Comment lire Saint François de Sales?

Le style de St François pose une réelle difficulté au lecteur d’aujourd’hui. C’est à la fois un style d’une extrême sophistication de langage, de culture, de vocabulaire ; et en même temps, un style d’une langue qui se cherche.

En effet, en lisant St François de Sales, on pénètre dans les arcanes de la naissance du français littéraire. C’est le premier grand auteur spirituel de langue française. Il est le contemporain des auteurs de La Pléiade ; avec eux, il invente notre langue et la sort peu à peu de la gangue formelle du latin et de la rudesse des patois. C’est l’honneur de la Savoie d’avoir donné à la langue française St François de Sales, son ami le grand juriste Favre et le grammairien Vaugelas qui tous trois fondèrent l’Académie Florimontane, ancêtre de l’Académie française.

Mais tout cela ne répond pas à la question : comment lire St François aujourd’hui?  D’autant plus que, si on lit les textes dans l’orthographe d’origine, cela ajoute encore à la difficulté, car celle-ci n’est pas formée. Les brouillons des discours mélangent le latin, le français et parfois un mixte des deux… On voit naître littéralement notre langue dans cette recherche.

Faut-il donc, outre moderniser l’orthographe comme beaucoup d’éditions le font, réécrire dans le style de la langue d’aujourd’hui pour pouvoir lire St François de Sales?

Non car on perdrait ce qui en fait le charme : sa musicalité. Pour lire St François, il faut le lire comme on écoute la musique baroque contemporaine de notre saint. Il faut accepter d’entrer dans cette musicalité baroque…cette musique nous parle encore aujourd’hui car elle est dynamique, dansante malgré son extrême sophistication et préciosité. C’est en ayant cette musique dans l’oreille qu’il faut lire aujourd’hui St François, acceptant son exubérance et sa complexité.

Je vous propose une expérience : lire la finale du Traité de l’Amour de Dieu en écoutant un extrait d’une chaconne de Mérula, auteur qui vécut à la même époque que St François de Sales :


"Théotime, le mont Calvaire est le mont des amants. Tout amour qui ne prend son origine de la Passion du Sauveur est frivole et périlleux. Malheureuse est la mort sans l’amour du Sauveur : malheureux est l’amour sans la mort du Sauveur. L’amour et la mort sont tellement mêlés ensemble en la Passion du Sauveur, qu’on ne peut avoir au coeur l’un sans l’autre. Sur le Calvaire, on ne peut avoir la vie sans l’amour, ni l’amour sans la mort du Rédempteur. Mais hors de là tout est ou mort éternelle, ou amour éternel; et toute la sagesse chrétienne consiste à bien choisir; et pour vous aider à cela, j’ai dressé cet écrit, mon Théotime :

Il faut choisir, ô mortel,

En cette vie mortelle,

Ou bien l’amour éternel,

Ou bien la mort éternelle;

L’ordonnance du grand Dieu

Ne laisse point de milieu.

Ô amour éternel!  mon âme vous requiert et vous choisit éternellement! Hé! venez, Saint-Esprit, et enflammez nos coeurs de votre dilection.

OU AIMER OU MOURIR : MOURIR ET AIMER. MOURIR A TOUT AUTRE AMOUR, POUR VIVRE A CELUI DE JESUS, AFIN QUE NOUS NE MOURRIONS PAS ETERNELLEMENT; AINS QUE VIVANT EN VOTRE AMOUR ETERNEL, Ô SAUVEUR DE NOS ÂMES NOUS CHANTIONS ETERNELLEMENT:

VIVE JESUS!

J’AIME JESUS!

VIVE JESUS QUE J’AIME!

J’AIME JESUS QUI VIT ET REGNE ES SIECLES DES SIECLES.

AMEN.

La rocambolesque aventure des reliques de St François de Sales pendant la révolution française

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Ancienne chapelle du premier monastère de la Visitation d’Annecy.

Les tombeaux de St François de Sales et de Ste Jeanne de Chantal y demeurèrent jusqu’en 1793.

Actuelle église de la communauté italienne d’Annecy.

