Comment lire Saint François de Sales?

Le style de St François pose une réelle difficulté au lecteur d’aujourd’hui. C’est à la fois un style d’une extrême sophistication de langage, de culture, de vocabulaire ; et en même temps, un style d’une langue qui se cherche.

En effet, en lisant St François de Sales, on pénètre dans les arcanes de la naissance du français littéraire. C’est le premier grand auteur spirituel de langue française. Il est le contemporain des auteurs de La Pléiade ; avec eux, il invente notre langue et la sort peu à peu de la gangue formelle du latin et de la rudesse des patois. C’est l’honneur de la Savoie d’avoir donné à la langue française St François de Sales, son ami le grand juriste Favre et le grammairien Vaugelas qui tous trois fondèrent l’Académie Florimontane, ancêtre de l’Académie française.

Mais tout cela ne répond pas à la question : comment lire St François aujourd’hui?  D’autant plus que, si on lit les textes dans l’orthographe d’origine, cela ajoute encore à la difficulté, car celle-ci n’est pas formée. Les brouillons des discours mélangent le latin, le français et parfois un mixte des deux… On voit naître littéralement notre langue dans cette recherche.

Faut-il donc, outre moderniser l’orthographe comme beaucoup d’éditions le font, réécrire dans le style de la langue d’aujourd’hui pour pouvoir lire St François de Sales?

Non car on perdrait ce qui en fait le charme : sa musicalité. Pour lire St François, il faut le lire comme on écoute la musique baroque contemporaine de notre saint. Il faut accepter d’entrer dans cette musicalité baroque…cette musique nous parle encore aujourd’hui car elle est dynamique, dansante malgré son extrême sophistication et préciosité. C’est en ayant cette musique dans l’oreille qu’il faut lire aujourd’hui St François, acceptant son exubérance et sa complexité.

Je vous propose une expérience : lire la finale du Traité de l’Amour de Dieu en écoutant un extrait d’une chaconne de Mérula, auteur qui vécut à la même époque que St François de Sales :

« Théotime, le mont Calvaire est le mont des amants. Tout amour qui ne prend son origine de la Passion du Sauveur est frivole et périlleux. Malheureuse est la mort sans l’amour du Sauveur : malheureux est l’amour sans la mort du Sauveur. L’amour et la mort sont tellement mêlés ensemble en la Passion du Sauveur, qu’on ne peut avoir au coeur l’un sans l’autre. Sur le Calvaire, on ne peut avoir la vie sans l’amour, ni l’amour sans la mort du Rédempteur. Mais hors de là tout est ou mort éternelle, ou amour éternel; et toute la sagesse chrétienne consiste à bien choisir; et pour vous aider à cela, j’ai dressé cet écrit, mon Théotime :

Il faut choisir, ô mortel,

En cette vie mortelle,

Ou bien l’amour éternel,

Ou bien la mort éternelle;

L’ordonnance du grand Dieu

Ne laisse point de milieu.

Ô amour éternel!  mon âme vous requiert et vous choisit éternellement! Hé! venez, Saint-Esprit, et enflammez nos coeurs de votre dilection.

OU AIMER OU MOURIR : MOURIR ET AIMER. MOURIR A TOUT AUTRE AMOUR, POUR VIVRE A CELUI DE JESUS, AFIN QUE NOUS NE MOURRIONS PAS ETERNELLEMENT; AINS QUE VIVANT EN VOTRE AMOUR ETERNEL, Ô SAUVEUR DE NOS ÂMES NOUS CHANTIONS ETERNELLEMENT:

VIVE JESUS!

J’AIME JESUS!

VIVE JESUS QUE J’AIME!

J’AIME JESUS QUI VIT ET REGNE ES SIECLES DES SIECLES.

AMEN.

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