La mort de saint François de Sales et sa fête le 24 janvier

Saint François de Sales est mort le jour de la Fête de Saints Innocents à la Visitation de Lyon, le 28 décembre 1622. On ne peut s’empêcher d’y voir un signe du ciel révélant l’innocence de cette âme et sa relation toute particulière avec Jésus enfant.

Habituellement, la date de la fête d’un saint correspond au jour de sa mort, de sa naissance au ciel. Ce n’est pas le cas pour saint François puisque nous le fêtons le 24 janvier. Cette date correspond à la date de la translation de son corps dans sa chère ville d’Annecy, sa chère « Nessy » comme il disait.

Le jour de Noël 1622, donc deux jours avant sa mort, il redit aux soeurs de la Visitation de Lyon la primauté du monastère d’Annecy sur l’Ordre :

« Le Monastère de la Visitation qui ne voudra pas reconnaître notre petit Nessy avec une cordialité de déférence, avec une dépendance d’amour et un respect de charité qui tient tout en union, ne sera jamais capable de posséder l’adorable petit Enfant du pauvre Bethléem… Je laisse tout à la souveraine Providence de laquelle cet Institut est l’Enfant. »

Le jour de la Fête des Saints Innocents « sur les dix heures , on le saigna et environ les cinq heures du soir, outre un cataplasme de cantharides, les chirurgiens lui appliquèrent les  »bottons ardents » sur la nuque, d’où il sortit une grosse fumée. Quand on ôta le cataplasme on lui leva la peau du front. On l’entendait gémir doucement : Jésus, Marie. On essaya de lui faire peur : n’avait-il pas peur du diable? Il répondit : « Celui qui a commencé finira, finira, finira » et durant la respiration il ajouta : Jésus!. Alors, il perdit la parole. Vers midi et demi, il avait prié Pierre Pernet de lui répéter souvent ce verset :  »Mon coeur et ma chair ont exulté de joie dans le Dieu vivant » . François de Sales mourut donc d’amour et de joie le jour des Saints Innocents, vers huit heures du soir. » ( Lajeunie, t. II, pp. 406-407)

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 2 août 1911 : Translation des reliques de François de sales et de Jeanne de Chantal vers le nouveau monastère de la Visitation

Fête grandiose qui peut donner une idée de l’arrivée du corps à Annecy en janvier 1623.

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La vocation du métaphysicien

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Dans mon esprit, Saint François et St Thomas d’Aquin ne sont jamais très éloignés. La théologie de l’un a formé celle de l’autre, même si St François a pu s’éloigner des positions thomistes sur certains points (voir le post de Noël concernant les raisons de l’Incarnation). Le thomisme a longtemps pâti et pâtit toujours de la réputation d’être un intellectualisme, une métaphysique desséchée, sans âme et sans rapport avec l’Ecriture Sainte. A l’opposé, Saint François souffre de la réputation d’être trop sentimental et précieux, de baigner dans une onctuosité toute ecclésiastique, mielleuse et finalement hypocrite, avec un rapport à l’Ecriture trop simple et naïf.

Rien de plus faux bien entendu. St François tout comme St Thomas ont fait l’expérience que l’intellect seul n’est rien sans être jeté dans l’existence, ses drames et ses contradictions et que le coeur, sans la raison, conduit à tout justifier dans un sentimentalisme romantique et mièvre. Songeons un instant à la vie de St François, ses combats intimes (crises de Paris et de Padoue), ses combats religieux contre le calvinisme, l’énergie déployée pour la fondation de la Visitation. Il ne s’agit pas là d’une vie sentimentale et rêvée.

Je relis les admirables textes de Jacques et Raïssa Maritain qui permettent de mieux comprendre cet existentialisme chrétien. Je souhaitais en faire part à mes lecteurs. Ils montrent que la métaphysique thomiste est une métaphysique qui part d’une expérience vécue dans la chair, dans la sensibilité la plus profonde parce que le thomiste est toujours un amoureux du Christ crucifié :

« Vous voyez aussi par là quelle est la condition propre du métaphysicien thomiste ; puisse-t-il avoir des chairs délicates, être mollis carne comme saint Thomas lui-même. Il ne doit pas être seulement un intellect, non certes ! ses instruments sensoriels doivent être en bon état, il doit ressentir vivement et profondément les choses. Et il doit être jeté dans l’existence, entrer toujours plus à fond dans l’existence par une perception sensitive (et esthétique) aussi acérée que possible, par l’expérience de la souffrance et des conflits existentiels, pour aller dévorer là-haut, au troisième ciel de l’intelligence la substance intelligible des choses. » (J.Maritain, Sept Leçons sur l’être, Œuvres complètes, p.550)

« …cette faculté d’agir à la fois sur deux plans –celui de l’expérience concrète, nécessitante et douloureuse, et celui de la conception abstraite et libératrice, enracinée dans la même expérience… Il en fut ainsi pour moi, et cela me permet de vivre. Tout ce qui de la sphère de la sensibilité et de l’affection, et de toute expérience, peut passer dans celle de la vérité devient un instrument de libération. Veritas liberavit vos… Mais cette alchimie est en elle-même un rude labeur. Cette transfiguration peut donner la mort. » (Journal de Raïssa, p.223)

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Jacques et Raïssa Maritain

Pour la Fête de l’Epiphanie

Les Mages offrent à Jésus l’or, l’encens et la myrrhe pour nous inciter à offrir au Seigneur le meilleur de nous-mêmes. Et que peut-on offrir de meilleur sinon soi-même?

Dans ce plan pour le sermon de la Fête de l’Epiphanie du 6 janvier 1609, St François cite Sénèque :

« Un grand nombre de disciples offraient à Socrate de riches présents. Eschine, pauvre auditeur, lui dit : Pour moi, je ne trouve rien qui soit digne de toi, et c’est en cela que je me reconnais pauvre. C’est pourquoi je veux te donner le seul bien que je possède, moi-même ; je te prie d’agréer ce don et de croire que les autres, quoi qu’ils donnent beaucoup, se réservent encore davantage. Socrate répondit : Ton présent n’est petit que dans ta propre estime. J’aurai donc soin de te restituer un jour à toi-même meilleur que tu n’étais. » Sénèque, livre des Bienfaits, chap VII

Les Mages s’en retournèrent chez eux par une autre route. Ce qui signifie qu’ils furent rendus meilleurs par leur rencontre avec le Christ et ne repassèrent pas par les compromissions politiques et religieuses de leur arrivée.