Thorens, patrie de St François

St François de Sales est né en 1567 au château de Sales à Thorens, un petit village du Genevois savoyard situé entre La Roche-sur-Foron et Annecy, au pied du plateau des Glières, haut-lieu de la résistance savoyarde pendant la Seconde Guerres mondiale… Il y sera baptisé et ordonné évêque de Genève en 1602 dans l’église paroissiale qui conserve encore aujourd’hui son coeur du XVe siècle.

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Thorens-Glières avec au fond le plateau des Glières

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Château de Thorens, aujourd’hui propriété de la famille de Roussy de Sales

L’actuel château de Thorens est entré dans la famille de Sales en 1602 mais St François naquit un peu plus haut dans le château de Sales dont il ne reste rien. Une petite chapelle signale l’emplacement de la chambre où naquit St François. Cette chapelle est aujourd’hui la nécropole de la famille de Roussy de Sales. Le dernier comte de Thorens y a été inhumé en 1999.

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Emplacement du château de Sales

Dans la chapelle de l’ancien château de Sales, saint François reçut de Dieu l’inspiration de créer l’ordre de la Visitation. La croix de pierre du XIXème siècle située en face de l’actuelle chapelle de Sales indique ce lieu précis.

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La nudité du Christ sur la Croix – Vendredi Saint 2013

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Michel-Ange Christ nu sur la Croix – Crucifix de Santo Spirito à Florence

« Je demande pourquoi Notre Seigneur voulut être tout nu sur la croix. La première raison fut parce que , par sa mort, il voulait remettre l’homme en état d’innocence, et les habits que nous portons sont la marque du péché. Ne savez-vous pas qu’Adam tout aussitôt qu’il eut prévariqué commença à avoir honte de lui-même, et se fit au mieux qu’il put des vêtements de feuilles de figuier? car avant le péché il n’y avait point d’habits et Adam était tout nu. Le Sauveur par sa nudité même montrait qu’il était la pureté même, et de plus, qu’il remettait les hommes en état d’innocence.

Mais la principale raison fut pour nous enseigner comment il faut, si nous voulons lui plaire, nous dépouiller et réduire notre coeur en la même nudité qu’était son sacré corps, le dépouillant de toutes sortes d’affections et prétentions, à fin qu’il n’aime ni désire autre que lui.

Un jour le grand abbé Serapion fut trouvé tout nu dans une rue par quelques uns de ses amis ; ceux-ci, émus de compassion, lui dirent : qui vous a mis dans un tel état et qui vous a ôté vos habits. Oh, dit-il, c’est ce livre qui m’a ainsi dépouillé , parlant du livre des Evangiles qu’il tenait.

Et moi, je vous assure que rien n’est si propre à nous dépouiller, que la considération de l’incomparable dépouillement et nudité du Sauveur crucifié. »

Sermon pour le Vendredi Saint , 28 mars 1614

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Crucifix en bois de tilleul attribué à Michel-Ange

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (3)

Les prédécesseurs de St François de Sales : les premiers évêques tridentins de Genève,  Ange Justiniani (1568-1578) et Claude de Granier (1578-1602)

C’est un religieux Cordelier de très grande culture qui succéda à François de Bachod : Ange Justiniani (sa notice biographique en italien : http://www.treccani.it/enciclopedia/angelo-giustiniani_(Dizionario-Biografico)/). Il fut le premier évêque de Genève qui résida effectivement à Annecy. Depuis le départ de Pierre de la Baume de Genève jusqu’à l’arrivée d’Ange Justiniani à Annecy, le diocèse fut donc sans évêque résident pendant 35 ans.  Ange Justiniani est né à Gênes en 1520, il était « Docteur en théologie, professeur à Padoue et à Gênes, helléniste remarquable, il fut en outre confesseur du duc de Savoie Emmanuel-Philibert qui le fit nommer à l’évêché de Genève par bulles du 13 octobre 1568. Il fit son entrée solennelle à Annecy le 22 mai suivant et décida d’y fixer sa résidence. La petite ville deviendra dés lors le siège définitif de l’évêché malgré l’espoir de recouvrer Genève auquel ne renoncèrent jamais les évêques successifs qui continuèrent à s’intituler évêques et princes de Genève. « 

