La vocation du métaphysicien

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Dans mon esprit, Saint François et St Thomas d’Aquin ne sont jamais très éloignés. La théologie de l’un a formé celle de l’autre, même si St François a pu s’éloigner des positions thomistes sur certains points (voir le post de Noël concernant les raisons de l’Incarnation). Le thomisme a longtemps pâti et pâtit toujours de la réputation d’être un intellectualisme, une métaphysique desséchée, sans âme et sans rapport avec l’Ecriture Sainte. A l’opposé, Saint François souffre de la réputation d’être trop sentimental et précieux, de baigner dans une onctuosité toute ecclésiastique, mielleuse et finalement hypocrite, avec un rapport à l’Ecriture trop simple et naïf.

Rien de plus faux bien entendu. St François tout comme St Thomas ont fait l’expérience que l’intellect seul n’est rien sans être jeté dans l’existence, ses drames et ses contradictions et que le coeur, sans la raison, conduit à tout justifier dans un sentimentalisme romantique et mièvre. Songeons un instant à la vie de St François, ses combats intimes (crises de Paris et de Padoue), ses combats religieux contre le calvinisme, l’énergie déployée pour la fondation de la Visitation. Il ne s’agit pas là d’une vie sentimentale et rêvée.

Je relis les admirables textes de Jacques et Raïssa Maritain qui permettent de mieux comprendre cet existentialisme chrétien. Je souhaitais en faire part à mes lecteurs. Ils montrent que la métaphysique thomiste est une métaphysique qui part d’une expérience vécue dans la chair, dans la sensibilité la plus profonde parce que le thomiste est toujours un amoureux du Christ crucifié :

« Vous voyez aussi par là quelle est la condition propre du métaphysicien thomiste ; puisse-t-il avoir des chairs délicates, être mollis carne comme saint Thomas lui-même. Il ne doit pas être seulement un intellect, non certes ! ses instruments sensoriels doivent être en bon état, il doit ressentir vivement et profondément les choses. Et il doit être jeté dans l’existence, entrer toujours plus à fond dans l’existence par une perception sensitive (et esthétique) aussi acérée que possible, par l’expérience de la souffrance et des conflits existentiels, pour aller dévorer là-haut, au troisième ciel de l’intelligence la substance intelligible des choses. » (J.Maritain, Sept Leçons sur l’être, Œuvres complètes, p.550)

« …cette faculté d’agir à la fois sur deux plans –celui de l’expérience concrète, nécessitante et douloureuse, et celui de la conception abstraite et libératrice, enracinée dans la même expérience… Il en fut ainsi pour moi, et cela me permet de vivre. Tout ce qui de la sphère de la sensibilité et de l’affection, et de toute expérience, peut passer dans celle de la vérité devient un instrument de libération. Veritas liberavit vos… Mais cette alchimie est en elle-même un rude labeur. Cette transfiguration peut donner la mort. » (Journal de Raïssa, p.223)

images - copie

Jacques et Raïssa Maritain

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