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"Alors que la Révolution prenait une tournure de plus en plus dramatique et antireligieuse, et suite aux décrets d’expropriation et d’expulsion de septembre 1792, les religieuses de la Visitation furent saisies de crainte à l’idée d’une violation des sépultures de Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal inhumés dans l’église de leur couvent. Une première fois en mars 1793, elles demandèrent au chirurgien Louis Rochette, de les aider à mettre ces dépouilles en lieu sûr. Le 23 mars, un transfert fut organisé de nuit jusqu’au château de Duingt, où les reliques furent cachées. Mais cette disparition fut éventée, et les religieuses durent ramener les corps des saints le 6 avril dans ce qui restait de leur église saccagée, leur couvent étant en cours de transformation en caserne.

Le 25 avril 1793, des voyous pénétrèrent dans l’église déserte et parvinrent à voler quelques pièces d’ornementation de la châsse de Saint François de Sales. Mais quelques mois plus tard, c’est l’ensemble de l’ornementation de la châsse qui était démantelée officiellement par les autorités municipales et revendu pour alimenter leur budget, comme le faisaient toutes les collectivités publiques avec toutes les œuvres d’art non mises à l’abri, principalement les biens d’Eglise. Les caisses contenant les ossements des deux saints furent alors transférées avec une partie du mobilier liturgique du couvent dans un coin de la sacristie de la cathédrale.

Dans la crainte d’une profanation définitive de ces reliques, un petit groupe de citoyens d’Annecy se forma en grand secret pour procéder à un enlèvement. Il était composé de Louis Rochette, chirurgien qui avait déjà réalisé le premier enlèvement vers Duingt, Burquier, sacristain à la cathédrale, Amblet, ami sûr de Burquier, habitant tout près de là, et Balleydier, aide sacristain à Sainte Claire, qui aida à fournir des squelettes de substitution.

En effet, deux squelettes furent exhumés des caveaux du cloître Sainte Claire. Leurs ossements furent joints par des fils de fer, comme l’étaient ceux des corps des deux saints. Puis dans la nuit du 21 au 22 décembre 1794, à 11 heures du soir, par un temps froid, sec et noir (ces précisions météorologiques proviennent du journal de Joseph Despine, médecin à Annecy, grand-père d’Alphonse), le commando de 4 hommes pénètre dans la cathédrale, ouvre les châsses, en retire les squelettes des deux saints, leur ôte les restes de vêtements liturgiques qui les recouvrent et en revêt les squelettes de substitution qui prennent leur place dans les caisses initiales. Alors que l’opération était en plein déroulement, ils entendent des voix dehors : des passants avaient repéré leur lumière et leurs chuchotements. Angoisse, noir total, attente. Finalement l’alerte passe et ils peuvent reprendre leur besogne. A quatre heures du matin, ils avaient réussi à sortir leurs précieuses reliques et à les cacher dans des caisses dans la maison d’Amblet, tandis que les squelettes de substitution étaient remis en place dans la sacristie. Le chanoine Dubouloz, vicaire général du diocèse, et un autre prêtre avaient assisté à toute l’opération et rédigé un procès verbal permettant une authentification ultérieure.

Puis le secret fut gardé de manière absolue pendant 9 ans, c’est à dire bien au-delà de la période révolutionnaire la plus critique, par crainte d’un éventuel retournement de situation.

En 1797, alors que le Directoire avait ramené la situation à peu près au calme, le conseil municipal procéda à une expertise des supposés corps des deux saints. On constate que les caisses les contenant ne sont pas scellées, mais les squelettes sont identifiés par le montage de fils de fer et les vêtements liturgiques. Personne ne soupçonne qu’il s’agit de squelettes de substitution. Ils sont donc remis dans des caisses fermées et dûment scellées. Procès-verbal du 12 vendémiaire an V. Les acteurs et témoins du rapt de 1793 se taisent encore.

Pendant ce temps, les vrais squelettes étaient toujours entreposés entre deux planchers dans un enfoncement creusé dans le galetas de la maison Amblet, sous la surveillance de Burquier. Des témoignages ultérieurs recueillis par Alphonse Despine montrent que le secret n’était sans doute pas absolu, car les habitants du lieu utilisaient le terme "chambre des saints", ou considéraient que cet enfoncement était un "lieu saint"

En 1803, le conseil municipal, sans doute alerté par des rumeurs, interrogea officiellement Burquier, le sacristain de la cathédrale. Celui ci révéla la cachette des ossements, cachette où se trouvait également entreposé le procès verbal établi par le chanoine Dubouloz la nuit de la substitution. Il justifia son long silence par le serment prêté devant le chanoine la nuit du rapt. Le conseil municipal en ayant pris acte lui demanda de ne toucher à rien et de conserver le secret. Procès verbal du 25 prairial an XI.