L’absence de l’évêque pendant presque 35 ans donna au chapitre et à quelques fortes personnalités ecclésiastiques la fâcheuse habitude de se croire indépendants de toute hiérarchie et d’être maître du diocèse. En outre, le Concile de Trente, qui venait de s’achever, ne portait pas encore ses fruits et on pouvait constater un relâchement général de la discipline ecclésiastique jusque dans les cloîtres réputés les plus austères.

Ange Justiniani voulut promulguer officiellement les décrets du Concile de Trente mais il se heurta à la double hostilité du clergé et du Sénat de Savoie qui interdit la publication intégrale de ces canons, notamment ceux concernant la discipline ecclésiastique. Le nouvel évêque se heurta aussi à l’hostilité du chapitre qui souhaitait garder ses prérogative d’indépendance par rapport à l’évêque et à sa juridiction.

Fatigué et sans doute usé par ces hostilités cléricales et politiques, Ange Justiniani démissionna de sa charge en faveur d’un jeune abbé bénédictin, Claude de Granier, prieur de l’abbaye de Talloire, avec lequel il permuta sa charge en décembre 1578. Molesté par les moines de l’abbaye, Ange Justiniani s’enfuit et se retira à Gênes où il mourut en 1596.

Où l’on voit donc que Benoît XVI n’est pas le premier prélat à devoir démissionner face à la sourde hostilité du petit monde clérical.

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Abbaye de Talloire, devenue aujourd’hui un hôtel de luxe

Claude de Granier va être la grande figure du diocèse pendant 24 ans. Prédécesseur direct de St François, c’est à lui qu’on doit le début de la reprise en main du diocèse. On notera sa ressemblance physique avec St François.

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Claude de Granier est un véritable savoyard comme François. Il fit ses étude à Annecy, où le chanoine de Genève, Eustache Chappuis, ambassadeur de Charles Quint à la cour d’Henri VIII, avait fondé un collège en  1549. (Ce collège, fermé en 1888, est l’ancêtre de l’actuel Lycée Berthollet d’Annecy où se trouve un portrait monumental du fondateur.) Claude entra très jeune à l’abbaye de Talloire dont il devint abbé commendataire à l’âge de 15 ans! Autre temps, autre moeurs…

Il continua ses études à Rome où il obtint le grade de docteur et rentra à son abbaye pour essayer d’y remettre un peu d’ordre mais il se heurta à une opposition violente et  faillit y laisser sa vie! On comprend qu’il n’hésita pas à laisser sa place à Mgr Justiniani qui rencontra les mêmes résistances.

« Nommé évêque de Genève par bulles du 15 décembre 1578, il est sacré dans l’église St-Dominique d’Annecy, le 26 avril 1579. Il entreprend aussitôt la réforme du diocèse à laquelle il va consacrer toute son action. En 1580 et 1581, il en visite toutes les paroisses. Il est amené à prendre tout une série de mesures qui amorce un véritable renouveau de la vie religieuse. Il mourut à Polinges en 1602 au retour du jubilé de Thonon auquel il avait participé. »

Claude de Granier remarqua immédiatement François de Sales et tout le bénéfice qu’il pourrait tirer de ce jeune noble, pieux, savant et aimé du peuple pour l’administration de son diocèse. Il en fit son prévôt et son bras armé pour la reconquête à la foi catholique du Chablais et de Genève.

