La rocambolesque aventure des reliques de St François de Sales pendant la révolution française

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Ancienne chapelle du premier monastère de la Visitation d’Annecy.

Les tombeaux de St François de Sales et de Ste Jeanne de Chantal y demeurèrent jusqu’en 1793.

Actuelle église de la communauté italienne d’Annecy.

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« Alors que la Révolution prenait une tournure de plus en plus dramatique et antireligieuse, et suite aux décrets d’expropriation et d’expulsion de septembre 1792, les religieuses de la Visitation furent saisies de crainte à l’idée d’une violation des sépultures de Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal inhumés dans l’église de leur couvent. Une première fois en mars 1793, elles demandèrent au chirurgien Louis Rochette, de les aider à mettre ces dépouilles en lieu sûr. Le 23 mars, un transfert fut organisé de nuit jusqu’au château de Duingt, où les reliques furent cachées. Mais cette disparition fut éventée, et les religieuses durent ramener les corps des saints le 6 avril dans ce qui restait de leur église saccagée, leur couvent étant en cours de transformation en caserne.

Le 25 avril 1793, des voyous pénétrèrent dans l’église déserte et parvinrent à voler quelques pièces d’ornementation de la châsse de Saint François de Sales. Mais quelques mois plus tard, c’est l’ensemble de l’ornementation de la châsse qui était démantelée officiellement par les autorités municipales et revendu pour alimenter leur budget, comme le faisaient toutes les collectivités publiques avec toutes les œuvres d’art non mises à l’abri, principalement les biens d’Eglise. Les caisses contenant les ossements des deux saints furent alors transférées avec une partie du mobilier liturgique du couvent dans un coin de la sacristie de la cathédrale. Lire la suite

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Une rude leçon d’humilité : aimer sa propre abjection

On se fait encore trop souvent aujourd’hui une fausse image de la spiritualité salésienne ; elle serait douce sinon doucereuse, tranquille, facile à pratiquer et pas trop exigeante. C’est une erreur fondamentale qui méconnaît la terrible exigence de St François dans la vie spirituelle. Elle est sûrement due à une mauvaise appréhension du style de l’auteur et à une lecture trop rapide qui nous fait passer à côté de son caractère quasi subversif.

En voici un exemple.

Dans l’Introduction à la Vie Dévote, titre qui sonne à nos oreilles contemporaines comme un peu ridicule, St François développe sur 4 chapitres son enseignement au sujet de la vertu d’humilité. Un des chapitres s’intitule : « Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection » Que peut bien vouloir dire St François? Encore aujourd’hui, cette expression nous choque et nous réveille de notre torpeur spirituelle. Aimer notre propre abjection, c’est-à-dire nos faiblesses, nos limites, ce qui en nous est blessé ou même tordu… ce que nous aimerions cacher et ou ce dont nous ne sommes pas très fiers. Nous voulons bien devenir martyr, se faire admirer des hommes pour le sens de notre charité, de notre engagement ou de certaines vertus virils mais se complaire dans nos propres limites, non! Telle est pourtant la véritable humilité.

St François donne plusieurs images pour montrer ce qu’est l’abjection. L’image la plus forte est sans aucun doute celle de l’apparence physique, elle nous parle encore aujourd’hui :

« Une personne a un chancre au bras, et l’autre l’a au visage : celui-là n’a que le mal, mais celui-ci, avec le mal, a le mépris, le dédain, et l’abjection. Or, je dis maintenant qu’il ne faut pas seulement aimer le mal, ce qui se fait par la vertu de patience ; mais il faut aussi chérir l’abjection, ce qui se fait par la vertu d’humilité. »

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« Tombant emmi la rue, outre le mal l’on en reçoit de la honte ; il faut aimer cette abjection. »

« Mais quoique nous aimions l’abjection qui s’ensuit du mal, si ne faut-il pas laisser de remédier au mal qui l’a causée, par des moyens propres et légitimes, et surtout quand le mal est de conséquence. Si j’ai quelque mal abject au visage, j’en procurerai la guérison, mais non pas que l’on oublie l’abjection laquelle j’en ai reçue. »

« Ah! qui nous fera la grâce de pouvoir dire avec ce grand Roi :  »J’ai choisi d’être abject en la maison de Dieu, plutôt que d’habiter ès tabernacles es pécheurs (Ps 83,11) »? Nul ne le peut, chère Philothée, que Celui qui pour nous exalter, vécut et mourut en sorte qu’il fut l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple (Ps 21,7). »

Et St François de conclure en ayant conscience de la dureté de ce conseil :

« Je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures quand vous les considérerez ; mais croyez-moi, elles seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez. »

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Le Christ outragé : Voici l’Homme!