Ce n’est qu’en 1806 que les reliques furent remises à leur place solennellement.

Avec les reliques étaient entreposées 3 lettres, dont l’une était le procès verbal d’une première exhumation qui avait eu lieu en 1705. Au dos de ce procès verbal, avaient été rajoutés les mots suivants (vus par Alphonse Despine) :

" Enlevé par Telbma, Reidyellab, Reiuqrub,Ettehcor, depuis dix heures du soir jusqu’à quatre heures, la nuit du vingt et un au vingt-deux janvier, Annecy,1794"

En inversant les lettres des 4 noms, on retrouvait Amblet, Balleydier, Burquier, et Rochette, les 4 membres du commando. Cette inversion devait leur garantir le cas échéant une relative tranquillité, tout en leur permettant le jour venu d’authentifier leur acte."

D’après le livre "St François de Sales, ses reliques sous la Terreur" d’Alphonse Despine (grand-père maternel de notre grand-père Louis Aussedat) et Eloi Serrand, membres de la Société Florimontane.
Charles Burdet Editeur, Annecy 1865. Pages 116 à 131

Sur le site internet de M. Alain Aussedat : http://alain.aussedat.free.fr/originesBalleydier/reliquessauvees.htm

 

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Actuel tombeau de St François de Sales dans la Basilique de la Vistation d’Annecy

Une rude leçon d’humilité : aimer sa propre abjection

On se fait encore trop souvent aujourd’hui une fausse image de la spiritualité salésienne ; elle serait douce sinon doucereuse, tranquille, facile à pratiquer et pas trop exigeante. C’est une erreur fondamentale qui méconnaît la terrible exigence de St François dans la vie spirituelle. Elle est sûrement due à une mauvaise appréhension du style de l’auteur et à une lecture trop rapide qui nous fait passer à côté de son caractère quasi subversif.

En voici un exemple.

Dans l’Introduction à la Vie Dévote, titre qui sonne à nos oreilles contemporaines comme un peu ridicule, St François développe sur 4 chapitres son enseignement au sujet de la vertu d’humilité. Un des chapitres s’intitule : "Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection" Que peut bien vouloir dire St François? Encore aujourd’hui, cette expression nous choque et nous réveille de notre torpeur spirituelle. Aimer notre propre abjection, c’est-à-dire nos faiblesses, nos limites, ce qui en nous est blessé ou même tordu… ce que nous aimerions cacher et ou ce dont nous ne sommes pas très fiers. Nous voulons bien devenir martyr, se faire admirer des hommes pour le sens de notre charité, de notre engagement ou de certaines vertus virils mais se complaire dans nos propres limites, non! Telle est pourtant la véritable humilité.

St François donne plusieurs images pour montrer ce qu’est l’abjection. L’image la plus forte est sans aucun doute celle de l’apparence physique, elle nous parle encore aujourd’hui :

"Une personne a un chancre au bras, et l’autre l’a au visage : celui-là n’a que le mal, mais celui-ci, avec le mal, a le mépris, le dédain, et l’abjection. Or, je dis maintenant qu’il ne faut pas seulement aimer le mal, ce qui se fait par la vertu de patience ; mais il faut aussi chérir l’abjection, ce qui se fait par la vertu d’humilité."

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"Tombant emmi la rue, outre le mal l’on en reçoit de la honte ; il faut aimer cette abjection."

"Mais quoique nous aimions l’abjection qui s’ensuit du mal, si ne faut-il pas laisser de remédier au mal qui l’a causée, par des moyens propres et légitimes, et surtout quand le mal est de conséquence. Si j’ai quelque mal abject au visage, j’en procurerai la guérison, mais non pas que l’on oublie l’abjection laquelle j’en ai reçue."