Dans une lettre adressée au pape Clément VIII, Saint François de Sales lui rendit un vibrant hommage :

« Homme de foi antique, de moeurs antiques, d’antique piété et d’antique constance, il est digne assurément d’immortalité et sa mémoire mérite d’universelles bénédictions. »

(Les citations et sources de ce post sont tirés du livre : Le diocèse de Genève-Annecy dit; Henri Baud Ed. Beauchesne 1985)

La crise spirituelle de Paris décembre 1586-janvier 1587 : du désespoir au total abandon

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Cet épisode célèbre de la vie de St François explique peut-être son extraordinaire dimension spirituelle car, à seulement 20 ans, il fit l’expérience spirituelle ultime de l’abandon de Dieu et du sentiment d’être damné, comme le Christ sur la Croix :

« vers la neuvième heure, Jésus clama un grand cri : Eli, Eli lema Sabachtani?, c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné? » Mt 27, 46

« Dieu le fit péché pour nous » 2Co 5, 21

Sainte Jeanne de Chantal rapporte les éléments centraux de cette crise spirituelle et d’angoisse : « Il tomba en une grande tentation et extrême angoisse de l’esprit. Il lui semblait absolument qu’il était réprouvé et qu’il n’y avait point de salut pour lui. »

Le surmenage intellectuel et spirituel d’un jeune homme de 20 ans au coeur du bouillonnement théologique de l’université de Paris enflammée par les discussions au sujet de la justification et de la prédestination ( la doctrine du Concile de Trente n’était pas encore digérée), la montée du désir de la chair opposée au désir de pureté, et tout simplement l’action de la grâce de Dieu dans cette âme appelée à de très grands desseins expliquent cette crise d’une violence inouïe. Dieu affûte de manière très particulière ses outils de prédilection. On peut retrouver ce type d’épreuves extrêmes, spirituelles ou humaines, dans la vie de presque tous les grands saints.

André Ravier S.J. explique dans sa biographie de référence (« Un Sage et un Saint – François de Sales) qu’ :« il faut avancer avec prudence en ces analyses mais cette crise semble surgir d’un conflit violent entre l’élan spirituel qu’avait déclenché chez François le commentaire du prestigieux Génébrard sur le Cantique des Cantiques et les doutes sur son salut éternel qui firent naîtres dans son esprit la doctrine de St Augustin et de St Thomas sur la prédestination, telle que la présentaient les docteurs de Sorbonne. »

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Le problème de la prédestination est sûrement un des plus difficiles qui soit, quant au Cantique des Cantiques, il fait partie des livres de la Bible dont la lecture est interdite par la tradition rabbinique aux moins de trente ans sous peine de mort!!!

Saint François de Sales connaissait ces mises en garde : « Origène et saint Jérôme, celui-là en sa préface sur le Cantique, celui-ci en la sienne sur Ezéchiel, récitent qu’il n’était pas permis aux Juifs avant l’age de trente ans, de lire les trois premiers chapitres de la Genèse, le commencement et la fin d’Ezéchiel ni le Cantique des Cantiques, pour la profondeur de leur difficulté, en laquelle peu de gens peuvent nager sans s’y perdre ; et maintenant chacun en parle, chacun en juge, chacun s’en fait accroire. » Les Controverses, partie II, ch. I, article X, De la profanation des Ecritures par la facilité qu’ils prétendent être en l’intelligence de l’Ecriture.

A seulement 20 ans, St François affronte donc les doctrines théologiques les plus difficiles et la lecture des livres bibliques les plus mystérieux. Cela peut aussi expliquer cette crise car il n’avait peut-être pas toute la science nécessaire et toute l’expérience spirituelle qui lui auraient permis de faire face à la crise d’angoisse qu’il traversait.

La vie spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille et certaines lectures ou recherches sont une véritable aventure dans laquelle l’âme risque sinon de se perdre du moins de se blesser.

