqu’à offrir ses filles en échange ! Une nouvelle fois, il va être sauvé par Abraham qui intercède pour lui devant Dieu. Mais il n’arrive pas à sauver sa femme de la nostalgie de Sodome. Il deviendra inconsciemment le père incestueux des enfants de ses deux filles !

En somme, un pauvre type, un peu comme nous, mais sauvé !

 

Donc Abram constitue une troupe pour aller récupérer ce pauvre Lot. Le nombre des hommes est de 318, chiffre symbolique renvoyant selon certaines traditions au Christ mais peu importe. Abram remporte la victoire contre Kedorlahomer et ramène tous les biens de Sodome et Gomorrhe tombés aux mains de quatre rois ainsi que Lot.

Surgit alors le roi de Sodome sortant littéralement de son puit de bitume dans lequel il était tombé avec le roi de Gomorrhe en fuyant lors de leur défaite (« la vallée de Siddim n’était que puits de bitume ; dans leur fuite, le roi de Sodome et celui de Gomorrhe y tombèrent » Gn 14,10) et réclamant sa part alors qu’il n’est pour rien dans la victoire d’Abram.

Le roi de Sodome rencontre Abram dans la vallée de Shawé sans doute encore recouvert de bitume. On s’imagine assez bien la scène ! Le nom de cette vallée peut se traduire comme « être le même » ou « devenir le même ».

Ceci est extrêmement important et nous allons nous servir ici de la théorie mimétique de René Girard pour comprendre quel est réellement le péché de Sodome. Est-ce un péché sexuel (celui des sodomites ? absolument rien dans le texte ne nous laisse suggérer cette pratique sexuelle) ou est-ce un péché beaucoup plus spirituel et donc beaucoup plus grave dont les désordres sexuels ne sont que le signe ?

Le pays de Sodome et Gomorrhe est désigné dans le texte comme le pays de la plaine (Gn 13,12) (d’ailleurs après la défaite les autres rois alliés de Sodome ne tombent pas dans les puits de bitume mais s’enfuient dans la montagne, signifiant ainsi la fin de leur alliance. Lot aussi s’enfuira vers la montagne pour fuir la destruction de Sodome. Le mot plaine (racine hébraïque « kkr », la Bible Chouraqui traduit les villes du Cirque). Le même mot sert aussi à traduire talent, la pièce d’argent. Ce sont aussi des villes de l’argent, de la circularité…où on tourne en rond dans la recherche de l’argent …et du même. Ce terme sert aussi à dire un morceau de pain. Il renvoie à la matérialité des choses de l’argent, du pain. A une certaine circularité qui enferme. L’enfermement matérialiste de l’homme.

Nous touchons à l’incroyable face à face que le texte révèle : d’un côté le pain de Melchisédech offert en sacrifice, de l’autre le pain matériel de Sodome…Signe sacramentel et anti-signe sacramentel.

La plaine renvoie dans la théorie girardienne au lieu de la crise mimétique, lorsque tout est confondu, ou l’aplanissement bien loin de signifier la paix et l’absence de tout danger est au contraire sous le règne du « même », le refus de toute singularité, et par conséquent d’une violence potentielle prête à se déchainer dans une résolution sacrificielle contre la tête qui dépassera (plus faible ou au contraire plus fort, boiteux, orphelin, étranger, difforme ou bien de beauté divine…).

La tradition midrashique (commentaires rabbiniques) explique apparemment de manière très étrange le péché de Sodome :

« [Les habitants de Sodome] avaient un lit sur lequel ils étendaient les gens de passage. Si ceux-ci étaient trop longs, ils leur coupaient [les pieds]. S’ils étaient trop courts, ils leur étiraient [les membres jusqu’à les arracher]. Eliézèr le serviteur d’Abraham était arrivé un jour là-bas. Ils lui ont dit : “Lève-toi et va te coucher sur le lit !” Il leur a répondu : “J’ai fait un vœu depuis le jour où ma mère est morte de ne plus jamais coucher dans un lit.” » (Sanhédrin 109b).