"Ah! qui nous fera la grâce de pouvoir dire avec ce grand Roi : "J’ai choisi d’être abject en la maison de Dieu, plutôt que d’habiter ès tabernacles es pécheurs (Ps 83,11)"? Nul ne le peut, chère Philothée, que Celui qui pour nous exalter, vécut et mourut en sorte qu’il fut l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple (Ps 21,7)."

Et St François de conclure en ayant conscience de la dureté de ce conseil :

"Je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures quand vous les considérerez ; mais croyez-moi, elles seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez."

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Le Christ outragé : Voici l’Homme!

Lien vers le chapitre VI de la Troisième Partie de l’Introduction à la Vie Dévote : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_introduction_a_la_vie_devote_3eme_partie_1.html

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (4) Prévôt du Chapitre de Genève

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L’actuel Palais de Justice de Chambéry, ancien Sénat de Savoie, avec la statut d’Antoine Favre

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Le 5 septembre 1591, François est fait docteur en droit de l’université de Padoue. Il peut enfin rentrer en Savoie et retrouver les siens. A son retour de Padoue en février 1592, les choses vont s’enchaîner très vite. Intérieurement, sa résolution est prise, il sera prêtre. Reste à convaincre son père, M. de Boisy, qui veut en faire un sénateur de Savoie, c’est-à-dire un haut magistrat à qui s’ouvrirait toutes les portes des plus hautes charges du duché de Savoie jusqu’à devenir probablement un conseiller du duc.

Mais François a d’autres ambitions, il veut être d’Eglise et il le sera. Sous la pression de son père, il s’inscrit néanmoins au barreau de Chambéry comme avocat le 24 novembre 1592. Il figurera au barreau jusqu’en 1597 et plaidera plusieurs affaires pendant cette période.

Un événement incroyable va pousser François à révéler sa vocation à son père et à ses amis : son exceptionnelle nomination au poste de Sénateur de Savoie par lettres patentes du duc de Savoie avec dérogation d’âge. On ne pouvait pas accéder à un poste de Sénateur avant l’âge de 30 ans et François n’en avait que 24.

Or, François va refuser cette exceptionnelle promotion et révéler son désir de devenir prêtre. Une autre nomination, tout aussi exceptionnelle, va aider M. de Boisy à accepter la volonté de François. Elle vient directement de Rome : François est nommé à la charge de Prévôt du Chapitre de Genève par Bulles papales du 7 mars 1593. Les Bulles arrivent en Savoie, le 7 mai. Le lendemain a lieu une entrevue entre François et son père qui lui donne finalement sa bénédiction.

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Village de Lathuile au bord du lac d’Annecy où la famille de Sales possédait un petit château

Le 9 mai, il revêt la soutane dans l’église de Lathuile.

Le 10 mai, il présente ses Bulles à François de Chissé, vicaire général.

Le 11 mai, il prête serment d’observer les statuts et les coutumes de cette Eglise (celle de Genève) et fidélité au Pape et à ses successeurs.

Le 12 mai, il prend possession officiellement de sa charge "par le baiser du grand autel avec toutes les cérémonies accoutumées"

On le presse alors d’accepter la charge de Sénateur. En effet, rien n’empêchait de cumuler les deux charges. Son prédécesseur, le Sieur Empereur, avait cumulé les deux, au point d’ailleurs d’abandonner complètement sa stalle de prévôt dans le coeur de la petite cathédrale d’Annecy, préférant les incroyables fastes et prestiges du Sénat de Savoie. Son grand ami, Antoine Favre, lui écrit en octobre 1593 pour le pousser à accepter :

"Comment si jeune, parmi tant de troubles et de malheurs, refuser une dignité si grande dont on l’a, chose nouvelle, si vite et si justement jugé digne? Le sacerdoce n’est pas une raison de refuser. Que d’évêques, que d’abbés en ce Sénat! Messire Empereur lui-même était un théologien des plus appliqués. Les sénateurs après tout ne sont-ils pas comme des prêtres, traitant du saint mystère des choses humaines et divines? Le duc et le Sénat ne sauraient refuser au prévôt pour la théologie tout le temps désirable."

Mais François tint bon.

