Le sacrifice eucharistique, source de la rationalité occidentale

Lorsque je pense à l’église comme source de culture et de lumière pour le monde, et particulièrement pour l’Occident, une image me vient immédiatement à l’esprit : celle de la basilique de Paray-le-Monial dont la pierre jaune et chaude resplendit délicatement à la douce lumière bourguignonne. Ce bâtiment de pierre m’a toujours ému presque jusqu’aux larmes. Son harmonie, son équilibre et sa force démontrent la beauté, la grandeur et la sainteté de l’Eglise dont il est le signe architectural. Rien d’agressif, rien de violent, aucun déséquilibre c’est une douce invitation à l’élévation, à l’action de grâce et à faire mémoire de ces grands moines clunisiens qui ont pensé et construit une telle splendeur.

p1010813

tumblr_static_image_large

Comment l’Occident chrétien, comment l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, peuvent-ils se détourner d’un tel patrimoine, le mépriser, le méconnaître jusqu’à s’en moquer, en être peu à peu déshabitué jusqu’à perdre toute connaturalité avec cette histoire qui sous-tend ses structures politiques, scientifiques et artistiques. C’est ainsi que les Européens, et notamment les Français, vivent comme des étrangers dans leur propre patrie, ignorants divaguant au milieu des traces d’une civilisation à laquelle ils sont devenus indifférents. Ce phénomène de déracinement culturel a été maintes fois dénoncé par des intellectuels croyants ou des agnostiques. On reconnaît désormais que cette crise de sens qui frappe tout l’Occident est un danger majeur pour la survie même de nos sociétés.

Mais ce que peu admette, c’est que seul l’Eglise, comme à chaque fois dans l’histoire où d’immenses crises et transformations sont à l’oeuvre, peut porter témoignage, faire mémoire et transmettre aux Occidentaux les valeurs sur lesquelles reposent nos oeuvres artistiques, techniques et scientifiques les plus complexes. Oui, j’ose affirmer que sans l’Eglise, l’Occident peut s’enfoncer dans un chaos effroyable qui conduirait à une perte irrémédiable des savoir-faire contribuant à notre développement humain actuel.

Mais parmi ceux qui admettent que l’Eglise a un rôle à jouer, plus rares encore sont ceux conscients que le coeur nucléaire qui donne l’énergie à notre civilisation et lui permet de rayonner depuis des siècles, est l’oeuvre de louange eucharistique de l’Eglise.

Le sacrifice eucharistique est la source de la rationalité occidentale, c’est l’oeuvre civilisatrice par excellence, son oubli, l’oubli du Mémorial par excellence! est donc la mort certaine de notre culture et des réalisations qu’elle a donné au monde.

Le Christ dit : Je suis la Lumière du monde. Il l’est en vérité! Cette lumière incréée qui est révélée à l’humanité par l’Incarnation du Verbe, du LOGOS, de la parole rationnelle qui crée et porte tout l’univers, cette lumière est diffusée, réfléchie et diffractée à travers les siècles par l’Eglise. L’Eglise déploie cette lumière incréée par toutes ses actions, et particulièrement par la plus haute d’entre-elles qui est la liturgie, cette action publique ou office publique comme le terme grec le signifie. A partir de cette action publique, la lumière du Christ se diffuse dans toutes les strates de la société et la transforme peu à peu, « nous appelant des ténèbres à son admirable lumière ». (1P2,9)

La crise liturgique actuelle est donc d’une gravité exceptionnelle car elle touche à ce réacteur nucléaire qui diffuse la Lumière du Christ. La liturgie, trahie par les clercs, perd toute sa puissance, son énergie, son dynamisme de transformation du coeur des hommes, de leurs intelligences et donc des structures sociale et culturelles qu’ils engendrent.

La crise que traverse actuellement l’Eglise démontre qu’en son sein il y a un combat entre cette lumière qu’elle est chargée de diffuser et les forces des ténèbres qui se sont, dès le commencement, personnellement détournées  de Dieu. Ce combat, qui existe dès l’origine, ne peut que croître en intensité à mesure que les réalités dernières s’approchent. C’est le combat eschatologique que l’hymne de Pâques Victime Paschali qualifie de prodigieux :

Mors et vitae duello conflixere mirando.

La Séquence commence d’ailleurs par cet appel : Victimae Paschali laudes immolent christiani.

A la victime pascale chrétiens immolez des louanges! La louange liturgique d’action de grâce a donc pour cause une victime sacrificielle et sa forme est aussi sacrificielle car il s’agit bien de faire monter et d’immoler des louanges. La liturgie procède d’un combat et se situe elle-même au coeur  d’un combat. Un combat entre la lumière incréée de Jésus et les ténèbres qui s’opposent à lui. Un combat entre la vie et la mort. Mais le Christ en mourant est descendu éclairer toutes les ténèbres; en mourant, il a fait surgir la Vie dans la mort. Comme chrétiens, nous savons donc que la fin du combat est la victoire du Christ. Mais si le résultat du combat eschatologique est connu d’avance, chaque homme, chrétien ou non, est engagé dans un combat dont la fin n’est pas connue sauf s’il se donne au Christ. Et le meilleur moyen de se donner au Christ est d’immoler à la victime pascale des hymnes de louanges!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s