C’est l’exact parallèle du mythe de Procuste rapporté par Appolodore :

Dans sa vie de Thésée, Apollodore rapporte la légende suivante : « Son sixième exploit fut le meurtre de Damastès que certains appellent Polypémon. Celui-là habitait au bord de la route. Il possédait deux lits, l’un très petit et l’autre très grand ; et tous ceux qui passaient par là, il leur proposait d’être ses hôtes. Mais, ensuite, ceux qui étaient petits de taille il les allongeait dans le grand lit et il leur déboîtait toutes les articulations jusqu’à les faire devenir aussi grands que le lit ; et les grands, par contre, il les mettait dans le petit lit, et il sciait les membres de leur corps, qui dépassaient. » Apollodore, Épitomé, I, 4 (article Procuste Wikipedia)

Peu importe de savoir qui inspira qui (le texte d’Appolodore est cependant plus ancien), il nous suffit de remarquer que la Bible suggère ce péché de Sodome par ce lieu de la Plaine de Shawé : du « même » ou du « devenir même ».

Le caractère sexuel du péché de Sodome est toutefois très clairement exprimé par la Bible elle-même lors de l’épisode de la visite des anges destructeurs dans la maison de Loth.

 

Mais le péché de Sodome, son péché fondamental, principiel, c’est le désir que tous soient identiques.

Le péché de Sodome, c’est le désir du même.

C’est le péché de tout totalitarisme, c’est le péché qui précède toute crise mimétique.

Pour René Girard c’est la crise mimétique (le lit de Procuste) qui entraîne la violence sexuelle ou l’homosexualité. (l’agression des étrangers venus chez Loth).

« Une fois de plus, en somme, c’est dans un contexte de rivalité aiguë qu’apparaît l’homosexualité. Une comparaison du phénomène animal, de l’homosexualité rituelle, et de l’homosexualité moderne ne peut manquer de signaler que c’est le mimétisme qui entraîne la sexualité et non l’inverse !

(…)

Pour appuyer votre démonstration, je voudrais rapporter le cas (…) d’un jeune homme, fiancé à une jeune fille de la façon la plus bourgeoise, et qui tombe amoureux d’un homme plus âgé que lui, qu’il prend pour modèle, puis pour maître et enfin pour amant. Cet amant lui-même, bien que « purement homosexuel », me racontera plus tard que, nullement attiré par mon malade au départ, il n’avait été intéressé que par la présence de sa fiancée et la situation triangulaire créée lors d’un dîner. Lorsque le malade, jaloux de son amant, abanndonna pour lui sa fiancée, cet amant se désintéressa complètement de lui. Interrogé par moi sur les raisons de ce revirement, il me dit :

‘’L’homosexualité, croyez-moi, c’est vouloir être ce que l’autre est.’’ »

René Girard, Des choses cahées depuis la fondation du monde, Grasset, 1979, pp.359-360 

En conclusion :

Cette apparente incohérence du texte biblique présente sous forme d’une inclusion SODOME-MELCHISEDECH-SODOME fait sens et est en réalité une très profonde révélation sur la nature humaine, sur la nature du sacerdoce christique, toujours menacé dans sa lutte et sa négociation avec Sodome dans le but de sauver Lot, celui qui a été habité dans la ville de Sodome.

Le véritable sacrifice qui conduit vers Dieu, qui fait surgir la transcendance absolue de Dieu (El Elyon – le Dieu Très Haut -quasi hapax-) dans l’horizontalité de la vie humaine (la plaine des rois) se fait toujours au milieu de notre dialogue avec Sodome, avec les ténèbres qui veulent nous prendre nos âmes en contrepartie des vaines richesses matérielles ou d’éphémères plaisirs de gloire ou de jouissance. Abram voulait sauver la vie, l’âme de Lot, pas s’enrichir des biens de Sodome et Gomorrhe. C’est l’irruption de cette verticalité à travers la figure de Melchisédech qui permet à Abram de repousser la tentative du roi de Sodome d’accaparer les âmes. C’est la révélation du sacrifice originel du pain et du vin environné par la présence envahissante de Sodome, c’est l’irruption divine du prêtre Melchisédech (notons qu’il s’agit de la première mention d’un prêtre dans la Bible et que son sacrifice est de type eucharistique) face au roi de Sodome (Gn 14 est aussi la première mention de rois dans la Bible) pour bénir Abram et lui permettre de se recentrer vers Dieu et vers la verticalité.