Voici la chronologie jusqu’à son ordination :

- 18 mai au 26 mai 1593, grande retraite préparatoire aux Ordres, faite au château de Sales

- 9 juin : il reçoit les ordres mineurs ( portier, exorciste, lecteur, acolyte)

- 12 juin : sous-diaconat

- juin-septembre : intense période de prédications

- 18 septembre : diaconat

- 18 décembre : ordination presbytérale à Thorens

- 21 décembre : première Messe à Annecy

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59518881Stalles des chanoines du chapitre de la cathédrale St Pierre de Genève qu’ils ne retrouveront jamais.

Calvin aura la bonne idée de ne pas détruire ce chef d’oeuvre d’ébénisterie du XVe siècle

Thorens, patrie de St François

St François de Sales est né en 1567 au château de Sales à Thorens, un petit village du Genevois savoyard situé entre La Roche-sur-Foron et Annecy, au pied du plateau des Glières, haut-lieu de la résistance savoyarde pendant la Seconde Guerres mondiale… Il y sera baptisé et ordonné évêque de Genève en 1602 dans l’église paroissiale qui conserve encore aujourd’hui son coeur du XVe siècle.

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Thorens-Glières avec au fond le plateau des Glières

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Château de Thorens, aujourd’hui propriété de la famille de Roussy de Sales

L’actuel château de Thorens est entré dans la famille de Sales en 1602 mais St François naquit un peu plus haut dans le château de Sales dont il ne reste rien. Une petite chapelle signale l’emplacement de la chambre où naquit St François. Cette chapelle est aujourd’hui la nécropole de la famille de Roussy de Sales. Le dernier comte de Thorens y a été inhumé en 1999.

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Emplacement du château de Sales

Dans la chapelle de l’ancien château de Sales, saint François reçut de Dieu l’inspiration de créer l’ordre de la Visitation. La croix de pierre du XIXème siècle située en face de l’actuelle chapelle de Sales indique ce lieu précis.

La nudité du Christ sur la Croix – Vendredi Saint 2013

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Michel-Ange Christ nu sur la Croix – Crucifix de Santo Spirito à Florence

"Je demande pourquoi Notre Seigneur voulut être tout nu sur la croix. La première raison fut parce que , par sa mort, il voulait remettre l’homme en état d’innocence, et les habits que nous portons sont la marque du péché. Ne savez-vous pas qu’Adam tout aussitôt qu’il eut prévariqué commença à avoir honte de lui-même, et se fit au mieux qu’il put des vêtements de feuilles de figuier? car avant le péché il n’y avait point d’habits et Adam était tout nu. Le Sauveur par sa nudité même montrait qu’il était la pureté même, et de plus, qu’il remettait les hommes en état d’innocence.

Mais la principale raison fut pour nous enseigner comment il faut, si nous voulons lui plaire, nous dépouiller et réduire notre coeur en la même nudité qu’était son sacré corps, le dépouillant de toutes sortes d’affections et prétentions, à fin qu’il n’aime ni désire autre que lui.

Un jour le grand abbé Serapion fut trouvé tout nu dans une rue par quelques uns de ses amis ; ceux-ci, émus de compassion, lui dirent : qui vous a mis dans un tel état et qui vous a ôté vos habits. Oh, dit-il, c’est ce livre qui m’a ainsi dépouillé , parlant du livre des Evangiles qu’il tenait.

Et moi, je vous assure que rien n’est si propre à nous dépouiller, que la considération de l’incomparable dépouillement et nudité du Sauveur crucifié."

Sermon pour le Vendredi Saint , 28 mars 1614

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Crucifix en bois de tilleul attribué à Michel-Ange

Un jeune prélat de combat : reconquérir Genève (3)

Les prédécesseurs de St François de Sales : les premiers évêques tridentins de Genève,  Ange Justiniani (1568-1578) et Claude de Granier (1578-1602)

C’est un religieux Cordelier de très grande culture qui succéda à François de Bachod : Ange Justiniani (sa notice biographique en italien : http://www.treccani.it/enciclopedia/angelo-giustiniani_(Dizionario-Biografico)/). Il fut le premier évêque de Genève qui résida effectivement à Annecy. Depuis le départ de Pierre de la Baume de Genève jusqu’à l’arrivée d’Ange Justiniani à Annecy, le diocèse fut donc sans évêque résident pendant 35 ans.  Ange Justiniani est né à Gênes en 1520, il était "Docteur en théologie, professeur à Padoue et à Gênes, helléniste remarquable, il fut en outre confesseur du duc de Savoie Emmanuel-Philibert qui le fit nommer à l’évêché de Genève par bulles du 13 octobre 1568. Il fit son entrée solennelle à Annecy le 22 mai suivant et décida d’y fixer sa résidence. La petite ville deviendra dés lors le siège définitif de l’évêché malgré l’espoir de recouvrer Genève auquel ne renoncèrent jamais les évêques successifs qui continuèrent à s’intituler évêques et princes de Genève. "

