St François de Sales, ami et voisin de Fribourg

Nous livrons ici cet antique échange entre le conseil de Fribourg et St François de Sales au sujet de deux citoyens de la ville qui recevaient les Ordres sacrés des mains de l’évêque de Genève.

Ce témoignage émouvant montre les liens à la fois religieux et culturels qui relient la Savoie et l’Etat de Fribourg.

LETTRE DES AVOYERS ET DU CONSEIL DE LA VILLE DE FRIBOURG

Révérendissime et Illustrissime Seigneur,

  Le présent nostre bien aymé bourgeois, docte et dévot Balthasar Wâber, duquel jusques à présent n’avons resenty que toute piété et bons comportemens, désirant recepvoir les derniers Ordres de prestrise de Vostre Révérendissime Paternité, mérite d’estre recommandé. C’est pourquoy ne l’avons point voulu laisser partir sans les présentes, par lesquelles prions tres affectueusement Vostre Seigneurie Révérendissime de l’avancer et luy prester toute faveur et aide,si que il soy (se) puisse louer avoir jouy de ceste nostre intercession :

Nous paroffrans en toutes les occasions de nous en revancher, prians le Tout Puissant et sa saincte Mère de conserver Vostre Paternité en bonne prosperité.

6 septembre 1618.

A MESSIEURS LES AVOYERS ET LES MEMBRES DU CONSEIL DE LA VILLE DE FRIBOURG (1)

Messieurs,

Jamais il ne se présentera occasion de vous rendre service, que je ne l’employe avec toute l’affection et sincérité que Vos Excellences pourroyent désirer ; et non seulement par le devoir d’amitié et voysinage, mais par une spéciale inclination que j’ay envers vostre très catholique, très pieuse et très illustre Republique et Seigneurie, je m’estimeray tous-jours fort heureux quand je pourray exécuter vos désirs. Ainsy, ces bons et devotz ecclesiastiques s’en revont promeuz aux saintz Ordres, marri que je suis que une quantité d’occupations qui me sont survenues en ces deux jours ne m’ayent permis de les caresser à mon gré, selon l’affection que je porteray toute ma vie a tous ceux qui me seront recommandés de Vos Excellences, que je prie Dieu vouloir combler de bénédictions, et sa très sainte Mère de les conserver sous sa douce protection, qui suys très cordialement,

Messieurs,

Vostre plus humble et trés affectionné serviteur, amy et voysin,

FRANçs, E. de Geneve.

23 septembre 1618, Annessi.

(1) L’Autographe étant encadré, on ne peut voir l’adresse, si elle existe
mais sur l’encadrement se lisent ces mots : « Lettre écrite de la propre main
de St François de Sales A leurs Excellences de Fribourg. »
En 1618, Charles de Montenach était l’avoyer régnant : il n’assista pas cepen-
dant à la séance du Conseil, du 8 octobre, dans laquelle on lut le message de
l’Evéque de Genève, réponse à celui des magistrats de Fribourg, en date du
6 septembre. L’avoyer Nicolas de Diesbach présida cette
assemblée, formée des conseillers Python, Alex, Paccot, Gerwer, Lary, Erhart,
Zimmerman, Mayer, Gottrau, Kessler et Vonderweidt. (Note de M. Tobie
de Raemy, archiviste de l’Etat de Fribourg.)
( 2) A l’ordination générale faite par le Saint le 22 septembre 1618, Pierre
Salbiner, fribourgeois, du diocèse de Lausanne, reçut la tonsure, les Ordres
mineurs et le sous-diaconat ; Balthazard Weber, de même origine, fut ordonné
diacre. (R. E.) Du premier, nous ne savons rien ; le second devint en 1622 curé
de Dirlaret, puis, de 1623 à 1632, de la paroisse d’Ueberstorf, et on le trouve
en 1634 chanoine de l’église collégiale de Saint-Nicolas de Fribourg. (D’après
une Note de M. de Raelny.)

Source : Oeuvres complètes : Vol. 8 pp.288-289, p.426 (pour la lettre des avoyers)

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Cathédrale St Nicolas de Fribourg et Grand Conseil de l’Etat de Fribourg

Une fiscalité juste pour une Savoie libre

Vous trouverez ci-dessous le lien vers ma contribution concernant une fiscalité juste et d’essence lbérale pour notre future Savoie souveraine.