Dans ses notes d’étudiants, on a retrouvé ce texte qui montre l’intensité de la crise spirituelle à quelque jour de son dénouement :

« Moi, misérable, serais-je donc privé de la grâce de Celui qui m’a fait goûter si suavement ses douceurs et qui s’est montré à moi si aimable? Ô Amour, ô charité, ô Beauté en laquelle j’ai mis toutes mes affections. Hé! Je ne jouirai donc plus de ces délices et vous ne m’abreuverez plus des torrents de votre volupté. Ô vierge, agréable entre les filles de Jérusalem, je ne vous verrai donc jamais au royaume de votre Fils? Et jamais donc je ne serai fait participant à cet immense bénéfice de la Rédemption? Et mon doux Jésus n’est-il pas mort aussi bien pour moi que pour les autres? Ah! quoi qu’il en soit, Seigneur, pour le moins, que je vous aime en cette vie, si je ne puis vous aimer en l’éternel. »

« Ces confidences tragiques de François datent de 1586. En décembre de cette année la tension atteint un degré quasi insupportable, même physiquement. Il n’en peut plus. Et aucune issue ne semble possible à ce drame spirituel. » André Ravier, op. cit. 

Cependant, dans la dernière phrase du texte réside déjà la solution à la crise : la supposition impossible. C’est donc par un paradoxe absolu que se résout une crise spirituelle  elle aussi paradoxale.

« En janvier 1587, revenant seul du collège, il entra, à son accoutumée, dans l’église dominicaine de Saint-Etienne-de-Grès. « C’était le jour qu’il plut à Dieu de le délivrer » : selon le mot de Mère de Chantal. et il fait alors un acte d’abandon héroïque : »

L’acte de pur amour de St François de Sales :

« Quoi qu’il arrive, Seigneur, vous qui tenez tout dans votre main, vous dont toutes les voies sont justice et vérité ; quoi que vous ayez décrété à mon égard dans l’éternel secret de votre prédestination et de votre réprobation, vous dont les jugements sont un abîme immense, vous qui êtes un Juge toujours juste et un miséricordieux Père, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie. Au moins en cette vie je vous aimerai s’il ne m’est pas donné de vous aimer dans l’éternelle vie! Si mes mérites l’exigeant, je dois être maudit parmi les maudits…accordez-moi de n’être pas de ceux qui maudiront votre Nom. » 

Après avoir récité devant la statut de la Vierge Noire le Souvenez-vous, « il lui sembla que son mal était tombé sur ses pieds comme des écailles de lèpre. » (Ste Jeanne de Chantal)

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Statut de Notre Dame de Bonne Délivrance devant laquelle St François fut guéri.

Cette statut se trouve aujourd’hui dans une chapelle  du Pavillon Adélaïde, vestige du château royal de Neuilly (boulevard d’Argenson, 52)

Sub tuum

praesidium

confugimus,

sancta Dei Genitrix :

nostras deprecationes

ne despicias

in necessitatibus,

sed a periculis cunctis

libera nos semper,

Virgo gloriosa

et benedicta.

Le Sub Tuum Praseidium dans la tradition byzantine russe

Cinquième Dimanche de Carême : La Croix représentation de la Passion du Christ

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La première grande oeuvre publiée par St François de Sales est la Défense de l’Estendart de la Sainte Croix. Ce livre est une controverse contre certains écrits réformés qui considéraient l’adoration de la Croix et même sa simple représentation comme une idolâtrie. On remarque d’ailleurs encore aujourd’hui l’absence totale de croix dans les église réformées calvinistes.

Un des arguments avancés par St François de Sales est lié au concept de représentation, très important concept pour la théologie eucharistique :

« il pense que pour représenter une chose il la faille ressembler de toutes pièces, ce qui est sot et ignorant ; car les plus parfaites images ne représentent que les linéaments et couleurs extérieures, et néanmoins on dit, et il est vrai, qu’elles représentent vivement. Les choses sont représentées par leurs effets, par leurs ressemblances, par leurs causes, et enfin, par tout ce qui en réveille en nous la souvenance ; car tout cela nous rend les choses absentes comme présentes. Or, que le bois de la Croix représente la Passion de Notre Seigneur, la chose est de soi trop claire : l’infaillible rapport que la Croix a au Crucifix ne peut moins opérer que cette représentation. » Saint François de Sales, Défense de l’Estendart de la Sainte Croix, livre I, ch VIII, Que la Croix représente la Passion de Nostre Seigneur

