Troisième Dimanche de Carême : des images pour comprendre et se souvenir

Saint François de Sales est très connu pour son utilisation fréquente d’images de toutes sortes et de toute nature pour illustrer et faire comprendre par analogie les réalités invisibles et spirituelles dont il veut parler. Toute la nature est invitée par St François à illustrer son propos spirituel ou théologique, les animaux, les insectes, les plantes et mêmes le monde minéral, ses chères montagnes de Savoie. Il fait aussi appel aux grands auteurs latins et grecs, avec St François nous sommes dans cette Renaissance humaniste qui redécouvre les grands textes de l’Antiquité. Mais c’est surtout la Parole de Dieu elle-même qui est invitée à offrir aux croyants les images dont il a besoin pour comprendre les réalités divines, la Parole de Dieu elle-même use de cette pédagogie des images.

L’homme a besoin d’image, son intellect réclame l’image pour comprendre, l’abstraction part d’une image et y revient. L’homélétique actuelle est de ce point de vue  très pauvre. Elle est trop abstraite, trop intellectuelle. Et se voulant intellectuelle, abandonnant les images – comparaisons et analogies- elle se retrouve vide et sans contenu intellectuel, elle n’est pas nourrissante. De plus, les images, en frappant l’esprit, permettent à la mémoire de se souvenir de la relation d’analogie établit par l’orateur. Bref sans images, pas de bons sermons, pas d’enseignement profond, pas de nourriture pour l’âme.

Dans ce sermon pour le troisième dimanche du Carême 1615, St François de Sales, donne un enseignement sur l’oraison et sur sa cause finale, sa raison ultime. Pour ce faire, il reprend des concepts aristotéliciens, et donne un enseignement sur les différents modes de fonctionnement de notre raison :

« Quatre actions appartiennent à notre entendement : la simple pensée, l’étude, la méditation et la contemplation.

Les pensées sont les mouches qui se bousculent dans notre pauvre tête sans ordre et sans finalité. C’est  le fonctionnement le plus pauvre et le plus extérieur de notre intellect. Ces mouches sont souvent pour la prière un obstacle ; ce sont les fameuses distractions.

« La simple pensée est lorsque nous allons courant sur une grande diversité de choses, sans aucune fin, comme font les mouches qui se vont posant sur les fleurs sans en prétendre tirer aucun suc, ains s’y posent seulement par ce qu’elles s’y rencontrent. (Ces pensées) apportent un grand empêchement à l’oraison. »

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L’étude ressemble aux hannetons qui se roulent avec délice dans le pollen et y retirent tous les sucs avec précaution :

« Une autre action de notre entendement est l’étude, et celle-ci se fait lorsque nous considérons les choses seulement pour les savoirs, pour les bien entendre et pour en pouvoir bien parler, sans avoir d’autre fin que de remplir notre mémoire ; et en cela nous ressemblons aux hannetons qui se vont posant sur les roses, non pour autre fin que pour se saouler  et se remplir le ventre. »

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Pour illustrer ce qu’est la méditation, St François fait alors appel aux images de l’Ecriture Sainte et au grand roi Ezechias : l’âme qui médite crie vers Dieu comme un oisillon qui attend sa mère pour le nourrir et prie silencieusement, de l’intérieur comme la colombe :

« Venons à la méditation. Pour savoir ce qu’est la méditation, il faut entendre les paroles du roi Ezechias lorsque la sentence de mort lui fut prononcée, : « Je crierai comme le poussin de l’hirondelle et méditerait comme la colombe  au plus fort de ma douleur. » Is 38, 14

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« Il faut savoir que tous les oiseaux ont accoutumé d’ouvrir le bec lorsqu’ils chantent ou gazouillent, hormis la colombe, laquelle fait son petit chant ou gémissement retenant sa respiration au dedans d’elle, et par le roulement  et retour qu’elle fait de son haleine sans la laisser sortir, en réussit son chant. De même, la méditation se fait lorsque nous arrêtons notre entendement sur un mystère duquel nous prétendons tirer de bonnes affections, car si nous n’avions pas cette intention,ce ne serait plus méditation mais étude. La méditation se fait donc pour émouvoir les affections et particulièrement celle de l’amour. »

COLOMBE DE L'ESPRIT

Dans ce qui semble des notes de préparation en latin pour ce sermon du troisième dimanche du Carême 1615, St François garde les deux premières analogies mais relie la méditations aux abeilles et la contemplation à la reine des abeilles :

« Cogitatio similis muscis, studium aux hanethons, meditatio apibus, contemplatio regi apum. »

L’image des abeilles chez Saint François est très chère à son coeur et pourrait nourrir un livre entier, j’y reviendrai dans d’autres articles. Notons simplement ici que pour lui, le sommet de la vie de l’esprit n’est pas signifié par la colombe mais par l’abeille :

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« La quatrième action de notre entendement est la contemplation, laquelle n’est autre chose que se complaire au bien de Celui que nous avons connu en la méditation et que nous avons aimé par le moyen de cette connaissance. »

La cause finale de l’oraison est la louange éternelle de Dieu, elle est un école pour cette louange qui se fera sans fin au Ciel :

« Nous devons savoir que toutes choses sont créées pour l’oraison et que lorsque Dieu créa l’ange et l’homme il le fit à fin qu’ils le louassent éternellement là-haut au Ciel. »

Sermon pour le Troisième Dimanche de Carême, 22 mars 1615, pp. 46-50, Oeuvres, Ed. de la Visitation, Tome IX, et  Fragments d’un sermon pour le troisième dimanche de Carême , 22 mars 1615,Tome VIII, p.168

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