Voici la conclusion de mon article fait sous le patronage de St François:

Nous espérons que cet article provoquera des discussions dans le petit monde des mouvements savoisiens. Notre cause est juste, mais il faut aussi la rendre possible en préparant activement la future organisation économique et sociale de notre pays. Cela ne se fera pas sans difficulté et beaucoup chercheront à nous décourager. Durant ces préparatifs, visons le principe de simplicité. 

La simplicité est une vertu typiquement savoisienne et salésienne. Ce représentant éminent de la Savoie y consacre un chapitre entier dans ses Entretiens spirituels. Inspirons-nous de ce maître spirituel aussi dans les choses fiscales et politiques!

Vive la Savoie libre et souveraine!
https://ideasavoie.wordpress.com/2016/11/14/pour-une-fiscalite-savoisienne-intelligente-et-juste-par-theotimesavoie/

L’identité savoisienne de François de Sales

Essentiellement Savoisien

« Saint François de Sales illustra parfaitement le sens du mot Savoisien dans une lettre qu’il écrivit le 15 novembre 1615 au marquis de Lans, gouverneur du duché de Savoie. L’archevêque de Lyon,avait rendu visite à François de Sales à Annecy et pour cela l’évêque de Genève avait été soupçonné de collaboration avec les Français. Voilà comment il exprimait sa fidélité à la Savoie :

 « Si votre excellence me le permet, je lui dirai avec esprit de liberté, que je suis né, nourri et instruit, et tantôt envieilli en une solide fidélité envers notre prince souverain, à laquelle ma profession outre cela, et toutes les considérations humaines qui se peuvent faire, me tiennent étroitement lié. Je suis essentiellement SAVOISIEN, et moi, et tous les miens; et je ne saurais jamais être autre chose. »

Le mot SAVOISIEN, sous la plume de l’illustre prélat, n’est pas ici une simple qualification nationale, il l’emploie afin d’affirmer sa fidélité à son prince et à son pays. (…) Être Savoisien aujourd’hui, c’est vouloir tirer un trait sur cent-trente-six ans de francique pour reprendre le cours d’une histoire millénaire. »

Jean de Pingon, Savoie française, Histoire d’un pays annexé, pp; 37-38

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Jean de Pingon, Fondateur de la Ligue Savoisienne

cropped-stfrabcoissales2.jpgJe suis essentiellement SAVOISIEN, et moi, et tous les miens;

et je ne saurais jamais être autre chose.

L’irruption de l’irrationnel dans nos sociétés technologiques. Tentative de compréhension.

Je m’écarte sensiblement de mon cher Saint François mais finalement, ce blog doit être un témoin de mes réflexions spirituelles, théologiques et philosophiques. Saint François a toujours défendu la vraie science, c’est-à-dire celle qui est inondée de la rationalité et de la Lumière du Logos. Ainsi, en pleine polémique sur Galilée, il a courageusement accueilli dans son diocèse un religieux Barnabite qui avait des problèmes en Italie car il soutenait les thèses héliocentriques.

Vous trouverez donc ci-joint un article écrit en 2006, faisant suite à mes recherches personnelles et à la lecture de Jacques Elul. Cet essai de quelques pages, non finalisé et à l’état de brouillon, permet, je l’espère, de comprendre que la fuite dans l’irrationnel de nos sociétés hyper-technicisées n’est pas une contradiction. Non, elle est à la fois une réaction à la contrainte technique pseudo rationnelle  de plus en plus étouffante pour l’être humain et plus mystérieusement la continuation d’une tradition occultiste d’où naît sans conteste la technologie moderne.

Cette dérive ou cette fuite dans l’irrationnelle n’est pas non plus étrangère à l’explosion de violence des zélotes d’un Islam intégriste qui usent sans contradiction des moyens modernes de nos technologies pour étendre la domination de leur irrationnelle brutalité…

Seule le Logos divin, Jésus-Christ, le Verbe fait chair, dont la Lumière est diffusée par l’Eglise a permis à l’Europe de rationaliser ces sciences occultes pour transformer par exemple l’alchimie en chimie. En perdant cette Lumière, en la refusant, nous entrons dans une étrange époque où l’irrationnel le plus brut et sauvage cohabite pacifiquement avec les technologies les plus avancées.

Bonne lecture.

 

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L’hymne de la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste le 24 juin : fondement liturgique originel de la musique en Occident.