St François reprend la doctrine de Saint Thomas d’Aquin qui va encore plus loin en affirmant que la Croix du Christ a été unie au Verbe par mode de représentation ( en tant qu’image) et par mode de contact (en tant que relique). C’est pourquoi, elle est appelée dans l’Ecriture le signe du Fils de l’Homme. (Somme Théologique III Q25, a4, sol 2 et 3 a3 s3)

 Saint François parle aussi de la relique de la vraie Croix :

«  Ruffin parlant de la pièce de la croix qu’Hélène laissa à Jérusalem, il dit : qu’elle soit encore gardée de son temps avec une soigneuse vénération pour souvenance et mémoire. (…) Ainsi Constantin le Grand, en l’épitre à Macaire, apelle les lieux du sépulcre et Croix de Notre Seigneur : Significationem Passionnis sanctissimae » Signe de la très sainte passion » (ibidem)

Ecoutons le témoignage si émouvant de Jean-Paul II dans sa dernière encyclique Ecclesia de Eucharistia lorsqu’il fut au contact des lieux de la Passion:

« Quand on célèbre l’Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient de manière quasi tangible à son ‘heure’, l’heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°4

Ce désir d’être présent au drame du Golgotha se fait particulièrement touchant dans ce passage :

« Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au jardin des Oliviers. Dans ce jardin, il y a encore aujourd’hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là , lorsque le Christ en prière ressentit une angoisse mortelle et que ‘‘sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre’’ (Lc 22,44) » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

On ne peut être que frappé par la ressemblance de ce passage de l’encyclique avec un chapitre du Traité de l’Amour de Dieu de St François de Sales où celui-ci, pour illustrer sa doctrine de la mort d’amour, développe l’histoire d’un pèlerin se rendant sur les lieux de la Passion : « il voit (…) notre Seigneur agenouillé dans le Cénacle, lavant les pieds aux disciples, et leur distribuant par après son divin Corps en la sacrée Eucharistie. Il passe le torrent du Cédron, et va au jardin de Gethsémani, où son cœur se fond ès larmes d’une très aimable douleur, lorsqu’il s’y représente son cher Sauveur suer le sang en cette extrême agonie qu’il y souffrait (…) ». Finalement, le pèlerin meurt, son « cœur ouvert avec ce sacré mot gravé au dedans d’icelui : Jésus mon amour ! L’amour donc fit en ce cœur l’office de la mort, séparant l’âme du Corps sans concurrence d’aucune autre cause. » T.A.D. livre VII, ch.12.

Cette doctrine de la mort d’amour lui permet de montrer que la mort du Christ est un vrai sacrifice : « il remet son esprit à son Père, pour montrer que, comme il avait assez de force et d’haleine pour ne point mourir, il avait aussi tant d’amour, qu’il ne pouvait plus vivre sans faire revivre par sa mort ceux qui sans cela ne pouvaient jamais éviter la mort, ni prétendre à la vraie vie. C’est pourquoi la mort du Sauveur fut un vrai sacrifice et sacrifice d’holocauste que lui-même offrit à son Père pour notre rédemption. (…) Il fut donc le sacrificateur lui-même qui s’offrit à son Père, et s’immola en amour, à l’amour, par l’amour, pour l’amour et d’amour. » T.A.D. livre X, ch. 12

Mais c’est l’eucharistie elle-même qui s’identifie ontologiquement au sacrifice de la Croix et nous rend contemporain de ce sacrifice d’amour :

« l’institution de l’eucharistie au Cénacle est un moment décisif de sa constitution (de l’Eglise). Son fondement et sa source, c’est tout le Triduum pascal mais celui-ci est comme contenu, anticipé et ‘’concentré’’ pour toujours dans le don de l’Eucharistie. Dans ce don, Jésus-Christ confiait à l’Eglise l’actualisation permanente du mystère pascal. Par ce don, il instituait une mystérieuse ‘’contemporanéité’ entre le Triduum et le cours des siècles »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°3

