St François et la liturgie

St François a toujours accordé une grande importance à la célébration de la Messe. Malgré la crise infiniment grave de la Réforme, l’Eglise des 16et et 17e siècles n’a jamais connu une crise liturgique de l’ampleur de celle que nous connaissons aujourd’hui. La liturgie luthérienne revêtait la splendeur des formes baroques toute comme la liturgie de la contre-réforme. Nous avons du mal à croire que certaines messes, notamment des messes de funérailles pouvaient durer jusqu’à 5 ou 6 heures! Que des cérémonies, comme les Quarante Heures d’Annemasse, revêtaient un faste baroque d’une incroyable complexité.

Pourquoi la liturgie est en crise? Parce que nous avons à la fois perdu le sens du sacré et le sens de la fête. Car la liturgie est une fête mais une fête selon le logos. Que sont les fêtes les plus baroques d’aujourd’hui? Sans aucun doute les  »rave » parties et leurs équivalents, fêtes dionysiaques d’une tristesse et d’une violence inouïe. Au logos a été substitué la violence, à la joie la tristesse, aux fastes la laideur.

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Rave Party ou liturgie?

Pour nous rendre compte de la perte de l’esprit de la liturgie et de son formidable appauvrissement, il suffit de contempler comment l’actuel Patriarche de Moscou célèbre la Divine Liturgie (consécration). Face à un tel exemple, nous catholiques, devrions avoir honte de célébrer le Seigneur comme nous le célébrons, et les communautés attachés à l’ancien rite, ne nous y trompons pas, sont aussi coupables que les curés les plus progressistes.

Je vous laisse prier devant la splendeur de la liturgie byzantine et faire votre examen de conscience liturgique :

 

 

 

 

Sacrifice, Représentation et Eucharistie (1ère Partie)

 « il voit (…) notre Seigneur agenouillé dans le Cénacle, lavant les pieds aux disciples, et leur distribuant par après son divin Corps en la sacrée Eucharistie. Il passe le torrent du Cédron, et va au jardin de Gethsémani, où son cœur se fond ès larmes d’une très aimable douleur, lorsqu’il s’y représente son cher Sauveur suer le sang en cette extrême agonie qu’il y souffrait (…) ». Finalement, le pèlerin meurt, son « cœur ouvert avec ce sacré mot gravé au dedans d’icelui : Jésus mon amour ! L’amour donc fit en ce cœur l’office de la mort, séparant l’âme du Corps sans concurrence d’aucune autre cause. » François de Sales, T.A.D. livre VII, ch.12.

Première approche de la question à l’aide de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia vivit

1/L’Eucharistie répond au désir du croyant d’être présent au drame qui le sauve

Dans sa dernière encyclique le Pape Jean-Paul II nous invite à renouveler notre émerveillement devant le don inouï du Christ dans l’Eucharistie. Le Pape va jusqu’à dévoiler une part de sa spiritualité eucharistique en nous faisant entrer dans sa propre méditation du mystère et dans les sentiments qui furent les siens lors de son voyage en Terre Sainte :
« Quand on célèbre l’Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient de manière quasi tangible à son ‘heure’, l’heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure. »(1)
Ce désir d’être présent au drame du Golgotha se fait particulièrement touchant dans ce passage :
« Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au jardin des Oliviers. Dans ce jardin, il y a encore aujourd’hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là , lorsque le Christ en prière ressentit une angoisse mortelle et que ‘‘sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre’’ (Lc 22,44) » (2)

Loin d’être une mièvrerie romantique, cette approche méditative et existentielle du mystère eucharistique nous montre que l’homme de foi, amoureux du Christ, veut suivre « l’Agneau partout où il va » (Ap14,4)).(3) Il porte en lui le désir de participer intimement à la Passion du Christ, d’être présent au lieu et à l’heure où Jésus s’est livré pour le Salut du monde. Ce désir, Jésus-Christ y répond dans l’Eucharistie qu’il institue lors de la Cène. Ainsi, ce sacrement nous rend présent les événements de la Pâque du Christ :

« l’institution de l’eucharistie au Cénacle est un moment décisif de sa constitution (de l’Eglise). Son fondement et sa source, c’est tout le Triduum pascal mais celui-ci est comme contenu, anticipé et ‘’concentré’’ pour toujours dans le don de l’Eucharistie. Dans ce don, Jésus-Christ confiait à l’Eglise l’actualisation permanente du mystère pascal. Par ce don, il instituait une mystérieuse ‘’contemporanéité’ entre le Triduum et le cours des siècles » (4)
Cette dernière expression se retrouve à la fin de l’encyclique où le Pape nous livre à nouveau des sentiments très personnels :
« Depuis plus d’un demi-siècle, chaque jour, à partir de ce 2 novembre 1946 où j’ai célébré ma première Messe dans la crypte Saint-Léonard de la Cathédrale du Wavel à Cracovie, mes yeux se sont concentrés sur l’hostie et sur le calice, dans lesquels le temps et l’espace se sont en quelque sorte ‘’contractés’’ et dans lesquels le drame du Golgotha s’est à nouveau rendu présent avec force, dévoilant sa mystérieuse ‘’contemporanéité’’. » (5)