Le roi de Sodome représente l’horizontalité et Melchisédech la verticalité et l’altérité divine.

Si l’apparition de Melchisédech offrant le sacrifice sauve Abram, le texte nous enseigne également que ce sacrifice est depuis l’origine menacer par Sodome, il fait irruption mais il est aussi cerné. Abram aurait pu dire : Melchisédech, permets que je parle d’abord avec le Roi de Sodome qui s’avance. Tu me béniras ensuite. Il y a toujours le risque d’écouter d’abord la parole de Sodome. Abram est cerné par Sodome, il en est quasiment l’allié -via la figure de Lot- puisqu’il a combattu pour sauver ses hommes et ses biens, il doit le recevoir, négocier avec lui. Nous sommes toujours menacés par cette horizontalité de la plaine et du même.

 

La crise actuelle de l’Eglise n’est qu’une expression de ce combat originel, méta et transhistorique. Combat qui se retrouve selon des modalités historiques différentes tout au long de la longue histoire de l’Eglise. Même si les révélations des turpitudes du clergé sont éprouvantes pour le fidèle, elles ne sont qu’une expression du combat entre le signe sacramentel par excellence, l’eucharistie du pain et du vin et son opposé : le pain de Sodome.

 

Crise de l’Eglise et homosexualité, tentative de compréhension (partie 1)

Le Seigneur corrige parfois très sévèrement les prêtres indignes et infidèles comme le révèle très crument le livre de Malachie situé, dans la plupart des Bibles, juste avant les Evangiles. Les paroles de condamnation des prêtres de l’ancienne alliance n’ayant pas conservé la charge de sanctifier et d’enseigner sont particulièrement violentes et explicites.

C’est une telle humiliation et correction que subit actuellement le clergé et avec eux tous les fidèles.

Malachie 2, 1-3 ; 6-7 ; 9

« Et maintenant, à vous ce commandement, Ô prêtres !

si vous n’écoutez pas et si vous ne prenez pas à cœur de rendre gloire à mon Nom, dit le Seigneur des armées,

j’enverrai chez vous la malédiction et je maudirai votre bénédiction ;

déjà même je l’ai maudite, parce que vous ne prenez rien à cœur.

Voici que je vais vous couper le bras,

je vous jetterai de la fiente au visage – la fiente de vos fêtes- et l’on vous emportera avec elle. (…)

La doctrine de vérité était dans sa bouche et il ne se trouvait pas d’iniquité sur ses lèvres ;

en paix et en droiture il marchait devant moi, et nombreux ceux qu’il ramena de la faute !

Car les lèvres du prêtre gardent la science et c’est la doctrine qu’on cherche de sa bouche ; car il est l’Ange du Seigneur des armées. (…)

Et à mon tour, je vous ai rendus méprisables et vils pour tout le peuple, puisque vous n’observez pas mes voies et que vous avez égard à la personne dans l’application de la Loi. »

L’expression « je vous jetterai de la fiente au visage est extrêmement réaliste, crue et dure. Ce sont les déchets des animaux sacrifiés au Temple de Jérusalem que le Seigneur veut jeter à la figure des prêtres qui :

  • célèbrent le culte sans cœur
  • oublient la doctrine, la science et la recherche de la vérité
  • usent de leur pouvoir pour sauver des coupables au lieu de les ramener de la faute.

Cet oubli de la verticalité et de la transcendance de Dieu est la cause de leur malédiction. Ils sont désormais devenus méprisables et vils pour le peuple.

N’en doutons pas, le clergé catholique actuel est emporté par une malédiction similaire. C’est bien de la fiente, pour ne pas utiliser un mot plus trivial encore, que le Seigneur de l’Univers a jeté à la face des prêtres empêtrés dans des affaires de mœurs et de pédophilie. Nous ne pouvons pas le nier et nous en souffrons avec eux.

Le texte de la rencontre d’Abraham avec le Roi de Sodome (chapitre 14 du livre de la genèse) nous aidera à comprendre que c’est bien dans l’abandon de la verticalité divine au profit d’une horizontalité bien trop humaine que réside la cause ultime de la crise actuelle.