 Cette dernière expression se retrouve à la fin de l’encyclique où le Pape nous livre à nouveau des sentiments très personnels :

« Depuis plus d’un demi-siècle, chaque jour, à partir de ce 2 novembre 1946 où j’ai célébré ma première Messe dans la crypte Saint-Léonard de la Cathédrale du Wavel à Cracovie, mes yeux se sont concentrés sur l’hostie et sur le calice, dans lesquels le temps et l’espace se sont en quelque sorte ‘’contractés’’ et dans lesquels le drame du Golgotha s’est à nouveau rendu présent avec force, dévoilant sa mystérieuse ‘’contemporanéité’’. » Ecclesia de Eucharistia vivit, n°59

Les verbes ‘’contracter’’ et ‘’concentrer’’ concernent l’événement pascal dans lequel est ‘’contenu’’ toute l’histoire. Doit-on voir ici une allusion à la doctrine de la récapitulation explicitement évoquée au n°5 :« Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un ‘’contenu’’ vraiment énorme, dans lequel est présent toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. »Ecclesia de Eucharistia vivit, n°5

Il y a donc une montée dans l’abstraction parallèlement à une montée vers la réalité même, ontologique et signifiante du sacrifice de la croix :

– la relique de la croix unie au Christ par mode de contact

– les différentes représentations artistiques de la croix unies au Christ par mode de représentation

– l’eucharistie qui nous met au contact même du mystère par mode de représentation sacramentelle

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Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (2)

Les prédécesseurs de Saint François de Sales : les neveux de  Pierre de la Baume, népotisme et non résidence des évêque avant le Concile de Trente

Pierre de la Baume s’arrangea pour que son neveu Louis de Rye, abbé commendataire de l‘abbaye de St Claude dans le Jura soit nommé évêque de Genève.

Louis de Rye ne résida jamais dans son diocèse et continua à vivre dans ses monastères de St Claude et de Gigny. Cette habitude de ne pas résider dans le diocèse, cure ou abbaye dont on a la charge sera proscrite par le Concile de Trente.

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Jeton épiscopal de Louis de Rye évêque de Genève avec sa devise NON CRAS QUOD HODIE

Henri Baud, historien savoyard, interprète ainsi cette devise :  » Conservant l’espoir de rentrer à Genève, Louis de Rye fit frapper à ses armes un jeton avec la devise : Non Cras quod Hodie, c’est-à-dire, demain sera différent d’aujourd’hui. »

Mort en 1550, c’est son frère cadet, Philibert de Rye qu’il avait choisi comme coadjuteur qui lui succède. Lui non plus de résida pas.

Le 27 juin 1556, Paul IV nomme à l’évêché de Genève devenu vaccant par le décès de Philibert de Rye, François de Bachod. C’est lui qui décida de transférer officiellement le siège épiscopal de Genève à Annecy. Mais il ne put y fixer sa résidence car il avait de nombreuses charges diplomatiques comme légat du Pape. Il assista comme évêque de Genève au Concile de Trente et mourut en 1568 à Turin.

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La très modeste « cathédrale » St Pierre d’Annecy, ancienne chapelle des franciscains

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La cathédrale St Pierre de Genève

(A la vue de ces deux photos, on comprend mieux pourquoi le chapitre de Genève fut particulièrement humilié de devoir s’installer à Annecy et rêva pendant de nombreuses années de pouvoir s’y réinstaller)

L’importance de la résidence épiscopale ne fut que lentement mise en place après les décrets du Concile de Trente obligeant à la résidence ecclésiastique. On a du mal aujourd’hui à s’imaginer un évêque n’habitant pas dans son diocèse et occupant une multitude d’autres charges. C’était l’état habituel des diocèse avant Trente. St François de Sales est le prototype de l’évêque tridentin résidant dans son diocèse et ne s’occupant que des affaires de celui-ci.