2/ Le drame du Golgotha : récapitulation de toute l’histoire du monde Lire la suite

Sacrifice, Représentation et Eucharistie (introduction)

Dans sa Défense de l’Estendard de la Sainte Croix, St François de Sales écrit :

« il pense que pour représenter une chose il la faille ressembler de toutes pièces, ce qui est sot et ignorant ; car les plus parfaites images ne représentent que les linéaments et couleurs extérieures, et néanmoins on dit, et il est vrai, qu’elles représentent vivement. Les choses sont représentées par leurs effets, par leurs ressemblances, par leurs causes, et enfin, par tout ce qui en réveille en nous la souvenance ; car tout cela nous rend les choses absentes comme présentes. » Défense de l’Estendart de la Sainte Croix, livre I, ch VIII, Que la Croix représente la Passion de Nostre Seigneur

C’est sous la protection de St François de Sales que nous commençons la publication d’une série d’articles au sujet du difficile problème de la représentation sacramentelle du sacrifice de la Croix, l’Eucharistie.

Devant le mystère de l’Eucharistie, nous balbutions tels des enfants qui ne savent pas encore parler et qui pourtant veulent exprimer leur étonnement, formuler leur questionnement. Chez le petit de l’homme, le langage ne finit-il pas par émerger des sons encore informes qu’il émet ? L’effort théologique sur l’eucharistie n’est donc pas vain ; il forme dès ici bas le langage silencieux que nous parlerons lorsque nous aurons atteint l’état d’homme parfait, la plénitude de la stature du Christ. Lorsque nous verrons Dieu tel qu’il est dans sa lumière et par sa lumière.

Pourquoi ce sujet est-il si difficile ? Parce que l’esprit humain défaille devant la petite hostie ? Parce que dans ce sacrement la raison éprouve son impuissance à concilier ce que les sens continuent à lui dire et la vérité que la foi lui enseigne. Ce mystère ne peut donc être atteint que dans une profonde humilité qui ne supprime pas l’exercice de la raison. Bien au contraire, plus la raison creuse ce mystère, plus elle découvre sa richesse, plus la foi grandit dans le cœur du croyant dans une attitude d’humble adoration.

Une grande partie de l’effort théologique du second millénaire s’est concentré sur le mystère de la présence réelle et substantielle du Seigneur sous les espèces du pain et du vin. Déclenché par la première hérésie eucharistique, celle de Béranger de Tours, cet effort aboutit à l’admirable synthèse du 13e siècle qui s’exprime dans l’œuvre de saint Thomas d’Aquin. A partir de la Réforme, c’est le caractère sacrificiel de la Messe qui est remis en cause, notamment par Luther.

Au début du 3e millénaire, quelle partie du mystère est la plus mal comprise et la plus attaquée ? Le développement de l’adoration eucharistique dans certains milieux ecclésiaux est le signe d’une prise de conscience de la présence réelle et adorable de Jésus dans l’eucharistie. En va-t-il de même du caractère sacrificiel de la célébration eucharistique ? A-t-on suffisamment conscience que cette célébration ne nous donne pas seulement la présence substantielle du Christ mais nous met en contact avec le drame même du Calvaire selon un mode qu’il faudra préciser ? C’est bien cette crainte que Jean-Paul II exprime au début de son encyclique Ecclesia vivit de Eucharistia : « Parfois se fait jour une compréhension très réductrice du Mystère eucharistique. Privé de sa valeur sacrificielle, il est vécu comme s’il n’allait pas au-delà du sens et de la valeur d’une rencontre conviviale et fraternelle » (Ecclesia de Eucharistia vivit, n°10)

En effet, la religion chrétienne se heurte à la mentalité contemporaine qui refuse très largement l’idée de sacrifice. De l’idée vulgaire qui assimile la religion chrétienne à une morale gentillette aux théories les plus savantes d’un René Girard qui invite à une lecture non sacrificielle du Nouveau Testament, la notion même de sacrifice est profondément remise en cause au sein du christianisme.

Il nous faut donc profondément réhabiliter cette notion de sacrifice en l’approfondissant et en montrant toute sa profondeur et le sens qu’elle garde pour l’homme contemporain.