Lien vers le chapitre VI de la Troisième Partie de l’Introduction à la Vie Dévote : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3eme_partie_1.html

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (4) Prévôt du Chapitre de Genève

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L’actuel Palais de Justice de Chambéry, ancien Sénat de Savoie, avec la statut d’Antoine Favre

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Le 5 septembre 1591, François est fait docteur en droit de l’université de Padoue. Il peut enfin rentrer en Savoie et retrouver les siens. A son retour de Padoue en février 1592, les choses vont s’enchaîner très vite. Intérieurement, sa résolution est prise, il sera prêtre. Reste à convaincre son père, M. de Boisy, qui veut en faire un sénateur de Savoie, c’est-à-dire un haut magistrat à qui s’ouvrirait toutes les portes des plus hautes charges du duché de Savoie jusqu’à devenir probablement un conseiller du duc.

Mais François a d’autres ambitions, il veut être d’Eglise et il le sera. Sous la pression de son père, il s’inscrit néanmoins au barreau de Chambéry comme avocat le 24 novembre 1592. Il figurera au barreau jusqu’en 1597 et plaidera plusieurs affaires pendant cette période.

Un événement incroyable va pousser François à révéler sa vocation à son père et à ses amis : son exceptionnelle nomination au poste de Sénateur de Savoie par lettres patentes du duc de Savoie avec dérogation d’âge. On ne pouvait pas accéder à un poste de Sénateur avant l’âge de 30 ans et François n’en avait que 24.

Or, François va refuser cette exceptionnelle promotion et révéler son désir de devenir prêtre. Une autre nomination, tout aussi exceptionnelle, va aider M. de Boisy à accepter la volonté de François. Elle vient directement de Rome : François est nommé à la charge de Prévôt du Chapitre de Genève par Bulles papales du 7 mars 1593. Les Bulles arrivent en Savoie, le 7 mai. Le lendemain a lieu une entrevue entre François et son père qui lui donne finalement sa bénédiction.

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Village de Lathuile au bord du lac d’Annecy où la famille de Sales possédait un petit château

Le 9 mai, il revêt la soutane dans l’église de Lathuile.

Le 10 mai, il présente ses Bulles à François de Chissé, vicaire général.

Le 11 mai, il prête serment d’observer les statuts et les coutumes de cette Eglise (celle de Genève) et fidélité au Pape et à ses successeurs.

Le 12 mai, il prend possession officiellement de sa charge « par le baiser du grand autel avec toutes les cérémonies accoutumées »

On le presse alors d’accepter la charge de Sénateur. En effet, rien n’empêchait de cumuler les deux charges. Son prédécesseur, le Sieur Empereur, avait cumulé les deux, au point d’ailleurs d’abandonner complètement sa stalle de prévôt dans le coeur de la petite cathédrale d’Annecy, préférant les incroyables fastes et prestiges du Sénat de Savoie. Son grand ami, Antoine Favre, lui écrit en octobre 1593 pour le pousser à accepter :

« Comment si jeune, parmi tant de troubles et de malheurs, refuser une dignité si grande dont on l’a, chose nouvelle, si vite et si justement jugé digne? Le sacerdoce n’est pas une raison de refuser. Que d’évêques, que d’abbés en ce Sénat! Messire Empereur lui-même était un théologien des plus appliqués. Les sénateurs après tout ne sont-ils pas comme des prêtres, traitant du saint mystère des choses humaines et divines? Le duc et le Sénat ne sauraient refuser au prévôt pour la théologie tout le temps désirable. »

Mais François tint bon.

Voici la chronologie jusqu’à son ordination :

– 18 mai au 26 mai 1593, grande retraite préparatoire aux Ordres, faite au château de Sales

– 9 juin : il reçoit les ordres mineurs ( portier, exorciste, lecteur, acolyte)

– 12 juin : sous-diaconat

– juin-septembre : intense période de prédications

– 18 septembre : diaconat

– 18 décembre : ordination presbytérale à Thorens

– 21 décembre : première Messe à Annecy

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59518881Stalles des chanoines du chapitre de la cathédrale St Pierre de Genève qu’ils ne retrouveront jamais.

Calvin aura la bonne idée de ne pas détruire ce chef d’oeuvre d’ébénisterie du XVe siècle