Le mythe comme limite du langage humain? (3)

Bultmann était certainement pétri de l’idée que les premières communautés chrétiennes subissaient la double influence de la philosophie grecque et des sectes gnostiques. Pour lui, c’est donc dans un langage gnostique que s’exprime l’expérience existentielle de la rencontre des croyants avec la Parole de Dieu transcendante à l’occasion de  »l’événement Jésus-Christ. » Le propre de ce langage est de représenter le transcendant à l’aide du mondain : « on peut dire que les mythes donnent à la réalité transcendante une objectivité immanente à ce monde. Ils attribuent une objectivité mondaine à ce qui est non-mondain. »47 Lire la suite

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La méthode de Rudolf Bultmann (2)

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Heidegger et Bultmann

1/ le refus de l’histoire

A l’opposé de la tentative de réduction du Christ au Jésus de l’histoire, se trouve la réduction de Jésus au Christ de la foi. Enregistrant l’impossibilité de parvenir à une connaissance scientifique expérimentale des événements de l’histoire, on va tout simplement en faire abstraction pour s’intéresser à ce qui paraît plus accessible : le Jésus perçu et vécu par la communauté chrétienne primitive et par extension à la rencontre existentielle entre la Parole vivante de Dieu et l’homme d’aujourd’hui. Telle est la position de Bultmann : « il n’y a pas à poser la question de son origine historique (du Christ), mais sa véritable signification commence seulement à apparaître si précisément l’on ne se préoccupe plus de pareilles questions. »9 Cette attitude intellectuelle s’enracine peut-être dans une trop grande confiance accordée aux méthodes historico-critiques dont les résultats, comme nous avons essayé de le démontrer, ne pouvaient être que ridicules en considération de l’énergie intellectuelle déployée et de la comparaison avec les sciences expérimentales. Au lieu d’accepter paisiblement les limites propres de la connaissance historique, Bultmann déclare qu’on ne peut presque rien savoir du Jésus de l’histoire. Lire la suite

L’interprétation de l’Ecriture ou le problème herméneutique (1)

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Depuis que la Parole de Dieu a daigné se manifester dans une parole humaine recueillie comme Ecriture Sainte, elle a toujours sollicité la perspicacité de l’esprit humain. D’abord parce que le sens profond de l’Ecriture n’est jamais perçu d’emblée : l’Ecriture nécessite qu’on la creuse, qu’on la travaille, qu’on la médite. Ensuite parce que ce travail d’étude fait souvent apparaître ce qui semble être des contradictions, des apories, des obscurités ; le sens littéral recèle quantité d’histoires immorales, de crimes, d’incestes, de violences ou rapporte des faits invraisemblables.

Au fond, depuis toujours la Parole de Dieu heurte et scandalise le puritain et l’agnostique, elle aiguillonne ainsi le sens critique et le désir de comprendre ce qu’elle peut bien vouloir signifier. Face à cette Parole, chacun arrive avec ce qu’il est : le puritain ne voudra pas recevoir telles quelles toutes les histoires immorales de la Bible ; l’agnostique regardera avec ironie les vérités qu’elle révèle sur l’être divin. Ainsi, tout lecteur de la Bible procède nécessairement et la plupart du temps inconsciemment à une pré-interprétation de la Parole de Dieu. La lecture de l’Ecriture engage tout notre être. Si l’on ne veut pas en rester à cette première lecture purement subjective, il faut se doter d’une méthode ‘’objective’’ d’interprétation : une herméneutique. Objective dans le sens minimal qu’on fait l’effort de dire et de critiquer ses a priori de lectures en les confrontant à l’Ecriture elle-même, ou à d’autres instances qu’on juge apte à contrôler ses a priori. Lire la suite

De la nécessité des mythes et des images pour dire le mystère divin

Comme nous l’avons déjà vu à plusieurs reprises, une des originalités de St François réside dans une utilisation savante et maîtrisée des images et des références mythologiques. Toute son intelligence littéraire est engagée pour que ces images et ces histoires nous fassent goûter le mystère de Dieu et du Christ. Chrétien croyant dans la véracité de la parole biblique et humaniste reconnaissant la sagesse païenne, il ne se pose pas la question du fondement et de la légitimité de son langage.

Or, nous vivons dans un siècle où l’homme croit qu’il a dépassé les mythes, qu’il n’en a plus besoin. Dieu est devenu grâce à la science une hypothèse dont nous avons plus besoin. Pour accepter de lire St François, il ne faut pas avoir peur d’interroger le statut de la Parole de Dieu et des mythes tant bibliques que païens. Que nous disent les mythes, ce langage est-il définitivement dévalué et décrédibilisé?

A travers trois post, nous nous interrogerons sur ce problème difficile à partir de l’oeuvre majeure de Rudolf Bultmann, le père de la démythologisation. Nous nous éloignerons donc un temps de St François pour mieux comprendre la profondeur du langage biblique et de la nécessité absolue du mythe.

Première partie : Le problème herméneutique (cliquer pour ouvrir la page)

Deuxième Partie : La méthode de Rudolf Bultmann (cliquer pour ouvrir la page)

Troisième Partie : Le mythe comme limite du langage humain? (cliquer pour ouvrir la page)

 

Rudolf_Bultmann_Portrait

Rudolf Bultmann (1884-1976)