L’absence de l’évêque pendant presque 35 ans donna au chapitre et à quelques fortes personnalités ecclésiastiques la fâcheuse habitude de se croire indépendants de toute hiérarchie et d’être maître du diocèse. En outre, le Concile de Trente, qui venait de s’achever, ne portait pas encore ses fruits et on pouvait constater un relâchement général de la discipline ecclésiastique jusque dans les cloîtres réputés les plus austères.

Ange Justiniani voulut promulguer officiellement les décrets du Concile de Trente mais il se heurta à la double hostilité du clergé et du Sénat de Savoie qui interdit la publication intégrale de ces canons, notamment ceux concernant la discipline ecclésiastique. Le nouvel évêque se heurta aussi à l’hostilité du chapitre qui souhaitait garder ses prérogative d’indépendance par rapport à l’évêque et à sa juridiction.

Fatigué et sans doute usé par ces hostilités cléricales et politiques, Ange Justiniani démissionna de sa charge en faveur d’un jeune abbé bénédictin, Claude de Granier, prieur de l’abbaye de Talloire, avec lequel il permuta sa charge en décembre 1578. Molesté par les moines de l’abbaye, Ange Justiniani s’enfuit et se retira à Gênes où il mourut en 1596.

Où l’on voit donc que Benoît XVI n’est pas le premier prélat à devoir démissionner face à la sourde hostilité du petit monde clérical.

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Abbaye de Talloire, devenue aujourd’hui un hôtel de luxe

Claude de Granier va être la grande figure du diocèse pendant 24 ans. Prédécesseur direct de St François, c’est à lui qu’on doit le début de la reprise en main du diocèse. On notera sa ressemblance physique avec St François.

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Claude de Granier est un véritable savoyard comme François. Il fit ses étude à Annecy, où le chanoine de Genève, Eustache Chappuis, ambassadeur de Charles Quint à la cour d’Henri VIII, avait fondé un collège en  1549. (Ce collège, fermé en 1888, est l’ancêtre de l’actuel Lycée Berthollet d’Annecy où se trouve un portrait monumental du fondateur.) Claude entra très jeune à l’abbaye de Talloire dont il devint abbé commendataire à l’âge de 15 ans! Autre temps, autre moeurs…

Il continua ses études à Rome où il obtint le grade de docteur et rentra à son abbaye pour essayer d’y remettre un peu d’ordre mais il se heurta à une opposition violente et  faillit y laisser sa vie! On comprend qu’il n’hésita pas à laisser sa place à Mgr Justiniani qui rencontra les mêmes résistances.

"Nommé évêque de Genève par bulles du 15 décembre 1578, il est sacré dans l’église St-Dominique d’Annecy, le 26 avril 1579. Il entreprend aussitôt la réforme du diocèse à laquelle il va consacrer toute son action. En 1580 et 1581, il en visite toutes les paroisses. Il est amené à prendre tout une série de mesures qui amorce un véritable renouveau de la vie religieuse. Il mourut à Polinges en 1602 au retour du jubilé de Thonon auquel il avait participé."

Claude de Granier remarqua immédiatement François de Sales et tout le bénéfice qu’il pourrait tirer de ce jeune noble, pieux, savant et aimé du peuple pour l’administration de son diocèse. Il en fit son prévôt et son bras armé pour la reconquête à la foi catholique du Chablais et de Genève.

Dans une lettre adressée au pape Clément VIII, Saint François de Sales lui rendit un vibrant hommage :

"Homme de foi antique, de moeurs antiques, d’antique piété et d’antique constance, il est digne assurément d’immortalité et sa mémoire mérite d’universelles bénédictions."

(Les citations et sources de ce post sont tirés du livre : Le diocèse de Genève-Annecy dit; Henri Baud Ed. Beauchesne 1985)