A une oeuvre d’une telle importance, celle de la louange divine, il ne faut rien moins que toutes les ressources de tous les arts. La liturgie est l’art absolu. C’est ce que l’Occident et l’Orient chrétiens se sont employés à faire depuis toujours. La liturgie eucharistique appelle à son service tous les arts : architectural, pictural, l’éloquence sacrée mais par dessus tout la musique! car la louange peut se passer de la beauté d’un église ou d’une chasuble pas de la beauté du chant! Comme l’enseigne Saint Augsutin, celui qui chante bien prie deux fois!

En tant qu’art absolu la liturgie utilise l’art mais en est aussi à l’origine. Elle diffuse la lumière du Logos dans l’art. C’est ainsi que toute la musique écrite a pour origine une hymne liturgique à Saint Jean Baptiste! L’hymne Ut queant laxis.

Ce que nous révélons ici est à la fois très connu et très ignoré ce qui m’a toujours surpris. N’importe quelle personne dans la rue, sans même aucune connaissance musicale, saura vous réciter la gamme : Do Ré Mi Fa So La Si. C’est quelque chose d’aussi banal que l’alphabet, aussi basique que la table de multiplication aussi connu que la formule de l’eau ou d’Einstein. Mais derrière ou en dessous de ces choses simples et principielles se cachent souvent des abîmes de science, de merveilleuses histoires, d’étonnantes résonances!

C’est pourquoi, si on demande maintenant l’origine de ces notes, de leur nom, finalement si étrange, la très grande majorité ne saura pas quoi vous répondre et restera silencieux! C’est un très bon exemple de la coupure culturelle que nous vivons. Nous sommes étrangers à notre propre culture dans ses expressions les plus fondamentales. Une donnée aussi fondamentale que la gamme avec laquelle s’écrit toute la musique occidentale depuis des siècles, de la grande musique religieuse inspirée de Bach au dernier tube à la mode, a complètement perdu ses racines religieuses et chrétiennes. Et les professeurs de musique se gardent bien de raconter son histoire! ¨Pourquoi? Par peur de paraître faire la promotion de la liturgie chrétienne?

Il est vrai que les choses les plus communes, les plus premières sont soit indémontrables, soit très difficiles à connaître. C’est ce qu’enseigne Aristote dans sa fulgurante introduction de la Physique : « Ce qui est d’abord évident et clair pour nous ce sont plutôt les ensembles confus. » On a plus de mal aussi à s’interroger sur ce qui est quotidien, que sur ce qui provoque un sentiment d’étrangeté et d’inconnu. Or quoi de plus bête que ces huit petites notes!

Cet exemple concernant les notes de musique illustre à merveille notre thèse : les réalités chrétiennes et les grands principes qui en sont issus , qui imprègnent et font vivre encore la civilisation occidentale nous sont si proches et si communs que nous en avons oublié l’origine. Soit involontairement comme dans le cas de la gamme, soit volontairement pour cacher aux peuples d’Europe ce qu’ils doivent à l’oeuvre civilisatrice de l’Eglise.

Mais étudions un peu plus en détail cette hymne composée pour la Nativité de Saint Jean Baptiste, elle recèle beaucoup de mystères.

La Légende Dorée de Jacques de Voragine explique son origine :

« L’historiographe des Lombards, Paul, diacre de l’église romaine et moine du Mont-Cassin, s’apprêtait un jour à bénir un cierge, lorsque tout à coup sa voix, auparavant très belle, s’enroua. Et, pour recouvrer sa voix, il composa en l’honneur de saint Jean l’hymne Ut queant laxis où il demandait à Dieu que sa voix lui fût rendue, comme elle l’avait été autrefois à Zacharie. »

L’hymne assure par sa structure poétique une continuité avec les traditions poétiques de l’Antiquité. En effet, elle est écrite en strophes saphiques (la poétesse Sappho de l’île de Lesbos!). Cette continuité culturelle démontre que l’Eglise assume et récapitule tout, y compris la poésie d’une femme qui a donné son nom à l’homosexualité féminine.

La structure saphique de l’hymne comporte 3 vers en hendécasyllabes et un vers adonique de 5 syllabes :

Ut queant laxis / resonare fibris (11 syllabes)

Mira gestorum famuli tuorum (11 syllabes)

Solve polluti labii reatum (11 syllabes)

Sancte Ioannes (5 syllabes)

La musique de l’hymne est ainsi faite que le chant monte d’un ton sur chaque syllabe accentuée en commençant par : UT (qui deviendra un DO : de dominus pour la simplicité de la diction, la note fondamentale ne peut être que celle du Seigneur Dominus!), puis RE, MI, FA SOL, LA, SI (pour Sancte Ioannes).