La très grave crise que traverse actuellement l’Eglise nécessite que chaque chrétien catholique fasse front et apporte le meilleur de lui-même afin d’aider ses frères à mieux comprendre cette épreuve. Je pense en effet que la connaissance est ici libératrice. La Vérité vous rendra libre dit le Christ. C’est donc cette vérité qu’il faut chercher et exprimer de la manière la plus franche et profonde possible.

C’est pourquoi, j’aimerais faire part ici d’une recherche biblique qui m’a beaucoup aidé à accepter et à comprendre la crise actuelle.

Les révélations sur les mœurs de certains membres du clergé, même si elles sont éprouvantes, ne doivent pas nous faire oublier que les clercs ne sont pas des anges et qu’ils sont concernés par les mêmes tentations, les mêmes péchés, les mêmes combats que nous.

Comme le dit si bien St François de Sales: « Là ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. »

Cependant, dans l’Eglise, ces combats sont beaucoup plus rudes car elle œuvre au cœur nucléaire de la Rédemption. La chute des prêtres est bien plus grave que celle d’un homme non investi d’une si haute mission. Ils sont des Alter Christus. A chaque fois que l’un d’eux tombe, c’est une petite victoire de Satan, c’est une blessure supplémentaire infligée au Corps du Christ.

Et si le scandale est public, son impact est encore plus grand. Les faibles et les petits que le Christ nous demande de ne pas scandaliser sont éprouvés dans leur foi et leur fidélité. L’affaire devient destructrice et tempétueuse. C’est pourquoi même si je condamne la pratique de certains évêques d’avoir seulement déplacé de paroisse en paroisse les prêtres à problème en violation totale du Droit Canonique ; je comprends ceux qui ont essayé de traiter ces problèmes dans le secret que réclame ce genre d’affaires. La pratique actuelle qui veut que les tribunaux civils doivent d’abord être saisis me semblent une énorme erreur. L’Eglise doit réduire à l’état laïc tout prêtre qui abuse d’un enfant ou se livre à des actes homosexuels…

Sainte Catherine de Sienne

Une vision mystique :

Rappelons tout d’abord que l’homosexualité des clercs n’est pas chose nouvelle. Sainte Catherine de Sienne fait une expérience mystique lui donnant de voir très crûment l’homosexualité de clercs et son caractère universel. Les démons eux-mêmes fuient à la vue de ce spectacle (Le Dialogue N°124):

Les malheureux! c’est tout le contraire qu’ils font! C’est tout souillés qu’ils s’approchent de ce mystère, et, non seulement, de l’impureté à laquelle vous êtes inclinés par la pente même de votre fragile nature, – quoique la raison, quand le libre arbitre le veut, puisse réprimer cette révolte, – mais [66] encore, loin de surmonter cet entraînement, ils font pire encore et commettent le péché maudit.

Ils sont comme des aveugles, comme des fous! La lumière de leur intelligence s’est obscurcie, et ils ne voient plus la corruption et la misère dans laquelle ils sont plongés. Péché si horrible pourtant, et qui me déplaît tant, à Moi, la souveraine et éternelle Vérité, que, pour ce seul péché, j’ai englouti cinq villes, après sentence de ma divine justice, qui ne les pouvait plus supporter! Voilà l’horreur et le dégoût que ce péché me cause, et non seulement à moi, mais aux démons eux-mêmes, que ces malheureux ont choisis pour maîtres.

Avant la peste, je te montrai, s’il t’en souvient, combien j’avais ce pêché en horreur, et à quel point il avait infecté le monde. T’élevant alors au-dessus de toi-même, par un saint désir et l’élan de ton esprit, je fis passer sous tes yeux, le monde entier avec toutes les nations qui le composent, et tu pus voir cet abominable péché, et les démons qui s’enfuyaient à ce spectacle, comme je te l’ai dit. Si grande fut ta douleur, tu le sais, et si insupportable l’infection que tu éprouvais dans ton. esprit, qu’il te semblait mourir, et tu ne voyais pas un seul lieu [67] où tu pus te retirer, avec mes autres serviteurs, pour échapper à cette lèpre. Petits et grands, jeunes et vieux, religieux et clercs, prélats et sujets, maîtres et serviteurs, tous, esprit et corps, étaient souillés de cette malédiction.