Quant au népotisme que l’on constate avec Pierre de la Baume et ses neveux, qu’en fut-il  de St François de Sales?

Et bien, le successeur immédiat de notre grand saint fut son frère qu’il avait nommé comme coadjuteur : Jean-François de Sales (1578-1622-1635). Et leur neveu commun Charles-Auguste de Sales (1606-1645-1660) devint évêque de Genève à la mort du successeur de Jean-François, Juste Guérin.

Faut-il se scandaliser du népotisme ecclésiastique? L’Eglise ne l’a jamais condamné en tant que tel et un immense spirituel comme St François de Sales y a recours sans scrupule. Dans ces temps historiques très troublés, que nous avons du mal à imaginer tant nous sommes habitués à la stabilité institutionnelle et politique depuis d’ailleurs seulement 50 ans, la famille est souvent la seule garantie de sécurité et la seule possibilité d’oeuvrer dans la continuité. De ce point de vue, le népotisme qui vise au bien du diocèse est hautement préférable à des changements de personnalités qui n’oeuvrent pas toutes dans la même direction.

Décret du Concile de Trente au sujet de l’obligation de résidence :

VIe Session, Décret de Réformation Chapitre 1, De la Résidence des Prélats dans leurs Eglises, sous les peines du Droit ancien, & autres ordonnées de nouveau.

Le Saint Concile a jugé à propos de renouveler, comme il renouvelle en effet, en vertu du présent Décret, contre ceux qui ne résident pas, les anciens Canons autrefois publiez contre eux ; mais qui par le désordre des temps & des personnes se trouvent presque tout-à-fait hors d’usage. Et même pour rendre encore la Résidence plus fixe, & tâcher de parvenir par là à la Réformation des mœurs dans l’Eglise, il a résolu de plus d’établir & d’ordonner ce qui suit.

Si quelque Prélat, de quelque dignité, grade & prééminence qu’il soit, sans empêchement légitime, & sans cause juste, & raisonnable, demeure six mois de suite hors de son Diocèse, absent de l’Eglise Patriarcale, Primatiale, Métropolitaine, ou Cathédrale, dont il se trouvera avoir la conduite, sous quelque nom, & par quelque droit, titre, ou cause que ce puisse être ; Il encourra de droit même la peine de la privation de la quatrième partie d’une année de son revenu, qui sera appliquée, par son Supérieur Ecclésiastique, à la fabrique de l’Eglise, & aux pauvres du lieu. Que s’il continue encore cette absence pendant six autres mois, il sera privé, dés ce moment-là, d’un autre quart de son revenu, applicable en la même manière. Mais si la contumace va encore plus loin ; pour lui faire éprouver une plus sévère censure des Canons, le Métropolitain, à peine d’encourir, dés ce moment-là, l’interdit de l’entrée de l’Eglise, sera tenu, à l’égard des Evêques ses Suffragants qui seront absents, Ou l’Evêque Suffragant le plus ancien qui sera sur le lieu, à l’égard du Métropolitain absent, d’en donner avis dans trois mois par Lettres, ou par un Exprès, à notre Saint Père le Pape ; qui par l’autorité du Souverain Siège, pourra procéder contre les Prélats non-résidents, selon que la contumace, plus ou moins grande, d’un chacun l’exigera, & pourvoir les Eglises de Pasteurs qui s’acquittent mieux de leur devoir, suivant que, selon Dieu, il connaîtra qu’il sera plus salutaire & plus expédient.

Notre Pape François

Et si le nom du nouveau pape faisait aussi référence à St François de Sales qui s’est toujours mis sous la protection du grand saint d’Assise…

En outre, St François fut formé par les Jésuites au collège de Clermont à Paris et fut dirigé par le père jésuite Possevin (1534-1611) à l’université de Padoue.

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Saint François de Sales reçu au ciel par saint François d’Assise

Eglise Saint-Denys – Vaucresson