Le texte, malgré son apparente simplicité, est assez difficile à traduire. Nous donnons la traduction du Missel de Dom Gaspard Lebfevre, même si elle ne nous convient pas parfaitement :

Pour que vos serviteurs puissent à pleine voix chanter les merveilles que vous avez faites, bannissez le péché de nos lèvres, Ô saint Jean!

Paul écrivit cette hymne d’une densité inouïe afin de recouvrer la voix qu’il avait perdue, pour faire à nouveau résonner toutes les fibres de son être de moine louant les merveilles accomplies par Dieu dans les saints et particulièrement en saint Jean. L’adjectifs laxis signifie détendu au pluriel, les fibres des cordes vocales mais aussi tout le corps doit être détendu pour chanter. Les chanteurs savent cela très bien.

Il arrive dans la vie spirituelle que surviennent des blocages, des tensions, qui empêchent d’avancer et le corps se bloquent jusqu’à ne plus pouvoir chanter correctement. Ce mutisme a frappé de nombreux saints. Je pense ici très particulièrement à Sainte Marguerite-Marie Alacoque ou à M. Ollier.

Quelle souffrance pour Paul, moine et diacre, de perdre sa voix. En effet, le moine est appelé par vocation à l’oeuvre divine, c’est-à-dire à la louange psalmique. Le diacre porte la voix du peuple. A cette lointaine époque le rôle du diacre dans la liturgie romaine devait ressembler à celui qu’il a encore aujourd’hui dans les liturgies orientales. Rôle complexe et essentiel, le diacre ne cesse d’intercéder pour le peuple et de dialoguer avec le prêtre.

Un autre prêtre, de l’Ancienne Alliance, un autre serviteur de la louange divine fut lui aussi privé de sa voix : Zacharie, père de Jean-Baptiste. L’Evangile de Luc nous apprend que lorsqu’il accomplissait son service sacerdotal dans le Temple, Zacharie fut soudainement privé de la voix pour avoir douté de la parole de l’ange selon laquelle il allait donner naissance au Précurseur. Zacharie recouvra sa voix à la naissance de Jean Baptiste lorsqu’il dût écrire : son nom est Jean. Il se mit alors à chanter les louanges divines. C’est l’hymne Benedictus que l’Eglise latine chante tous les matins aux Laudes, c’est-à-dire à l’office des louanges.

Ainsi, il y a un formidable mouvement d’ascension partant du doute de Zacharie, de son silence sacré, à la fois punition divine et préparation à la louange divine du Benedictus, qui rencontre le désespoir d’un moine d’avoir, lui aussi, perdu sa voix, désespoir dont le cri intérieur et silencieux va engendrer le texte de l’hymne.

Cet incroyable mouvement se termine dans le choix d’un autre moine, Gui d’Arezzo, de se servir des syllabes accentuées de l’hymne pour baptiser les notes de musique!

Que nous enseigne ces incroyables événements? La voix humaine est sans doute l’expression la plus immatérielle de l’homme, le signe de son esprit animé par le Verbe. Pourtant, elle est insuffisante pour dire le mystère de Dieu et de son intervention salvatrice dans l’histoire. D’où le mutisme et le silence de Zacharie, de Paul… Mais de ces silences va naître ce qui est à la fois silence et parole, mystère et expression de ce mystère : la musique.

C’est de ce grand silence monastique, source principale de la culture en Occident, que sont nées les notes de musique. Formidable création issue des énergies incréées de la Rédemption et de sa célébration : l’eucharistie du Seigneur Jésus!

Toute véritable musique nous emporte vers le ciel, vers le mystère de Dieu. Toute véritable musique est écrite avec les mots silencieux de l’hymne de la Saint Jean, avec ce mystère de silence et de louange!

Le sacrifice eucharistique, source de la rationalité occidentale

Lorsque je pense à l’église comme source de culture et de lumière pour le monde, et particulièrement pour l’Occident, une image me vient immédiatement à l’esprit : celle de la basilique de Paray-le-Monial dont la pierre jaune et chaude resplendit délicatement à la douce lumière bourguignonne. Ce bâtiment de pierre m’a toujours ému presque jusqu’aux larmes. Son harmonie, son équilibre et sa force démontrent la beauté, la grandeur et la sainteté de l’Eglise dont il est le signe architectural. Rien d’agressif, rien de violent, aucun déséquilibre c’est une douce invitation à l’élévation, à l’action de grâce et à faire mémoire de ces grands moines clunisiens qui ont pensé et construit une telle splendeur.