Sainte Catherine de Sienne vit elle aussi à une époque de très grave crise pour l’Eglise, le grand Schisme d’Occident. L’homosexualité, même si elle est intemporelle, parait se développer fortement en période de crise morale, au moment d’une crise de sens qui affecte une société entière, en période de crise de la foi. Ce vice se développe alors de manière universelle. C’est particulièrement vrai aujourd’hui avec le travail de propagande organisé par les différents groupes homosexuels ou favorables à la théorie du genre.

L’homosexualité est pour ainsi dire le signe de cette crise de foi. Le développement de l’homosexualité chez les clercs aussi bien que dans la société est le signe du dérèglement de la vie de foi dans l’Eglise. Cette vision mystique de la réalité de l’homosexualité sera confortée par par l’analyse de théologie biblique de Gn 14.

Cela permettra de fonder bibliquement que le signe sacramentel par excellence, la source sacramentelle, le sacrifice eucharistique est depuis toujours, dès l’origine, entouré et mis en danger par cet anti-signe sacramentel qu’est le péché de Sodome.

 

Une approche pragmatique du risque homosexuel au sein du clergé :

Sur ce plan, il faut dire sans fausse pudeur que l’homosexualité est toujours un risque présent dans les communautés unisexuées : le clergé, les communautés religieuses, les casernes, les internats, les clubs de sport, le simple groupe de copains…

Le sacerdoce catholique est homosexuel au sens étymologique et premier du terme, il est réservé aux hommes. Aucun autre milieu ne se définit aussi fortement que par cette exclusive. Je n’entrerai évidemment pas dans la polémique du sacerdoce féminin qui n’a pour moi aucun sens. Le problème a de toute façon été tranché par le pape St Jean-Paul II le Grand qui a engagé son autorité infaillible sur ce point.

Les clercs sont donc tous des hommes, ils vivent entre hommes, surtout pendant le temps de leur formation, dans un milieu qu’on peut qualifier de très fermé et exclusif. Ce sacrifice réclamé par l’Eglise les met dans une condition de pauvreté et de fragilité par rapport au risque homosexuel. De même, le risque de pédophilie est plus élevé dans les milieux éducatifs au contact des enfants. C’est malheureusement aussi un risque du clergé.

Ce caractère homosexuel du sacerdoce a depuis toujours attiré vers ce milieu les personnes à tendance homosexuelle. On dit parfois que l’Eglise fut un refuge et un lieu d’accueil pour ces personnes alors que les sociétés du passé étaient peut-être plus brutales et plus intolérantes vis-à-vis de l’homosexualité (à confirmer car la propagande LGBT a plutôt pour conséquence de faire renaître une homophobie brutale). On ne doit surtout pas en être scandalisé car le Christ accueille tout homme. On cite souvent St Alfred de Rielvaux ou d ‘autres comme Newmann ayant sublimé leur homosexualité dans une vie d’offrande, de prière, et de travail au service de l’Eglise. Il ne faut pas que l’Eglise se coupe de ces personnes qui lui ont beaucoup apporté. Certes, un homme qui aurait été très loin dans la pratique homosexuelle ne doit pas être ordonné prêtre.

Cet aspect du problème permet de relativiser fortement les arguments de ceux qui affirment de manière péremptoire que les problèmes sexuels du clergé sont liés au célibat. S’il y a un risque propre au célibat c’est celui de rompre son vœu de chasteté avec un homme… ou une femme. Mais le célibat n’engendre aucune perversité. Il est donc faux, malveillant et malfaisant d’associer sacerdoce avec pédophilie ou homosexualité. Bien d’autres milieux sont concernés. C’est malheureusement la nature humaine déchue qui vit sous ce régime de risque.

Cependant, le livre de la Genèse nous enseigne à travers un épisode très mystérieux que les serviteurs du sacrifice eucharistique sont réellement par nature confrontés au règne de Sodome. Que celui-ci les entoure mais qu’ils en sont toujours vainqueurs car ils appartiennent au Sacerdoce éternel de Melchisédech.