Sacrifice, Représentation et Eucharistie (introduction)

Dans sa Défense de l’Estendard de la Sainte Croix, St François de Sales écrit :

« il pense que pour représenter une chose il la faille ressembler de toutes pièces, ce qui est sot et ignorant ; car les plus parfaites images ne représentent que les linéaments et couleurs extérieures, et néanmoins on dit, et il est vrai, qu’elles représentent vivement. Les choses sont représentées par leurs effets, par leurs ressemblances, par leurs causes, et enfin, par tout ce qui en réveille en nous la souvenance ; car tout cela nous rend les choses absentes comme présentes. » Défense de l’Estendart de la Sainte Croix, livre I, ch VIII, Que la Croix représente la Passion de Nostre Seigneur

C’est sous la protection de St François de Sales que nous commençons la publication d’une série d’articles au sujet du difficile problème de la représentation sacramentelle du sacrifice de la Croix, l’Eucharistie.

Devant le mystère de l’Eucharistie, nous balbutions tels des enfants qui ne savent pas encore parler et qui pourtant veulent exprimer leur étonnement, formuler leur questionnement. Chez le petit de l’homme, le langage ne finit-il pas par émerger des sons encore informes qu’il émet ? L’effort théologique sur l’eucharistie n’est donc pas vain ; il forme dès ici bas le langage silencieux que nous parlerons lorsque nous aurons atteint l’état d’homme parfait, la plénitude de la stature du Christ. Lorsque nous verrons Dieu tel qu’il est dans sa lumière et par sa lumière.

Pourquoi ce sujet est-il si difficile ? Parce que l’esprit humain défaille devant la petite hostie ? Parce que dans ce sacrement la raison éprouve son impuissance à concilier ce que les sens continuent à lui dire et la vérité que la foi lui enseigne. Ce mystère ne peut donc être atteint que dans une profonde humilité qui ne supprime pas l’exercice de la raison. Bien au contraire, plus la raison creuse ce mystère, plus elle découvre sa richesse, plus la foi grandit dans le cœur du croyant dans une attitude d’humble adoration.

Une grande partie de l’effort théologique du second millénaire s’est concentré sur le mystère de la présence réelle et substantielle du Seigneur sous les espèces du pain et du vin. Déclenché par la première hérésie eucharistique, celle de Béranger de Tours, cet effort aboutit à l’admirable synthèse du 13e siècle qui s’exprime dans l’œuvre de saint Thomas d’Aquin. A partir de la Réforme, c’est le caractère sacrificiel de la Messe qui est remis en cause, notamment par Luther.

Au début du 3e millénaire, quelle partie du mystère est la plus mal comprise et la plus attaquée ? Le développement de l’adoration eucharistique dans certains milieux ecclésiaux est le signe d’une prise de conscience de la présence réelle et adorable de Jésus dans l’eucharistie. En va-t-il de même du caractère sacrificiel de la célébration eucharistique ? A-t-on suffisamment conscience que cette célébration ne nous donne pas seulement la présence substantielle du Christ mais nous met en contact avec le drame même du Calvaire selon un mode qu’il faudra préciser ? C’est bien cette crainte que Jean-Paul II exprime au début de son encyclique Ecclesia vivit de Eucharistia : « Parfois se fait jour une compréhension très réductrice du Mystère eucharistique. Privé de sa valeur sacrificielle, il est vécu comme s’il n’allait pas au-delà du sens et de la valeur d’une rencontre conviviale et fraternelle » (Ecclesia de Eucharistia vivit, n°10)

En effet, la religion chrétienne se heurte à la mentalité contemporaine qui refuse très largement l’idée de sacrifice. De l’idée vulgaire qui assimile la religion chrétienne à une morale gentillette aux théories les plus savantes d’un René Girard qui invite à une lecture non sacrificielle du Nouveau Testament, la notion même de sacrifice est profondément remise en cause au sein du christianisme.

Il nous faut donc profondément réhabiliter cette notion de sacrifice en l’approfondissant et en montrant toute sa profondeur et le sens qu’elle garde pour l’homme contemporain.

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