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Comment l’Occident chrétien, comment l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, peuvent-ils se détourner d’un tel patrimoine, le mépriser, le méconnaître jusqu’à s’en moquer, en être peu à peu déshabitué jusqu’à perdre toute connaturalité avec cette histoire qui sous-tend ses structures politiques, scientifiques et artistiques. C’est ainsi que les Européens, et notamment les Français, vivent comme des étrangers dans leur propre patrie, ignorants divaguant au milieu des traces d’une civilisation à laquelle ils sont devenus indifférents. Ce phénomène de déracinement culturel a été maintes fois dénoncé par des intellectuels croyants ou des agnostiques. On reconnaît désormais que cette crise de sens qui frappe tout l’Occident est un danger majeur pour la survie même de nos sociétés.

Mais ce que peu admette, c’est que seul l’Eglise, comme à chaque fois dans l’histoire où d’immenses crises et transformations sont à l’oeuvre, peut porter témoignage, faire mémoire et transmettre aux Occidentaux les valeurs sur lesquelles reposent nos oeuvres artistiques, techniques et scientifiques les plus complexes. Oui, j’ose affirmer que sans l’Eglise, l’Occident peut s’enfoncer dans un chaos effroyable qui conduirait à une perte irrémédiable des savoir-faire contribuant à notre développement humain actuel.

Mais parmi ceux qui admettent que l’Eglise a un rôle à jouer, plus rares encore sont ceux conscients que le coeur nucléaire qui donne l’énergie à notre civilisation et lui permet de rayonner depuis des siècles, est l’oeuvre de louange eucharistique de l’Eglise.

Le sacrifice eucharistique est la source de la rationalité occidentale, c’est l’oeuvre civilisatrice par excellence, son oubli, l’oubli du Mémorial par excellence! est donc la mort certaine de notre culture et des réalisations qu’elle a donné au monde.

Le Christ dit : Je suis la Lumière du monde. Il l’est en vérité! Cette lumière incréée qui est révélée à l’humanité par l’Incarnation du Verbe, du LOGOS, de la parole rationnelle qui crée et porte tout l’univers, cette lumière est diffusée, réfléchie et diffractée à travers les siècles par l’Eglise. L’Eglise déploie cette lumière incréée par toutes ses actions, et particulièrement par la plus haute d’entre-elles qui est la liturgie, cette action publique ou office publique comme le terme grec le signifie. A partir de cette action publique, la lumière du Christ se diffuse dans toutes les strates de la société et la transforme peu à peu, « nous appelant des ténèbres à son admirable lumière ». (1P2,9)

La crise liturgique actuelle est donc d’une gravité exceptionnelle car elle touche à ce réacteur nucléaire qui diffuse la Lumière du Christ. La liturgie, trahie par les clercs, perd toute sa puissance, son énergie, son dynamisme de transformation du coeur des hommes, de leurs intelligences et donc des structures sociale et culturelles qu’ils engendrent.

La crise que traverse actuellement l’Eglise démontre qu’en son sein il y a un combat entre cette lumière qu’elle est chargée de diffuser et les forces des ténèbres qui se sont, dès le commencement, personnellement détournées  de Dieu. Ce combat, qui existe dès l’origine, ne peut que croître en intensité à mesure que les réalités dernières s’approchent. C’est le combat eschatologique que l’hymne de Pâques Victime Paschali qualifie de prodigieux :

Mors et vitae duello conflixere mirando.

La Séquence commence d’ailleurs par cet appel : Victimae Paschali laudes immolent christiani.

A la victime pascale chrétiens immolez des louanges! La louange liturgique d’action de grâce a donc pour cause une victime sacrificielle et sa forme est aussi sacrificielle car il s’agit bien de faire monter et d’immoler des louanges. La liturgie procède d’un combat et se situe elle-même au coeur  d’un combat. Un combat entre la lumière incréée de Jésus et les ténèbres qui s’opposent à lui. Un combat entre la vie et la mort. Mais le Christ en mourant est descendu éclairer toutes les ténèbres; en mourant, il a fait surgir la Vie dans la mort. Comme chrétiens, nous savons donc que la fin du combat est la victoire du Christ. Mais si le résultat du combat eschatologique est connu d’avance, chaque homme, chrétien ou non, est engagé dans un combat dont la fin n’est pas connue sauf s’il se donne au Christ. Et le meilleur moyen de se donner au Christ est d’immoler à la victime pascale des hymnes de louanges!